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La mort du socialiste, survenue lundi à l’âge de 88 ans, a fait ressurgir une séquence de rare connivence entre les deux adversaires à l’élection présidentielle de 1995, alors qu’ils pensaient les micros et les caméras éteints.
Passer la publicité Passer la publicitéLe moins que l’on puisse dire est que Jacques Chirac et Lionel Jospin n’ont jamais souhaité partir en vacances ensemble. Les deux hommes ont été adversaires politiques pendant des décennies avant d’être contraints de cohabiter entre 1997 et 2002, lorsque le premier était président de la République et le second son premier ministre. La mort du socialiste lundi à l’âge de 88 ans a toutefois fait ressurgir une séquence de rare complicité, à l’occasion du débat télévisé de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle 1995.
À l’issue d’un face-à-face que nombre d’observateurs se sont accordés à décrire courtois, si ce n’est terne, les deux candidats pensaient les micros et les caméras éteints et ont discuté de la notion d’agressivité en politique, exacerbée par leurs militants. «L’agressivité, on se fait plaisir, on fait plaisir à ses militants. Mais les Français ont horreur de ça», assure d’abord Jacques Chirac. Et Lionel Jospin de renchérir : «Pendant les meetings, on parle entre nous et puis... [...] “Tu vas le plier !” C’est l’agressivité, tout le temps», dénonce-t-il, avant de s’adresser à son adversaire : «Écoutez monsieur, je crois que vous avez la même chose.»
Chirac : «Bien sûr. Mais ça, c’est les militants !» Jospin : «Oui oui, absolument.» Chirac : «Mais pour l’ensemble des Français, ça ne passe pas.» Jospin : «Pas tous, hein. Pas tous les militants.» Chirac : «Non, bien sûr. C’est ceux qui gueulent.» Alain Duhamel, qui a animé à l’époque ce débat aux côtés de Guillaume Durand, a confié lundi sur le plateau de C à vous que «c’est la seule fois» que les «propos d’après» des candidats à la présidentielle ont été «enregistrés clandestinement et immédiatement ensuite diffusés». «Ça m’avait énormément agacé, je trouvais que ce n’était pas du jeu. Quand les gens ont fini leur débat, on n’a pas à raconter ce qu’ils se disent», a-t-il poursuivi.
«Ils sont partis aussi contents l’un que l’autre», se souvient Alain Duhamel
Mais «c’est la seule chose qu’on a retenue de ce débat qui était assez atone», s’est amusé le journaliste Patrick Cohen sur le même plateau. Alain Duhamel a ensuite expliqué pourquoi ce débat avait été «trop cordial et trop détendu». «Chacun des deux avait obtenu avant le débat ce qu’il voulait. (Jacques) Chirac avait une grande avance qui pouvait lui faire croire pratiquement qu’il avait gagné. Et Lionel Jospin [...] a eu le sentiment qu’il avait atteint l’image qu’il recherchait, celle qu’il voulait incarner, qui était une image pas simplement de candidat socialiste, mais d’homme d’État potentiel. Donc ils sont partis aussi contents l’un que l’autre.»
Alain Duhamel a également rappelé que, malgré cette discussion cordiale de fin de débat, la relation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin «était mauvaise». «Ils n’avaient pas de sympathie l’un pour l’autre. Jacques Chirac trouvait que Lionel Jospin était coincé et sectaire. Lionel Jospin trouvait que Jacques Chirac était combinard et pas fiable, donc on ne peut pas dire qu’ils s’adoraient», a-t-il raconté. Arrivé deuxième au premier tour de l’élection présidentielle 1995 derrière Lionel Jospin, le maire de Paris Jacques Chirac a devancé le socialiste au deuxième tour, récoltant 52,64% des suffrages.


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