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L'auteur d'un incendie criminel ayant visé une synagogue montréalaise en décembre 2024 jure ne pas avoir agi par antisémitisme, mais bien pour financer sa dépendance aux drogues.
Dans le cadre des observations sur sa peine, mardi, Mohamed Ilyess Akodad a raconté au tribunal avoir accepté, le 18 décembre 2024, un contrat pour mettre le feu à une voiture et à deux bâtiments : un centre communautaire juif du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) ainsi qu'une synagogue de la congrégation Beth Tikvah, de Dollard-des-Ormeaux.
Selon son récit, Akodad se trouvait ce soir-là dans une fête avec quelques amis, lorsque l’un d’entre eux lui a demandé s’il serait intéressé par une mission : celle d'incendier deux immeubles et une voiture, en échange d'un paiement de 15 000 $. Quelques minutes plus tard, il s’est retrouvé au téléphone avec une personne qu’il ne connaissait pas, qui promettait de lui fournir un chauffeur et le matériel nécessaire pour accomplir la besogne.
Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 20 ans, a raconté avoir consommé ce soir-là une grande quantité de cannabis et de codéine, ses drogues de prédilection, auxquelles il avait développé une forte dépendance.
À la juge Karine Giguère, il a juré qu’il ne savait pas que ses cibles étaient liées à la confession juive. Ni les caractères en hébreu ni les étoiles de David sur les façades des bâtiments ne lui ont mis la puce à l’oreille. À ce moment-là, je ne l’ai pas remarqué. Je ne sais même pas c’est quoi, cette étoile, a-t-il témoigné. Je n’ai pas prêté attention. Même si je l’avais vu, je ne pense pas que [...] j’aurais su que ça avait rapport avec une association juive.
Mohamed Ilyess Akodad n’en était pas à son premier flirt avec le milieu criminel. Il a admis avoir commis plusieurs vols à l’étalage et avoir participé à des vols de voitures. Il a d’ailleurs été condamné en Ontario pour un larcin de ce type.
Mais jamais d’incendie criminel, a-t-il juré. D’où le fait que ses crimes du 18 décembre 2024 n’ont pas fait plus de dommages. Il n’est entre autres jamais parvenu à allumer l’incendie au centre communautaire du CIJA.
J’ai paniqué, je ne voulais pas mettre le feu. Je n’ai jamais fait ce genre de choses, je ne suis pas capable de faire ce genre de choses.
Il a affirmé avoir refusé de retourner finir ce qu'il avait à faire, et donc ne pas avoir reçu l’entièreté de la somme promise par ses commanditaires. Ils ont vu que je n’étais pas sérieux, et ils m’ont bloqué.
Il aurait finalement reçu 3000 $ pour ses méfaits.
Akodad a finalement été arrêté en avril 2025. Il a plaidé coupable en janvier dernier de méfait d’incendie criminel.

La synagogue Beth Tikvah avait déjà été visée par un objet incendiaire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron
L'incendie de la synagogue Beth Tikvah, maîtrisé rapidement par des policiers, avait fait grand bruit à l'époque. Les premiers ministres d'alors, François Legault et Justin Trudeau, avaient tous deux dénoncé cet acte, de même que la mairesse à ce moment, Valérie Plante.
Je me sens comme un monstre
Mardi, plusieurs membres de la communauté juive de Montréal étaient présents dans la salle d'audience pour témoigner des répercussions de l’attaque contre leur lieu de culte.
Il s’agissait de la deuxième attaque contre la synagogue Beth Tikvah en quelques années, a relaté Hank Topas, membre de la congrégation depuis des décennies. Le niveau de peur a monté exponentiellement, a-t-il dit à la juge Giguère.
Il lui a demandé d’infliger une peine exemplaire au délinquant, qui pose selon lui une menace à la société. Le système judiciaire est le dernier bastion d’espoir pour la communauté, a-t-il plaidé.
Dans son témoignage, Mohamed Ilyess Akodad a enchaîné les excuses et les remords. Je le regrette. Je me sens tellement mal d'avoir fait ce choix-là. C’est le choix le plus minable que j’ai fait de ma vie. Je voudrais que la communauté juive me pardonne pour ce que j’ai fait. Si la communauté ne me pardonne pas, je ne serai pas capable de me pardonner moi-même, a-t-il lancé d’entrée de jeu.
Je ne suis pas une mauvaise personne, mais j’ai fait des mauvais choix dans ma vie, a-t-il dit, lui qui venait de passer près d’une heure à décrire son enfance difficile et son milieu familial dysfonctionnel. Je me sens comme un monstre. J’ai fait peur à des enfants.
Je mérite d’être sévèrement puni, mais après avoir purgé ma peine, j’aimerais ça me présenter à la synagogue et m’expliquer.
Akodad a d’ailleurs offert de rembourser de sa poche les dommages infligés aux bâtiments, évalués à environ 7000 $.
Les observations sur sa peine se poursuivent mardi après-midi. La juge Giguère mettra ensuite la question en délibéré.


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