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Un colloque pour briser le silence sur l’itinérance et le suicide

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Après la mort de son père, un Montréalais a choisi une voie singulière pour faire son deuil : organiser, de sa propre initiative, un colloque à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), où il est finissant en sciences de la gestion. Il souhaite ainsi jeter un éclairage sur les liens entre itinérance et suicide, encore largement absents du débat public.

« C’est le cœur brisé qui me donne la force de faire ce colloque », lance Mathieu Léonard, à mi-voix.

En février 2024, l’homme aujourd’hui âgé de 38 ans reçoit un appel de la police. Un agent lui annonce que son père, Mike, a mis fin à ses jours.

Il apprend du même coup une réalité qu’il ignorait : son père, avec qui il n’avait plus de contact depuis près de huit ans, vivait en situation d’itinérance. « Ça a fait vraiment mal. Avoir su, j’aurais fait quelque chose pour l’aider », relate-t-il au Devoir, attablé à un café du quartier Rosemont.

Mike et lui entretenaient une relation difficile depuis des années, raconte-t-il. « Quand j’étais jeune, il était in and out de ma vie. » Puis, en 2016, Mathieu Léonard coupe les ponts, après de nombreuses disputes.

« Je lui ai raccroché au nez et je lui ai dit : “Bonne chance”. Puis, il a tenté de me contacter quelques fois. Je n’ai jamais retourné ses appels. Et ça, je l’ai sur le cœur », dit-il, en fixant le sol.

Son père était un « homme très fier », se remémore-t-il. « Plus jeune, il avait sa compagnie de construction. Il avait de l’argent. » Mais la toxicomanie lui a tout pris, se désole-t-il.

Après la mort de son père, Mathieu Léonard ressent rapidement le besoin d’agir, sans d’abord savoir comment. L’idée d’un colloque s’impose finalement.

Avec cet événement, il souhaite creuser quatre problèmes de santé publique : l’itinérance, le suicide, la santé mentale et la toxicomanie. Des réalités fréquemment abordées en vase clos, souligne-t-il, mais qui se recoupent pourtant souvent dans les trajectoires de vie.

Depuis 14 mois, il travaille donc d’arrache-pied à préparer l’événement Fracture et résilience, qui sera gratuit et se tiendra le 27 mars à l’UQAM. En plus des panels et discussions, l’art et les témoignages ponctueront la journée.

Mathieu Léonard souhaite ainsi toucher à la fois le grand public, le milieu universitaire, les intervenants et les décideurs politiques pour les sensibiliser à ces questions et les encourager à l’action, précise-t-il.

Une réalité trop peu documentée

Les liens entre l’itinérance et le suicide demeurent un sujet méconnu, souligne Cécile Bardon, directrice par intérim du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE).

« On parle très peu de la détresse des personnes en situation d’itinérance. On parle plutôt fréquemment de leur présence et des choses qui, entre guillemets, “peuvent déranger” », affirme la chercheuse qui participera au colloque.

Or, ces personnes vivent souvent plusieurs difficultés en même temps — problèmes de santé mentale, dépendances et isolement — qui se mêlent et peuvent aggraver la détresse, dit-elle.

Mme Bardon mène d’ailleurs actuellement une étude sur les décès par suicide sur l’île de Montréal entre 2017 et 2022. Environ 4 % des cas concerneraient des personnes en situation d’itinérance, selon les rapports du coroner analysés.

« Mais ce chiffre est probablement une sous-estimation », prévient toutefois Cécile Bardon. Bon nombre de personnes n’apparaissent pas dans les statistiques, car l’itinérance ne se limite pas à la rue et inclut des situations plus invisibles. Il peut s’agir notamment d’être hébergé temporairement chez des proches, de dormir dans sa voiture ou de passer d’un divan à l’autre.

La chercheuse espère que le colloque contribuera à mieux faire comprendre l’ampleur de la souffrance vécue par ces personnes.

« Cette détresse se manifeste souvent par des comportements autodestructeurs qui peuvent aller jusqu’au décès par suicide. Mais ce sont des trajectoires sociales complexes sur lesquelles on peut agir collectivement. Ce n’est pas une caractéristique individuelle », rappelle-t-elle.

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