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Un bijou patrimonial laissé à l’abandon à Stanstead

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Pendant plus d’un siècle, le collège des Ursulines de Stanstead a été l’un des principaux établissements d’enseignement des Cantons-de-l’Est. Aujourd’hui, ce symbole de l’histoire locale est éventré et exposé aux intempéries.

« C’est dans un état pitoyable », déplore Matthew Farfan, historien et ex-conseiller de la Ville de Stanstead. Sur le flanc gauche du majestueux collège des Ursulines, un trou béant laisse voir aux passants l’intérieur de l’école, qui a été, de 1884 à 2004, un haut lieu d’éducation pour les enfants de la région.

Le vent, la pluie et la neige abîment à vitesse accélérée le bâtiment, qui fait pourtant partie du parcours patrimonial du village. Devant, une plaque historique explique toujours l’importance du lieu.

« C’est devant tout le monde, y compris les touristes qui viennent. C’est ce qu’ils voient quand ils arrivent à Stanstead », ajoute M. Farfan.

Le collège des Ursulines est l’un des rares bâtiments de type Second Empire dans la petite ville frontière, qui fut au XIXe siècle une capitale régionale. C’est surtout un lieu de mémoire auquel beaucoup de citoyens sont attachés. « Tout le monde réagit très mal, ajoute M. Farfan. C’est un point de repère, pas juste pour son architecture, son patrimoine. C’est une institution où des générations de Stansteadois ont fait leur secondaire. »

Une pelle mécanique

La cause de ce délabrement remonte à la démolition, en 2020, du passage qui reliait le bâtiment à une autre aile, une intervention justifiée par des considérations d’assurabilité. Menée à coups de pelle mécanique, l’opération a laissé une large ouverture sommairement recouverte de feuilles de tôle rouge. Aucun travail de consolidation n’a été réalisé.

Exposé aux intempéries, le mur de brique s’est effondré l’an dernier, entraînant dans sa chute les tôles qui tentaient d’en masquer la cicatrice.

Le complexe appartient à Gestion Fratelli, une compagnie immobilière spécialisée en résidences privées pour aînés. Depuis 2011, l’aile Sainte-Famille, rebaptisée le Manoir Stanstead, accueille plus de 70 résidents. Mais l’ancien collège, juste à côté, n’a bénéficié d’aucuns travaux de reconversion ou de préservation.

Laisser un bâtiment historique dépérir pour rendre sa démolition inévitable est une pratique connue par ceux qui souhaitent se débarrasser d’un immeuble. En plus du mur qui n’a pas été protégé, des fenêtres du devant du collège ont été laissées ouvertes. Est-ce une négligence intentionnelle ? Appelé à faire des commentaires, Jody Stone, le maire de Stanstead, a indiqué que « c’est sûr que du monde n’a pas la même vision du bâtiment patrimonial que d’autres ».

Hésitation de la Ville

Le collège des Ursulines est situé à un jet de pierre de l’ancien édifice Wilder-Pierce, un immeuble patrimonial détruit l’automne dernier après des années de négligence de son propriétaire. Hughes Ménard, directeur général de la municipalité, avait alors dit au Devoir que l’adoption d’un nouveau règlement sur l’entretien et la démolition des bâtiments à la fin de 2025 pourrait à l’avenir donner « plus de mordant » au conseil municipal pour sauver un bâtiment important.

Cette fois, la municipalité compte-t-elle faire pression sur le propriétaire du collège des Ursulines ? « Ce n’est pas facile… Il n’y a vraiment pas beaucoup de jurisprudence encore, c’est ça qui nous fait peur un peu », a avoué Jody Stone, maire de Stanstead.

Une réforme de la Loi sur le patrimoine culturel et de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, adoptée en 2021, permet désormais aux municipalités d’entreprendre les travaux nécessaires à la préservation d’un bâtiment patrimonial et d’exiger le remboursement des coûts de ceux-ci au propriétaire. « Les avocats nous disent qu’on peut mettre la pression, a reconnu le maire. [Mais] ce recours-là est dangereux. »

Matthew Farfan reconnaît lui aussi que les moyens d’une ville comme Stanstead sont limités : « Dans une petite municipalité comme celle-ci, ce n’est pas facile. On n’a pas les moyens d’aller en cour. Il faut choisir les batailles. Mais j’espère que la Ville va faire quelque chose. »

Un nouveau bâtiment ?

Pour l’instant, le maire de Stanstead souhaite « trouver une façon de collaborer avec le propriétaire pour trouver une solution ». Celui-ci collabore-t-il avec la Ville ? M. Stone devient hésitant : « Oui… il nous répond, mais c’est sûr que ce qu’il veut et ce qu’on veut, ce n’est pas toujours la même chose. »

Ce que Gestion Fratelli désire, c’est peut-être un nouveau bâtiment, dont la construction serait moins chère que la reconversion d’un édifice patrimonial. « Il a un projet qui, selon nous, devrait être présenté à la population », a dit M. Stone. Est-ce que cette proposition prévoit la conservation du collège ? « Je ne veux pas parler de son projet, je ne lâcherai pas le morceau. »

Pour la sœur Lise Munro, de la congrégation des Ursulines, l’état du collège constitue un spectacle choquant : « On ne peut que se scandaliser, sinon s’interroger, devant tant de négligence et surtout tant d’indifférence. » D’autres sœurs, comme Odile Gardner et Monique Jeanson, ont également fait part au Devoir de leur peine devant le dépérissement de l’école où elles ont étudié et enseigné.

Aux yeux de Julien Mauduit, Stansteadois engagé dans la préservation du patrimoine, le sort du collège des Ursulines et des autres bâtiments patrimoniaux dépendra de l’implication de la population. « La question qu’il faut se poser, c’est : à quel point les citoyens de Stanstead veulent préserver leur patrimoine ? Moi, je pense que c’est gagnant pour beaucoup de monde, pour le tourisme et les habitants, qui vont bénéficier des retombées. »

Contacté à plusieurs reprises par Le Devoir, Gestion Fratelli n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

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