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Cela fait un an qu’Ivan Demidov a signé son contrat avec le Canadien. Un an qu’il a enflammé la ville avec son arrivée et les promesses qu’il apportait.
À 24 heures près, l’ailier de 20 ans a fêté ce premier anniversaire en offrant une performance qui, combinée à celle de Lane Hutson, a sauvé des eaux une prestation sans âme du Canadien.
Non, ce ne fut pas exactement un grand cru de la part du CH, qui a vaincu des Panthers de la Floride amochés par la marque de 4-3 en tirs de barrage.
Après un passage à vide à la reprise post-Olympiques, Demidov s’est remis en marche au plan individuel et semble vouloir monter le volume à l’approche des séries.
Pourtant, de façon plus collective, son trio peinait à se démarquer depuis un bon bout de temps. C’est pourquoi Martin St-Louis a profité du retour au jeu de Kirby Dach et d'Alexandre Texier pour tenter des expériences avec ses combinaisons. Certes, il est tard en saison pour sortir la pipette et l’erlenmeyer, surtout au sortir d’une séquence de huit victoires, mais l’entraîneur-chef se doit d’optimiser sa formation en vue des séries.
Ça va en égratigner quelques-uns au passage, dont Brendan Gallagher, qui a dû céder sa place, mais St-Louis doit mettre à profit tout ce qu’il a vu durant la saison, tenir compte de ce que les statistiques avancées lui disent et prendre des décisions difficiles.
L’une d’elles a été de séparer Demidov d’Oliver Kapanen, son centre des 77 premiers matchs, celui qui a surpris tout le monde en marquant 22 buts, dont plusieurs ont été créés sous l’inspiration de Demidov.
St-Louis était un brin embêté par le fait que son deuxième trio, en dépit de son potentiel offensif, passait somme toute peu de temps en zone offensive, et qu’il en consacrait beaucoup à se défendre.
Contre les Panthers, Kapanen a été le joueur le moins utilisé de son équipe (11:26). On peut voir d’ici le scénario où l’entraîneur déciderait d’essayer Joe Veleno à sa place lorsque ce dernier sera remis de son virus.
Chose certaine, St-Louis a réinséré Dach et Texier dans la formation dès qu’ils ont été disponibles, car ils ont tous les deux cette précieuse qualité de gérer la rondelle de façon à prolonger les présences en zone offensive. C’est une habileté plus rare qu’on ne le croit.

Alexandre Texier a déjoué Danill Tarasov en tirs de barrage, mardi, au Centre Bell.
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
En greffant Texier à Demidov, et en plaçant au milieu d’eux un Newhook qui vient de se découvrir des aptitudes soudaines au cercle de mises en jeu – 66,7 % à ses six derniers matchs –, la dynamique allait peut-être être différente.
Et comment!
De toutes les nouvelles combinaisons tentées mardi face aux Panthers, leur trio a été le plus convaincant.
Je pense que c’est ce dont Tex est capable, a signalé St-Louis. Quand on prolonge le jeu en zone offensive, l’équipe adverse commence à se fatiguer un peu, Demi récupère la rondelle, il a un peu plus d’espace, et là, il devient difficile à contrer. Il faut qu’on arrive à ce niveau-là. On doit lui créer plus d’occasions du genre. Certains joueurs sont tout simplement plus efficaces pour prolonger le temps passé en zone offensive. J’ai trouvé que Dach avait lui aussi prolongé le temps passé en zone offensive ce soir.
Mais je pense que ça aide Demi à exploiter ses points forts, alors on essaie de créer ça.
Savoir quand s'imposer
Cela fait donc un an que Demidov est officiellement arrivé dans le giron du Canadien. Il en a fait du chemin en un an, autant dans son aisance sur la glace que dans la qualité de son anglais.
Son talent s’exprime plus souvent face à des adversaires qui lui laissent l’espace dont il a besoin, mais sa faculté d’apprentissage l’aide de plus en plus à créer quand l’espace lui manque.
C'était sans doute notre meilleur joueur ce soir. Il crée des occasions à partir de rien. Il apprend les rouages du jeu, comment se comporter face aux autres équipes, comment être efficace... On le voit en contre-attaque, il est vraiment difficile à arrêter. Il était vraiment très bon ce soir.
Sans surprise, le principal intéressé estime que c’est son jeu dans les deux sens de la patinoire qui s’est le plus amélioré dans la dernière année.
Mais il n’y a pas que cela.
Mon jeu dans les deux sens, mais aussi d’identifier les moments où je dois simplifier mon jeu et les moments où il faut prendre les choses en main, a indiqué Demidov. Je reconnais beaucoup mieux ce type de situations.
Demidov n’a pas souvent été coupable de trop en faire face aux Panthers. Il les a étourdis durant les deux premières périodes, et son agilité lui a permis de déculotter ses adversaires à répétition. Sauf qu’il a exécuté ces manœuvres en étant loin de son filet. Un attaquant qui tricote pour se donner temps et espace alors qu’il est installé en zone adverse court moins de risques que dans d’autres secteurs de la patinoire.
On en revient à l’importance d’avoir à ses côtés des joueurs qui prolongent le temps passé en zone adverse.

Félicité par Cole Caufield, le gardien Jakub Dobes a excellé en prolongation et en tirs de barrage.
Photo : imagn images via reuters connect / Eric Bolte
Hutson a su quand prendre les choses en main
Le défenseur Lane Hutson apprend lui aussi à naviguer entre le besoin de s’imposer dans certaines circonstances et de ne pas peser trop fort sur le crayon.
Il y a eu une séquence en troisième période où son quintette peinait à sortir de sa zone. Hutson a récupéré le disque et s’est mis à patiner comme un défoncé pour le sortir de la cuisine. Mais à deux enjambées de la zone adverse, il a rebroussé chemin, car il a reconnu qu’il n’avait aucun soutien lui laissant espérer que le Canadien puisse générer de l’attaque. Sage décision.
Mais avec une trentaine de secondes à jouer dans le match, et une égalité à rétablir, Hutson a effectué une superbe montée qui a laissé tout le monde pantois. Arrivé à la ligne des buts adverse, il a remis dans l’enclave à Suzuki qui a facilement marqué.
C’était Hutson qui, comme son copain Demidov, apprend à le faire, avait identifié le bon moment pour prendre les choses en main.
Oui, c’est vrai que c’est parfois difficile de trouver le bon équilibre, a admis Hutson. On a envie de s’imposer à chaque fois et d’essayer de faire le gros jeu, mais il y a des matchs où ça ne vient tout simplement pas. Tu le cherches un peu trop. Mais quand le cadran s’écoule comme ça, c’est un peu plus facile de prendre des risques, je suppose. C’est difficile à gérer, mais j’ai l’impression de commencer à comprendre un peu mieux.
Les amateurs s’emballent devant la possibilité que Cole Caufiled marque 50 buts ou que Suzuki inscrive 100 points. Mais c’est lorsque Demidov et Hutson auront pleinement trouvé leur zone de confort dans cette facette du jeu que le Canadien deviendra le plus menaçant.
Horribles, désinvoltes et mous
Heureusement que Demidov et Hutson ont tiré les marrons du feu, car le CH traverse une période où son manque d’exécution passe souvent proche de le rattraper. C’est un petit miracle qu’il ait engrangé trois victoires à ses quatre derniers matchs, alors qu’il n’est clairement plus sous son meilleur jour.
C’est bon signe que l’équipe ne se laisse pas aveugler par les résultats. Autant St-Louis que Suzuki demeurent lucides par rapport à l’état de leur jeu collectif.
Ça a commencé avec mon trio, a admis le capitaine. Je pense que j'ai été assez horrible toute la soirée, jusqu'à ce que je marque le but le plus facile de ma carrière. Donc ça a commencé avec nous; on a été un peu trop désinvoltes. J'ai trouvé qu'on était un peu mous en tant qu'équipe. Il va falloir faire beaucoup mieux contre Tampa.
St-Louis soupçonne qu’il y a un élément de fatigue, autant physique que mentale, contre lequel ses hommes luttent présentement.
On a eu une séquence où il a fallu pousser et vraiment aller chercher des points, et on a quasiment été parfaits de ce côté-là, à aller chercher des points. C’est très demandant, il faut que tu sois alerte. Il y a une pression qui vient avec ça, il y a un stress qui vient avec ça.
Quand tu as la coche à côté de ton équipe, est-ce que ça te fait décompresser un petit peu, et est-ce que c’est le petit élément qui te manque pour garder cette cadence-là? Sûrement, mais notre but c’est de remonter ça le plus vite possible.
Les quatre derniers matchs au calendrier seront intrigants, car St-Louis continuera de jongler avec ses effectifs dans le but de créer une formule gagnante. Il doit faire cela, en même temps qu’il tentera de ramener les standards de l’équipe au niveau souhaité, et avec une volonté d’aller chercher suffisamment de résultat pour obtenir l’avantage de la patinoire au début des séries.
Il y a présentement une triple égalité en tête de la division Atlantique, mais, sans surprise, le Canadien est classé troisième en raison de son retard dans les victoires obtenues en temps réglementaire.
Le match de jeudi face au Lightning sera immense pour dénouer l’impasse.


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