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Un an après les feux qui ont ravagé la Californie, la reconstruction révèle une fracture sociale importante dans la Cité des anges. Dans la région, toutefois, une colère sourde continue de s’attiser.
Il y a un an, les vents violents de Santa Ana balayaient la région de Los Angeles, transformant des paysages de carte postale en scènes d’apocalypse. Aujourd’hui, alors que la fumée s’est dissipée, les cicatrices laissées par les flammes racontent deux histoires bien distinctes.
Dans les Via Bluffs de Pacific Palisades, l’océan Pacifique scintille toujours en toile de fond. Ce quartier cossu de Los Angeles porte encore les marques du feu qui a emporté 12 vies et détruit plus de 6000 bâtiments.
On avait eu tellement de fausses alertes ou de petits feux qui avaient été éteints rapidement, je n’ai pas pensé que ça allait être quelque chose d’énorme, raconte la courtière immobilière Diana Kassabian.
Le soir des feux, un ami pompier l’a avertie que son bureau allait y passer : Il m'a dit : "Écoute, dis à tout le monde que, demain matin, il n'y aura plus de Pacific Palisades." Pour moi c'était inconcevable.

Le bureau de la courtière immobilière Diana Kassabian, situé au cœur du quartier Pacific Palisades, n'a pas survécu à l'incendie. Le feu a complètement transformé le marché immobilier. Plutôt que de reconstruire, des propriétaires décident de vendre.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
À l’approche de l’anniversaire des incendies – dont les dommages sont évalués à plus de 250 milliards de dollars américains, la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l’histoire des États-Unis –, la reconstruction est bien entamée.
Si les écoles sont toujours silencieuses, quelques commerces ont rouvert leurs portes et le terrain de jeu, inauguré le 4 juillet, accueille de nouveau des enfants.

À Pacific Palisades plusieurs propriétaires de terrains sinistrés affichent leur volonté de reconstruire.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Des assurances insuffisantes
À une heure de route, au pied des montagnes de San Gabriel, le décor change radicalement. Altadena n’est pas une ville incorporée, mais un secteur relevant du comté de Los Angeles, peuplé historiquement par la classe ouvrière et des communautés marginalisées. Ici aussi, le bilan des feux est lourd : 19 morts, plus de 9000 bâtiments détruits ou endommagés et des quartiers entiers effacés.
Raymond Francis, ingénieur à la NASA, venait d’emménager lorsque sa maison a brûlé le 7 janvier. De sa vie d’avant, il n’a récupéré que ses carnets de vol de pilote et une courtepointe cousue par sa grand-mère. Aujourd’hui, il vit dans un petit studio à l’arrière d’une propriété et se rend au travail à vélo.

Raymond Francis devant ce qui reste de la maison qu'il avait achetée quelques semaines avant les incendies. L'ingénieur a planté des tournesols pour décontaminer les sols, le terrain ayant été nettoyé par le Corps des ingénieurs de l'Armée américaine, mais pas décontaminé.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Sur son terrain calciné, seuls un grand arbre et une dalle de béton subsistent. Comme plusieurs nouveaux propriétaires, il n’a pu souscrire à une assurance privée en cas d’incendie, et a dû faire appel au California Fair Plan, un programme public offrant un montant fixe en cas de perte.
Le montant n'est pas suffisant pour reconstruire, selon ses estimations. Le prix de tout ce qui vient avec la reconstruction d’une maison augmente quand on détruit 10 000 maisons en même temps, explique l’ingénieur. Sans compter le prix du bois, importé du Canada, qui a augmenté en raison des tarifs sur le bois d'œuvre.

Des milliers de personnes ont tout perdu à Altadena, Los Angeles.
Photo : Reuters / Mario Anzuoni
Malgré tout, Raymond Francis s’estime chanceux. Plusieurs de ses voisins sont retraités, ou n’étaient simplement pas assurés, ce qui, pour eux, était un choix impossible.
La disparition d'une communauté
La situation est encore plus critique dans l’ouest d’Altadena, un quartier historiquement noir où la moitié des maisons ont été réduites en cendres.

Perry Bennet, propriétaire de Perry's Joint, a reçu une subvention locale pour lui permettre de rester à flot, malgré la baisse de la clientèle après les incendies. La population d'Altadena est maintenant dispersée un peu partout dans la région.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Chez Perry’s Joint, une institution locale où l’on sert des sandwichs sur fond de jazz, le propriétaire Perry Bennet tente de garder la tête hors de l’eau. Il a perdu jusqu’à la moitié de sa clientèle.
Nous tentons de survivre en ce moment, dit-il, notant que plusieurs de ses clients âgés – certains de plus de 80 ans – ont simplement décidé de ne pas reconstruire et de quitter la Californie pour Detroit ou Chicago.

Dans les locaux de Perry's Joint, une affiche indiquant qu'Altadena n'est pas à vendre.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Sur les murs de son restaurant, une affiche Altadena n’est pas à vendre sert d’avertissement aux investisseurs prêts à racheter à bas prix les terrains de familles qui n’étaient pas assurées.
Lauren Randolph, mère de deux enfants, est en colère, car le soir du drame, l’ouest d’Altadena, majoritairement peuplé d’Afro-Américains et de Latinos, n’a reçu aucun ordre d’évacuation.
Ce sont eux qui n'ont pas reçu les avertissements. Et c'est là que la majeure partie de la ville a été détruite, dénonce-t-elle. Si le nombre de victimes n'a pas été plus élevé, c'est uniquement parce que les voisins ont veillé les uns sur les autres, se sont entraidés et ont secouru les membres de leur famille.

Devant une maison détruite, un propriétaire a peint un graffiti demandant le renvoi de la mairesse de Los Angeles, Karen Bass.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
La mairesse de Los Angeles au banc des accusés
À Pacific Palisades, un graffiti bien visible exige le renvoi de la mairesse de Los Angeles, Karen Bass. Une pétition en ligne réclamant sa démission a accumulé des dizaines de milliers de signatures.
La mairesse est notamment critiquée pour avoir réduit de plus de 17 millions de dollars le budget annuel du département des incendies. À la suite d’une enquête, les autorités ont conclu que le feu qui a tout détruit avait démarré une semaine plus tôt, mais qu'il n’avait pas été éteint.

Karyn Weber, dont la maison était située à quelques minutes à pied du centre communautaire, a tout perdu. Selon elle, il ne s'agissait pas d'une zone à risque, malgré les risques d'incendie dans la région. Les travaux de reconstruction doivent commencer bientôt.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
On savait tous à propos de ce feu, raconte Karyn Weber, qui a perdu sa maison dans le feu de Pacific Palisades.
Une version audio de ce reportage sera diffusée le dimanche 4 janvier à l'émission Tout terrain sur les ondes d'ICI Première.
Si cette avocate est critique envers les différents niveaux de gouvernement, notamment le gouverneur Gavin Newsom, elle en veut en particulier à la mairesse.
Elle est partie en Afrique la veille des incendies, sachant que ces vents soufflaient, pour rencontrer le président d'un pays africain, déplore-t-elle.

Une vue aérienne du quartier de Pacific Palisades à Los Angeles, fin janvier
Photo : Associated Press / Jae C. Hong
Face au vide politique, des personnes comme le milliardaire Rick Caruso, propriétaire d’un centre d’achat de luxe sauvé des flammes, émergent en sauveurs.
L’ancien candidat à la mairie de Los Angeles, présent sur les réseaux sociaux, utilise sa fortune pour financer différents types de projets, particulièrement dans le quartier de Pacific Palisades, où deux de ses enfants ont perdu leur maison.

Le Palisades Village, un centre d'achat huppé, au cœur du quartier, a survécu aux flammes. Son propriétaire, le milliardaire Rick Caruso, avait aspergé ses bâtiments de retardants et d'eau pour les protéger. Si, au départ, il avait été critiqué, car on l'accusait d'avoir accaparé les réserves d'eau de la ville, il a été déterminé que ce n'était pas le cas. Le complexe devrait rouvrir ses portes dans les prochains mois.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Une enquête indépendante exigée
Si l’homme d’affaires fait preuve de leadership, à Altadena, Shawna Dawson Beer, animatrice d’un balado sur la reconstruction, montre aussi du doigt les autorités et exige une enquête indépendante du procureur général de Californie. Nous avons été livrés à nous-mêmes et laissés à la merci des flammes, résume-t-elle.
Selon elle, ce qui s’est passé l’an dernier dans la région de Los Angeles est un avant-goût de ce qui pourrait se produire ailleurs au pays.
Ce n'était pas un cas de force majeure, se plaît-elle à rappeler. Le feu Eaton a été déclenché par une tour de transmission mise hors service par une entreprise privée qui rend des comptes à ses actionnaires, et pas à nous, les contribuables.

Shawna Dawson Beer a perdu sa maison le 7 janvier dernier. Il y a quelques mois, elle a démarré, avec un autre résident, un balado sur la reconstruction d'Altadena.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Mais c’est aussi, ajoute-t-elle, un enjeu lié aux changements climatiques.
Ça ne fait aucun doute que les vents violents, que nous considérions autrefois comme quelque chose d'exceptionnel, se produisent plus fréquemment. C'est ce qui a attisé le feu et créé une situation encore plus dangereuse et difficile à contrôler, affirme-t-elle.
Ces discussions, en cours dans la région, doivent mener à des réflexions plus profondes à l’échelle du pays, croit-elle. Car le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, lui-même en position d’autorité lors des feux de janvier dernier, affiche de plus en plus son intérêt pour les présidentielles de 2028.
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