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Un an après la loi Duplomb, l’acétamipride ravive la division des élus et des scientifiques

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Environnement 29/06/2026 12:40 Actualisé le 29/06/2026 13:28

Interdit en France, l’acétamipride pourrait être à nouveau autorisé par une dérogation contenue dans le projet de loi d’urgence agricole.

L’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, pourrait être réautorisé en France (photo d'illustration).

simonkr / Getty Images

L’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, pourrait être réautorisé en France (photo d'illustration).

Interdit depuis 2016 en France, l’acétamipride pourrait bientôt être à nouveau dispersé dans les champs français. La réautorisation de cet insecticide est l’une des mesures les plus controversées de la proposition de loi d’urgence agricole, examinée à partir de ce lundi 29 juin au Sénat.

Le retour de ce pesticide avait déjà fait débat lors de la précédente loi Duplomb, à l’été 2025. La mesure avait finalement été censurée par le Conseil constitutionnel, estimant qu’elle portait atteinte au « droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». Mais le sénateur-agriculteur LR Laurent Duplomb persiste.

Ce dernier a déposé un amendement pour à nouveau tenter d’autoriser ce pesticide, à titre dérogatoire. Un autre produit phytosanitaire, le flupyradifurone, est également concerné. Ces deux insecticides sont interdits en France en raison de leur impact sur la santé et l’environnement.

Mais ils restent autorisés ailleurs en Europe et sont notamment utilisés pour traiter les cultures de betteraves et de noisettes. La droite et l’extrême droite dénoncent une situation de « concurrence déloyale » défavorable aux agriculteurs français, et soutiennent donc largement ce retour du pesticide, malgré les risques que cela implique.

Et pour espérer passer les filtres et éviter le même schéma que l’an dernier, la mesure a été retravaillée juridiquement : elle propose ainsi que les dérogations pour autoriser les pesticides soient limitées dans le temps, soumises à un avis de l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) et restreintes à certaines filières.

Médecins et scientifiques prennent position

La mesure est largement pointée du doigt, non seulement par les ONG environnementales, mais aussi par une large partie de la communauté scientifique. « La question qui se pose est “est-ce que le business l’emporte sur la santé publique” ? », a ainsi posé sur franceInfo le chimiste et toxicologue, Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS. Pour lui, cette nouvelle tentative de réintroduction du pesticide relève de « l’acharnement ».

Une tribune publiée dans Le Monde ce lundi, signée notamment par Médecins du monde, la Société française d’endocrinologie ou encore la Société française de pédiatrie appelle à en revenir « aux faits ». À savoir que l’acétamipride tue les pucerons, vecteurs de maladies dangereuses pour les betteraves, en s’attaquant à leur système nerveux.

Or le produit ne fait pas la différence et attaque de la même manière d’autres êtres vivants, comme les abeilles, avec des répercussions sur « toute la biodiversité terrestre et aquatique ». Les professionnels de santé rappellent également que ce produit est particulièrement persistant dans l’eau, le sol… Et pénètre jusque dans le corps humain.

On le retrouve « dans le sang, les urines, le sperme » et même dans « le liquide céphalorachidien d’enfants (en contact avec le cerveau ndlr.) ». Dès 2013, L’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa), chargé d’identifier les risques des pesticides, avait alerté sur les dangers de l’exposition à l’acétamipride pour « le développement du système nerveux humain ». En revanche, des liens avec le cancer ou d’autres maladies graves n’ont pas été clairement identifiés. Du côté de la santé humaine, l’interdiction du pesticide relève donc du principe de précaution.

Le gouvernement dans l’embarras

« Le vote des sénatrices et sénateurs constituera un véritable test pour nos institutions démocratiques : sont-elles capables de prendre en compte les connaissances scientifiques pour décider des lois qui traitent d’un bien commun, la santé environnementale ? », interpellent les professionnels de santé dans leur tribune.

Lors de la précédente loi Duplomb, le débat sur ce pesticide s’était révélé particulièrement inflammable. Deux millions de citoyens français avaient signé une pétition sur le site de l’Assemblée nationale contre la réintroduction de l’acétamipride. De son côté, le conseil national de l’ordre des médecins avait formulé une rare prise position contre le retour du pesticide.

Le gouvernement craint que le retour d’un tel débat ne mette en péril l’adoption finale de l’ensemble la loi d’urgence agricole, censée apaiser la profession après la colère de l’hiver dernier. Il portera un amendement pour supprimer cette mesure, qui embarrasse la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, et irrite très fortement sa collègue à la Transition écologique Monique Barbut.

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