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Un acteur mi’kmaw a fait ses débuts en tant que réalisateur avec un film inspiré d'un voyage en voiture qu'il a effectué avec son oncle, Donald Marshall fils, qui a été condamné à tort pour meurtre et a passé 11 ans en prison.
Glen Gould, originaire de la Première Nation de Membertou, avait 17 ans lorsque sa mère l’a envoyé dans le Maine pour aider son oncle et le ramener chez lui, au Cap-Breton.
Les péripéties se sont enchaînées pendant ce voyage, a mentionné M. Gould lors d’une récente entrevue. On s’est fait voler notre voiture, on s’est retrouvés coincés dans un motel […] J’ai donc transformé ce voyage en film.
Au cours du voyage, a expliqué M. Gould, M. Marshall lui a raconté de nombreuses anecdotes et lui a relaté ce qui s’était passé la nuit où son ami, Sandy Seale, âgé de 17 ans, avait été poignardé dans un parc, en mai 1971.
Son oncle lui a raconté qu'ils prenaient un verre ensemble alors qu’ils se rendaient à une soirée dansante, lorsque deux hommes les ont abordés pour leur demander de l’argent. Cela a dégénéré et l’un des hommes a poignardé le jeune homme et entaillé le bras de M. Marshall.
Malgré sa coopération avec la police, les enquêteurs ont estimé que Donald Marshall avait poignardé son ami au cours d’une dispute et que la blessure à son bras était auto-infligée. Il a été condamné à la prison à perpétuité.

Donald Marshall fils. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan
L'oncle de M. Gould a finalement été acquitté en 1983, après plus d’une décennie derrière les barreaux. Roy Ebsary a été identifié comme l’auteur du coup de couteau et a passé un an en prison après avoir été reconnu coupable d’homicide involontaire dans la mort de Sandy Seale.
Glen Gould a raconté que, pendant ce voyage en voiture, son oncle a parlé de cette nuit-là [en 1971] et de ce qui lui avait permis de tenir le coup pendant toutes ces années en prison.
Dans le film, j’ai essayé de retranscrire cela du mieux que je pouvais de mémoire, c’était assez émouvant, a-t-il ajouté.
Dénoncer des failles du système de justice
L’affaire Marshall est devenue l’une des premières condamnations injustifiées très médiatisées du pays et a conduit à des changements radicaux dans un système jugé gangrené par l’incompétence et le racisme.
Une enquête menée en 1989 a révélé que le racisme avait joué un rôle dans cette condamnation injustifiée et que le système de justice pénale avait failli à ses obligations envers Donald Marshall à pratiquement chaque étape.
Dans une autre affaire, M. Marshall a été par la suite condamné pour pêche illégale dans les années 1990, ce qui déclencha une bataille juridique qui monta jusqu’à la Cour suprême du Canada, laquelle annula la condamnation et confirma le droit issu des traités des Premières Nations de pêcher, de chasser et de cueillir afin d’assurer leur subsistance modeste.
Glen Gould a déclaré que son film, intitulé Jeffrey’s Turn, est une œuvre de fiction inspirée de ses souvenirs d’adolescence et des moments vécus avec son oncle. Il a été présenté en avant-première au Festival international du film de l’Atlantique au début du mois.
Je pense que le moment est bien choisi […] pour revenir sur le racisme systémique qui persiste au sein du système judiciaire, a soutenu M. Gould.
J’espère que tous ceux qui ne sont pas autochtones sortiront de ce film en se rendant compte que nous sommes tout aussi humains que n’importe qui d’autre, a-t-il ajouté.
Des années de persévérance
L'acteur et réalisateur, qui a fait carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision et qui a joué dans des séries telles que Fargo, Outlander et Sullivan’s Crossing, a expliqué qu’il lui avait fallu plus de 10 ans pour créer ce film sur le passage à l’âge adulte et en rédiger le scénario.
Il a fait appel à plusieurs acteurs et musiciens autochtones pour travailler sur le film, notamment le fils de son meilleur ami, Zeegwon Shilling, âgé de 19 ans, qui interprète le personnage principal.
Il a expliqué que ce processus de tournage, pourtant gratifiant, était devenu extrêmement difficile après qu’il eut été victime d’un AVC pendant le tournage.
Alors que je réalisais et jouais dans le film, j’ai été victime d’un AVC aigu. À la fin du tournage, j’ai dû passer une semaine à l’hôpital, dans l’unité de soins spécialisés en AVC, a confié le cinéaste.
M. Gould a expliqué avoir été encouragé par ses coproducteurs qui souhaitaient lui rendre visite à l’hôpital, mais il a refusé jusqu’à ce que le tournage soit terminé.
Il souffre aujourd’hui de troubles cognitifs et de difficultés de mobilité causés par son AVC, mais il estime avoir eu beaucoup de chance.
J’étais tellement impatient de donner vie à ce film que j’ai tout simplement tenu bon, a-t-il déclaré.


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