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À force de vouloir sauver l’Occident, Trump pourrait bien finir par enterrer ses derniers alliés européens.
Le Wall Street Journal, dans une enquête consacrée aux relations entre les nationalistes européens et le mouvement MAGA, décrit un refroidissement bien réel. Le Rassemblement national français et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) privilégient désormais leurs campagnes nationales, avec beaucoup moins de démonstrations d’amitié envers Donald Trump.
Le RN et l’AfD rangent les drapeaux américains
En Allemagne, l’AfD vient de terminer en tête de deux élections régionales. Pendant ces campagnes, les références au président américain ont pratiquement disparu. Les discours portaient sur l’immigration, les politiques intérieures et les priorités allemandes. Les responsables du parti n’avaient manifestement plus besoin de faire campagne avec Washington en arrière-plan.
Le député Leif-Erik Holm assure même ne pas se souvenir d’une seule mention de Trump pendant sa campagne en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
Sacré changement depuis janvier 2025, lorsque le milliardaire Elon Musk intervenait par vidéo lors d’un rassemblement de l’AfD. Quelques semaines plus tard, le vice-président américain JD Vance critiquait ouvertement les dirigeants européens qui maintenaient les formations nationalistes à l’écart du pouvoir.
Chez nous en France, Marine Le Pen adopte une prudence comparable. La dirigeante du Rassemblement national a notamment qualifié la guerre contre l’Iran d’erreur stratégique. À l’approche de la présidentielle de 2027, le parti préfère parler aux électeurs français plutôt que défendre les décisions militaires d’un président étranger.
L’impérialisme américain finit par déranger les souverainistes
Le malaise dépasse les questions d’image. Les droits de douane, les ambitions américaines sur le Groenland et la guerre contre l’Iran ont exposé des divergences entre les intérêts de Washington et ceux des pays européens.
L’administration Trump a beau dénoncer régulièrement les institutions mondialistes, elle applique une politique étrangère particulièrement soucieuse de la puissance américaine.
En juillet 2025, l’accord commercial entre Washington et Bruxelles avait notamment prévu des droits de douane de 15 % sur de nombreuses exportations européennes. Une excellente occasion de vérifier qu’une alliance politique ne protège pas nécessairement les intérêts économiques de ses partenaires.
Les prétentions américaines sur le Groenland ont également rappelé les limites du respect trumpiste des frontières nationales.
Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, a pour sa part sévèrement critiqué l’intervention américaine contre l’Iran, dénonçant une opération militaire engagée sans stratégie suffisamment claire.
Défendre la souveraineté allemande tout en applaudissant systématiquement les décisions de Washington devenait un exercice de contorsion politique assez spectaculaire.
Des alliés moins démonstratifs, mais toujours présents
Ce refroidissement ne signifie pourtant pas la disparition des relations entre les deux camps.
Peter Felser, député de l’AfD, reconnaît que l’enthousiasme sans limites pour MAGA appartient désormais au passé. Selon lui, son parti a mûri et n’a aucune obligation de partager toutes les positions américaines.
Les contacts subsistent néanmoins. George Weinberg, responsable de Republicans Overseas à Berlin, explique au Wall Street Journal que les échanges continuent, simplement de manière plus discrète.
La politique électorale impose parfois une certaine pudeur. Surtout lorsque l’allié encombrant dispose de l’armée la plus puissante du monde et d’une réputation diplomatique particulièrement imprévisible.
Une indépendance politique encore à démontrer
Le cas de Viktor Orbán illustre également les limites du soutien américain. En avril 2026, le dirigeant hongrois a perdu les élections malgré l’appui affiché de Trump et de JD Vance.
Le président américain conserve des sympathisants dans les formations nationalistes européennes. Plusieurs de ses idées, notamment sur l’immigration, continuent d’y circuler. Mais sa politique étrangère complique sérieusement le discours de ceux qui prétendent placer leur nation au-dessus de toutes les autres.
À Bruxelles, l’UE reste largement dépendante des États-Unis sur le plan militaire, tandis que ses négociations commerciales avec Washington ont déjà montré les limites de son rapport de force.
Les partis nationalistes dénoncent régulièrement cette dépendance européenne. Leurs nouvelles distances avec Trump pourraient leur permettre de défendre une politique moins alignée sur Washington.
Encore faudra-t-il transformer cette prudence électorale en véritables choix diplomatiques. Car retirer Donald Trump des affiches de campagne ne suffit pas à rendre un pays souverain.


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