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Trouver un emploi après la prison, « c’est dur, c’est l’enfer »

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En dépit de la pénurie de main-d'œuvre qui sévit, les personnes judiciarisées ont encore du mal à intégrer le marché du travail. Le Centre résidentiel communautaire (CRC) de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec rappelle qu’il s’agit pourtant de travailleurs qui ne demandent qu’une seconde chance pour réintégrer la société.

J’ai 56 ans. Je viens de finir 35 ans en prison. J’essaie de trouver des jobs, puis c'est dur, c'est l'enfer. Souvent, il y en a qui vont dire : “Ouais, bien, on va vous rappeler”. Autrement dit, bonne chance, raconte Daniel Poulin, qui est en semi-liberté conditionnelle.

Lui qui réside maintenant à La Morandière-Rochebaucourt, il ne parvient qu’à décrocher des emplois temporaires depuis sa sortie du pénitencier, il y a six ans. Pourtant, il ne demande qu’à travailler.

C’est une façon de se replacer, d’avoir une stabilité. Sentir qu’on fait partie de la société, qu’on peut fonctionner avec la société, payer ses taxes.

Au moins, après toutes ces années que j’ai passées en dedans, j’ai réussi à me pogner une maison, à payer mon véhicule. Je ne m’attendais jamais à ça. Dans le pire des pires, ç'aurait été un petit appartement, un deux et demi dans le top, mais là, j’ai une maison et j’ai travaillé tellement fort pour ça. Mais les embûches sont encore là pour le travail, surtout avec mon âge, c’est pas évident, confie Daniel Poulin.

S’il trouve le travail valorisant, l'homme avoue avoir encore beaucoup de mal avec le jugement de certains employeurs. Un jugement qu’il trouve souvent humiliant.

Mets-toi dans la peau de cette personne qui a fait autant d'années en dedans. Elle a fait ses crimes. Elle a payé son prix. Si le gouvernement l’a sortie de prison, c’est parce qu’ils ont vu de quoi de bon dans la personne. Ils ont vu que la personne essayait de changer. La personne ne sera pas parfaite, elle va avoir des embûches, elle a du travail à faire sur elle-même, c'est certain. Mais il faut donner la chance au coureur, comme on dit. Parce que c'est la personne qui travaille et non le dossier qui fait la job, fait-il valoir.

Un outil de réinsertion sociale

Daniel Poulin peut compter sur le soutien et l’accompagnement du Centre résidentiel communautaire. Cette maison de transition établie près de 50 ans à Amos aide les personnes judiciarisées dans leurs efforts de réinsertion sociale. Le travail fait partie de ses outils privilégiés.

Chantal Lessard debout dans son bureau pour la photo.

Si elle constate que la situation s'améliore pour l'employabilité des personnes judiciarisées de la région, Chantal Lessard croit qu'il est important de rappeler qu'elles peuvent aider des entreprises dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Être capable de contribuer à sa famille, de soutenir son rythme de vie. Ne pas dépendre de l’État pour ça. Ça fait partie d’une forme de responsabilisation, le fait de reprendre son rôle dans la société à différents niveaux. L’employabilité est un facteur majeur de réinsertion, rappelle la directrice générale, Chantal Lessard.

Elle rappelle qu’une personne sur sept au Canada possède un casier judiciaire. Les personnes judiciarisées qui passent par le CRC présentent l’avantage d’être déjà bien engagées dans des démarches pour réintégrer pleinement la société.

La clientèle qui vient en maison de transition, ce sont des gens mobilisés, des gens qui veulent se réinsérer, puis qui sont prêts à faire les efforts.

Si le CRC a déjà un bon réseau d'employeurs, Chantal Lessard est toujours à la recherche de nouveaux alliés pour donner cette seconde chance aux personnes judiciarisées.

Je peux comprendre, il y a des freins à l'embauche d'une personne judiciarisée, c'est documenté. La peur. Qu'est-ce que nos clients vont penser, qu’est-ce que nos employés vont penser? Ce qu'on veut, c'est vraiment dire aux employeurs qu’il y a du soutien. Le CRC est prêt à vous accompagner, à donner de la formation, à faciliter l'intégration, la supervision, peut-être même que c’est un employé que vous pourriez embaucher à partir de nos services, souligne-t-elle.

Un immeuble en hiver.

Le Centre résidentiel communautaire de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec est une maison de transition avec 30 lits d'hébergement à Amos.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Selon Chantal Lessard, la réinsertion sociale des personnes judiciarisées est le travail de toute la communauté, qui en retire elle aussi les bénéfices.

Ça fait en sorte que les personnes qui se sentent davantage intégrées et qui se sentent davantage partie prenante du tissu social s'éloignent de leurs valeurs criminelles et du phénomène de la criminalité, affirme-t-elle.

Une collaboration de longue date

Depuis plusieurs années, Amos Toyota fait appel au CRC afin d'embaucher trois personnes judiciarisées pour la période achalandée des changements de pneus.

C’est un travail saisonnier et ils répondent toujours présent. Ils sont contents de venir travailler. Ils deviennent des membres à part entière de l’équipe. On parle de six personnes par année et ça va super bien, assure le directeur général de l'entreprise, Adam Drolet.

Il s’agit pour lui d’une solution gagnant-gagnant. Ces postes sont difficiles à pourvoir, puisqu’ils ne durent que deux à trois mois. Et ils permettent aux personnes judiciarisées d’acquérir une expérience de travail.

Ça leur permet d’avoir une seconde chance. C’est sûr qu’avec un casier judiciaire, c’est parfois plus difficile de se trouver un emploi. On a même un employé qui avait commencé comme ça. Il était venu pour une couple de saisons, puis il a voulu continuer avec nous. On avait un poste de libre, on le lui a donné, et il est resté huit ans comme mécanicien chez nous, signale M. Drolet.

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