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Trois usines flottantes sur le Saint-Laurent pour le projet de GNL de Marinvest Energy?

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Le mégaprojet d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) piloté en coulisse depuis plusieurs mois par Marinvest Energy nécessiterait jusqu’à trois usines flottantes installées directement dans les eaux de l’estuaire du Saint-Laurent, selon ce qu’on peut lire sur le nouveau site du projet. Celui-ci est désormais confié à Kino Aski, une entreprise qui serait dirigée par « les Premières Nations » pour construire ce complexe industriel conçu pour l’expansion de l’industrie gazière albertaine.

Selon les informations disponibles sur le site Web de Kino Aski, qui a été mis en ligne au cours des derniers jours, « ce projet est développé sur les territoires traditionnels des Premières Nations du Québec et de l’Ontario, sous la propriété et le leadership autochtones ».

Ce serait donc cette nouvelle entreprise qui réaliserait le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec, et non plus la norvégienne Marinvest Energy, qui travaille activement avec le gouvernement de Mark Carney depuis le printemps 2025 pour obtenir les autorisations et du financement. Les plus récentes démarches de lobbying auprès du gouvernement fédéral, qui datent de la fin du mois de juillet, ont toutefois été menées par un dirigeant norvégien de Marinvest.

Les informations sur Marinvest Energy révélées par Le Devoir en juillet 2025 se retrouvent sur le nouveau site Web de Kino Aski. Les promoteurs de ce projet évalué à 30 milliards de dollars veulent notamment construire un gazoduc de 1000 km dans des milieux naturels au Québec, afin de transporter du gaz exploité surtout par fracturation en Alberta jusqu’à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord.

On apprend toutefois sur le site Web que pour produire le GNL qui serait chargé à bord de navires méthaniers en vue de son exportation, les promoteurs veulent construire jusqu’à trois usines flottantes de liquéfaction. Celles-ci seraient en fait des « unités FLNG », pour « Floating Liquefied Natural Gas », ce qui signifie que chacune des trois usines serait installée directement dans les eaux de l’estuaire du Saint-Laurent.

Ces « unités » peuvent atteindre une longueur moyenne de 340 mètres, pour une largeur de 70 mètres. La production totale de GNL serait de 15 millions de tonnes par année, soit 1,5 fois la production qui était prévue pour GNL Québec au Saguenay.

Dans les discussions de Marinvest Energy avec le Port de Baie-Comeau, il a été question d’implanter ce complexe industriel d’énergie fossile dans la baie des Anglais.

Espèces menacées

Cela signifie que les usines flottantes seraient en fonction dans des eaux qui abritent plusieurs espèces fauniques, dont certaines sont menacées. Ces usines flottantes seraient notamment situées près d’habitats du béluga du Saint-Laurent. Cette espèce en voie de disparition est particulièrement vulnérable à la pollution sonore sous-marine et au dérangement.

La production et l’exportation par navire méthanier du GNL impliqueraient en fait des activités industrielles dans « une aire d’importance » pour le béluga, selon ce qu’a déjà confirmé au Devoir Pêches et Océans Canada en se basant sur les données récoltées pendant plusieurs années par les scientifiques fédéraux.

Ce ministère fédéral a d’ailleurs participé à des rencontres mensuelles avec Marinvest Energy au cours des derniers mois, selon ce qui se dégage de documents obtenus grâce à la Loi sur l’accès à l’information. Le ministère a toujours été avare de commentaires à ce sujet. Il a cependant confirmé avoir évoqué « les obligations du promoteur en vertu de la Loi sur les pêches et de la Loi sur les espèces en péril ».

Dans le cas du défunt projet GNL Québec, les évaluations environnementales du gouvernement fédéral et de celui du Québec concluaient que le trafic maritime représentait une menace pour le béluga, un cétacé emblématique du Saint-Laurent.

Or, dans le cas du nouveau projet de GNL, il est question de le soumettre plus tard au Bureau des grands projets du gouvernement de Mark Carney. Cela permettrait de contourner des dispositions de la Loi sur les espèces en péril, qui est censée protéger le béluga. Ces dispositions n’existaient pas à l’époque de GNL Québec.

Questions sans réponses

Malgré le changement de stratégie de développement, c’est toujours la firme de relations publiques National qui gère les communications du projet. Le Devoir a demandé des détails sur les usines flottantes prévues pour le projet, mais aussi sur la consommation d’énergie du futur complexe industriel et sur les dirigeants de Kino Aski qui peuvent répondre aux questions sur ce qui serait désormais leur projet.

« Kino Aski n’a pas de nouveaux éléments à communiquer pour le moment. Nous vous invitons donc à attendre les prochaines étapes du développement du projet », a répondu le cabinet de relations publiques National.

Il est donc impossible d’obtenir des informations sur les gens qui dirigent cette entité. Pour le moment, seul le grand chef du Conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, a pris la parole publiquement dans le dossier. Les Anichinabés, les Cris et les Innus n’auraient pas encore accepté de participer au projet. Les bureaux de Kino Aski sont situés à La Tuque, dans le même immeuble que le Conseil de la Nation atikamekw.

Même si les informations disponibles publiquement se limitent à ce qui est présenté sur le site Web de Kino Aski, le projet détaillé de Marinvest Energy a été présenté à plusieurs instances fédérales, provinciales et municipales, et ce, depuis plus d’un an, selon ce qui se dégage de nombreux documents obtenus grâce à la Loi sur l’accès à l’information.

Des rencontres mensuelles ont été organisées à partir du printemps 2025 par le gouvernement fédéral à titre de « forum permettant aux ministères de fournir des conseils et un soutien afin de faciliter l’investissement », indique un courriel de l’organisme Investir au Canada.

Des présentations exhaustives du gazoduc, de l’usine de production de GNL, de l’alimentation électrique du complexe gazier et des marchés visés ont d’ailleurs été remises à différents ministères. Dans chacun des documents obtenus grâce à la Loi d’accès à l’information, les détails du projet sont toutefois entièrement caviardés.

Les échanges entre les promoteurs et le gouvernement fédéral montrent que Marinvest Energy a posé des questions sur le financement public disponible pour son projet en cas d’implication des Premières Nations.

Le gouvernement Carney a confirmé au Devoir cette semaine que le fédéral serait prêt à financer ce genre de projet. Le cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a expliqué qu’il existe notamment un « programme de garantie de prêts pour les Autochtones », doté d’une enveloppe de 10 milliards de dollars, qui peut, entre autres, servir « à faire progresser le développement responsable du GNL », une ressource fossile dont l’utilisation alimente la crise climatique.

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