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Trente ans de lutte contre la pauvreté au Yukon

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Trente ans après sa création, la Coalition anti-pauvreté du Yukon (YAPC) a grandi, tant par ses moyens que par son influence sur le réseau communautaire du territoire. Mais les enjeux auxquels elle s’attaque demeurent bien présents.

Jeudi, à Whitehorse, plusieurs personnes se sont réunies pour célébrer cet anniversaire et revenir sur le chemin parcouru par l’organisme, fondé en 1996 par un groupe de citoyens engagés.

Ils se sont appelés les "collaborateurs", raconte la directrice de la Coalition anti-pauvreté du Yukon, Kristina Craig.

Leur objectif n’en était pas un de charité, dit-elle, mais bien de défendre les droits de la personne, la justice sociale, l’équité et l’égalité, tout en mettant l’accent sur la création de liens au sein de la communauté.

Bénévole de longue date, Michael Dougherty était l’un de ces collaborateurs. Il se souvient des débuts modestes de l’organisme.

Un homme pose devant un bâtiment.

Michael Dougherty est l'un des fondateurs de la Coalition anti-pauvreté du Yukon.

Photo : Radio-Canada / Marie-Soleil Desautels

Notre premier budget était de 100 $ pour payer les appels interurbains, raconte-t-il en riant. Aujourd’hui, on a une quinzaine d’employés et on gère un fonds de plus de 5 millions de dollars, dit celui qui siège au conseil d’administration.

Dès le départ, le groupe a privilégié une structure horizontale, où les décisions se prennent par consensus plutôt que par vote. Cette approche a créé un espace où les gens peuvent discuter de problèmes concrets et faire émerger des initiatives ancrées dans leurs besoins.

Lorsqu’un problème se présentait, un groupe de travail se mobilisait autour de la question. Si ce groupe se développait et devenait suffisamment solide, il prenait son indépendance, explique M. Dougherty.

Une grande famille

C’est ainsi que sont nés des organismes comme la Société des banques alimentaires du Yukon ou la Société Safe at Home, qui lutte contre l’itinérance.

Pour Kristina Craig, ce rôle d’incubateur a contribué à renforcer le filet social du Yukon. Il y a tout un aspect lié à la solidité du secteur à but non lucratif dont la coalition peut être fière, souligne sa directrice.

Une femme pose devant un buffet.

La directrice de la Coalition anti-pauvreté du Yukon, Kristina Craig.

Photo : Radio-Canada / Marie-Soleil Desautels

La coalition a également contribué à la création d’emplois, dit-elle, rappelant, entre autres, que Safe at Home emploie une centaine de personnes.

Lors de la célébration, Dave Blottner, directeur général de la Société des banques alimentaires du Yukon, a d’ailleurs comparé la coalition à une mère ayant élevé toute une famille d’organismes.

Certains sont bruyants, d’autres discrets, et certains cherchent à changer le monde. Et puis il y a ceux comme nous, à la banque alimentaire, qui essaient simplement de trouver quoi manger pour le souper, a-t-il affirmé.

L’organisation, fondée en 2007 sous le nom de Banque alimentaire de Whitehorse, a depuis étendu ses services à l’ensemble du territoire. Depuis 2017, elle a distribué près de 2,5 millions de repas, dont plus de 500 000 au cours de la dernière année.

J’aimerais pouvoir vous dire que ces chiffres sont en baisse, mais ce n’est pas le cas, a-t-il ajouté.

Un travail loin d’être terminé

Pour Michael Dougherty, il est difficile d’imaginer un monde où la coalition n’aurait plus besoin d’exister. Comme les droits de la personne, explique-t-il, les enjeux liés à la pauvreté évoluent au fil du temps et englobent de nombreuses réalités, de la santé au logement, en passant par la faim.

Les enjeux changeront, mais ils ne disparaîtront pas.

Selon sa directrice, il est même difficile de parler d’une victoire en particulier. Elle retient plutôt la constance du travail mené depuis 30 ans pour soutenir les personnes en situation de précarité et faire avancer des enjeux essentiels au bien-être de la communauté.

Une partie de notre victoire, c’est que nous sommes toujours là et que nous continuons à faire le travail.

La coalition entend notamment donner suite à son plan A Place to Be, publié en juin, qui propose 29 recommandations pour mettre fin à l’itinérance. Pour sa directrice, sa mise en œuvre nécessitera une collaboration réelle entre les différents ordres de gouvernement, chacun ayant un rôle à jouer pour combler les lacunes en matière de logement.

On aimerait en arriver à un point où, lorsqu’on parle de collaboration, que les gouvernements utilisent aussi ce langage et assument réellement la responsabilité de leurs décisions.

Bénévole depuis une douzaine d’années, Helen Slama estime que la force de la coalition réside précisément dans sa capacité à rassembler des personnes de différents horizons et à porter la voix des plus vulnérables auprès des décideurs.

Un rôle essentiel, également salué par le député fédéral du Yukon, Brendan Hanley, qui a rendu hommage à tous ceux qui ont contribué à bâtir un Yukon plus fort et plus inclusif.

On célèbre les 30 ans de la coalition, mais surtout, on rend hommage à toutes ces personnes dont l’engagement indéfectible a façonné notre façon de lutter contre la pauvreté au Yukon, a-t-il déclaré.

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