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Tous les dix ans, le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) réalise une enquête auprès de 160 000 personnes de 16 à 65 ans dans une trentaine de ses pays membres afin de mesurer leurs compétences réelles en lecture et écriture (littératie), en mathématique (numératie) et en résolution de problèmes. La dernière enquête a été effectuée en 2023. Elle a notamment atteint un échantillon de 11 700 Canadiens. Ses résultats ont été diffusés en 2024. Depuis cette date, on entend souvent dire au Québec que « 52 % des Québécois sont des analphabètes fonctionnels ».
D’où provient cette affirmation ? Elle concerne la littératie. Dans la présentation de ses résultats, l’OCDE a classé les répondants à son enquête de 2023 dans six niveaux de compétence en littératie. Or, selon ce classement, 52 % des répondants de 16 à 65 ans du Québec se trouvent aux trois niveaux les plus faibles. D’où l’affirmation en cause.
Les pourcentages correspondants sont 49 % pour l’ensemble du Canada et 57 % pour l’ensemble des 30 pays sondés. Mais traiter toutes ces personnes d’« analphabètes fonctionnels » est une grossière exagération de la réalité. On s’en rend immédiatement compte en constatant que le tiers des détenteurs d’un baccalauréat universitaire au Québec se trouvent classés dans l’un ou l’autre de ces trois niveaux de littératie les plus faibles.
Il serait absurde de conclure que tous ces bacheliers sont analphabètes. Le consortium scientifique mandaté par l’OCDE pour surveiller l’enquête a d’ailleurs fermement rejeté l’idée qu’il y ait un seuil minimal absolu de littératie qui permettrait de déterminer si une personne est « analphabète » ou non. Il y a dix ans déjà, mon collègue de l’UQAM le regretté Paul Bélanger, ancien secrétaire général de la Conférence internationale sur l’éducation des adultes, avait condamné sans équivoque cette appellation douteuse.
Ce n’est pas tout. La population de 16 à 65 ans étudiée par le PEICA comprend non seulement les jeunes adultes de 25 à 44 ans qui ont commencé récemment leur vie active, mais aussi les 16 à 24 ans, qui n’ont souvent pas terminé leurs études, et les 45 à 65 ans, dont le niveau moyen de scolarité est nettement inférieur à celui des jeunes d’aujourd’hui. Il faut donc s’attendre à ce que les jeunes adultes de 25 à 44 ans soient moins nombreux à accuser de faibles niveaux de compétence en littératie que la moyenne d’ensemble des 16 à 65 ans.
C’est effectivement le cas : 40 % des 25 à 44 ans sont classés dans les trois niveaux de littératie les plus faibles au Québec, contre 42 % au Canada et 51 % dans l’ensemble des 30 pays. Ces résultats démontrent que les jeunes adultes québécois ne sont pas moins compétents que les autres Canadiens en littératie, et que le Québec et le Canada se classent avantageusement par rapport à la moyenne des autres pays avancés. En creusant plus loin dans les résultats du PEICA, on peut d’ailleurs constater que la littératie se porte mieux au Québec et au Canada que dans les grands pays comme les États-Unis, l’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne.
Mais attention. Il ne faut pas oublier que certains pays font mieux que nous. C’est notamment le cas des pays nordiques (Suède, Danemark, Norvège, Finlande), du Japon, des Pays-Bas et de la Belgique flamande. L’affirmation voulant que la majorité des Québécois forment une bande d’analphabètes fonctionnels a beau être déconnectée de la réalité, le combat en faveur de la littératie chez nous est loin d’être terminé. Il mérite notre appui le plus ferme.


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