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Raphaël N., 28 ans, trie des os humains comme on trie une marchandise : un fémur à droite, une vertèbre à gauche, sur le carrelage de l’esplanade du Service des recherches judiciaires de Yaoundé. Avec son frère Moustapha M., 31 ans, il a été interpellé le 10 octobre au quartier Ngousso. Un trafic d’ossements humains destiné, selon les enquêteurs, aux fabricants de « caillou », cette drogue.
Un sac, trois millions de F et un cousin déterré
Tout part d’un renseignement. Un homme cherche à vendre un sac d’ossements pour trois millions de F. Les hommes du lieutenant-colonel Madeleine Njeudjo Penda, chef du service des recherches judiciaires de la Première région de gendarmerie, interviennent. Raphaël est interpellé. Son client présumé, un dealer de « caillou », prend la fuite. Il est toujours recherché.
« Dans le sac, il n’y avait ni crâne, ni côtes. Seulement des fémurs, des tibias, un bassin, des vertèbres, enveloppés dans des pagnes d’enterrement encore humides », relate le lieutenant Claude Mboutou, chef du bureau recherche judiciaire.
Raphaël avoue vite. Il a agi avec son grand frère. Tous deux sont originaires de la Bénoué, à huit kilomètres de Pitoa, dans la région du Nord. La victime, c’est leur cousin, mort il y a deux ans après une altercation, d’après leurs déclarations, et enterré clandestinement dans un champ familial sans tombe. Deux ans plus tard, ils sont revenus l’exhumer.
Moustapha sera interpellé dans le Nord, avec l’appui de la brigade de Pitoa.
Pourquoi garder les restes à la maison ? « On a gardé les restes chez moi parce que je ne suis pas marié », confie Raphaël.
La scène du 20 octobre, où le jeune homme manipule le squelette de son cousin sous le regard des enquêteurs, est franchement glaçante.
Une filière qui rapporte
Les enquêteurs parlent d’une nouvelle filière rentable. Les ossements calcinés entrent dans la fabrication du « caillou », une poudre d’os extraite et fumée. Le gramme coûte 5 000 F.
Le détail qui fait mal : le lot le plus cher, crâne et côtes, a déjà été vendu à Garoua pour trois millions de F. Le second, fémurs, bassin et colonne vertébrale, devait partir à Yaoundé pour trois autres millions. Six millions pour un squelette complet.
C’est le moins qu’on puisse dire : la mort rapporte plus que bien des commerces.
Reste à savoir si d’autres sépultures ont été violées. Rien ne confirme à ce stade que les deux frères aient agi seuls ou que d’autres tombes soient concernées. La question d’un réseau plus large, avec des intermédiaires entre le Nord et la capitale, n’est pas tranchée.
Une chose est sûre : la profanation de sépultures change de dimension quand elle devient un marché. Ce n’est plus un acte isolé, c’est une chaîne avec des acheteurs, des prix et des livraisons.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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