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Le retour sur la scène du rodéo d’une tradition centenaire, la course de poneys sauvages, suscite de vives tensions en Saskatchewan. Alors que les défenseurs du bien-être animal dénoncent des pratiques traumatisantes pour de jeunes équidés non dressés, les passionnés et professionnels du milieu défendent un héritage culturel de l'Ouest canadien où les animaux seraient traités avec le plus grand soin.
Dans un pâturage paisible près d’Estevan, en Saskatchewan, des poneys sont rassemblés autour d’une grosse balle de foin. Leurs longs cils chassent patiemment les mouches pendant que leurs babines grignotent leur repas.
Rhonda Stock se tient au milieu d'eux, des biscuits à la main — une gâterie unique par cette journée grise et venteuse.
Miss Thistle, tu veux un biscuit ? lance-t-elle. Mme Stock est la présidente de Happy Little Hooves, un sanctuaire pour poneys et ânes fondé avec sa sœur Laura en 2019. Cet organisme à but non lucratif se consacre à offrir un foyer sécuritaire à ces animaux, qui ont souvent des antécédents de maltraitance ou de négligence.
Le regard fixé sur les équidés, elle pointe du doigt un poney brun clair à la crinière fauve, qui se tient en retrait du groupe. C’est Thistle. Elle a été utilisée dans les courses de poneys sauvages , explique Mme Stock. Thistle reste immobile, visiblement peu intéressée par le biscuit. Elle recule lorsque Mme Stock s'approche lentement d'elle, le bras tendu.
Il m’a fallu attendre de Noël jusqu'à aujourd'hui pour en arriver là , confie Mme Stock, précisant qu'à son arrivée, Thistle refusait de s’approcher à moins de 30 pieds (environ 9 mètres) d'elle dans le pâturage. Ils perdent confiance en l’humain , dit-elle. Et il en faut beaucoup pour regagner la confiance d’un poney après qu’il l’a perdue.

Rhonda Stock, présidente du refuge pour poneys et ânes « Happy Little Hooves », situé près d'Estevan, en Saskatchewan, offre une friandise à certains des poneys qui y vivent.
Photo : Radio-Canada / Camilla Faragalli
Un face-à-face perçu comme traumatisant
La course de poneys sauvages est une épreuve de rodéo compétitive dans laquelle une équipe de trois enfants, généralement âgés de moins de 13 ans, tente d’attraper, de brider et de monter le plus rapidement possible un poney non dressé. Mme Stock juge leur retour sur la scène du rodéo inquiétant et a rédigé une lettre ouverte pour demander aux comités et au public de reconsidérer la tenue de telles épreuves dans la province.
Pour elle, un problème majeur réside dans le fait que les poneys utilisés ne sont pas réellement sauvages. Ce qu'ils sont, ils sont jeunes et non dressés , précise-t-elle. Vous prenez un animal de proie et vous le jetez dans une situation où il y a du bruit, des gens qui le poursuivent... Ce sont des enfants pour nous, mais pour [les poneys], ce sont des prédateurs.
Elle ajoute que ces épreuves apprennent aux poneys à craindre l’humain et causent des troubles comportementaux durables.
Après coup, les poneys sont traumatisés et, bien souvent, ils deviennent impossibles à manipuler , déplore-t-elle. Ils finissent dans des encans où ils sont vendus pour leur viande, ou se retrouvent dans des familles qui se les refilent parce que personne ne peut s'en occuper.
Selon elle, l’espérance de vie moyenne d’un poney prolonge ce calvaire : C’est un peu différent, selon moi, de la capture de veaux au lasso dans un rodéo, où il s'agit d'un animal destiné à la boucherie dans deux ans de toute façon. Là, vous prenez un poney, vous le traumatisez, et il doit composer avec cela pour les 30 prochaines années.
Mme Stock précise qu’elle n’est pas opposée aux rodéos en général : Vos chevaux de rodéo [...] ont été élevés pour ça. C'est uniquement avec les courses de poneys sauvages que nous avons un réel problème.

Jorja Salmond, 16 ans, lors du Stampede de Ponoka 2026 en Alberta. Elle et ses deux frères et sœurs ont grandi en montant à cheval, en débourrant et en dressant des chevaux au ranch de leurs parents à Weekes, en Saskatchewan.
Photo : Radio-Canada / Camilla Faragalli
L'adrénaline et la passion des jeunes cavaliers
Le point de vue est tout autre pour Jorja Salmond, une adolescente de Weekes, en Saskatchewan, qui monte à cheval depuis qu’elle sait tenir debout. Championne de course de poneys sauvages et cavalière émérite de course de barils, elle espère un jour gagner sa vie en dressant des chevaux et en participant à des rodéos.
C'est vraiment le fun. Comme pour n'importe quel autre sport, c'est une poussée d'adrénaline , confie-t-elle.
À 16 ans, Jorja est techniquement trop âgée pour participer — ces épreuves étant généralement réservées aux plus jeunes —, mais les organisateurs font souvent une exception pour elle en raison de sa petite taille de 5 pieds 1 pouce (environ 1,55 m). J’ai aussi commencé plus tard que la plupart des enfants ; j’avais 12 ans, et non cinq, six ou sept ans.
Elle se dit reconnaissante d’avoir eu plus d’un an pour faire ses preuves : Les fournisseurs m’ont dit qu’ils voyaient mon potentiel. C'est vraiment cool d'entendre des gens dire ça de moi.
La jeune cavalière affirme qu’elle ne s’est jamais inquiétée de blesser physiquement ou mentalement un animal lors de ces courses. Ils sont forts. Ce sont des animaux, ils vivent dans la nature. Ils sont un peu bâtis pour ce genre de choses.
Elle ne croit pas non plus que ce sport rende les poneys craintifs : Avant une course, je vais souvent derrière les enclos où ils se trouvent, je m’arrête à la clôture et je les flatte. Je peux toucher leur tête, ça ne leur fait rien. Mais dès que la barrière s'ouvre, ils savent qu'ils ont un travail à faire.
Une tradition familiale défendue par les professionnels
Le rodéo est profondément ancré dans la famille Salmond. Le père de Jorja, Wade Salmond, est un pilote professionnel de courses de chariots (chuckwagon) et copropriétaire, avec son épouse Kim, des écuries Salmond Racing Stables à Weekes.
Pour lui, l'épreuve incarne bien plus que du divertissement. Cela renvoie à une grande tradition et à l'héritage de l'Ouest... C'est un défi pour les jeunes et ça les incite à s'impliquer dans le sport, estime-t-il. Et les poneys sauvages, je crois sincèrement qu’ils aiment ce qu’ils font. C’est un genre de défi pour eux aussi.
Déjà confronté aux questions sur le bien-être animal, Wade Salmond écarte les critiques : J'ai côtoyé des chevaux, du bétail et des animaux de rodéo toute ma vie. Si un animal n'a pas envie de participer, il ne le fera tout simplement pas. Et ces animaux-là sont mieux soignés que la plupart des gens.

Duane Ashbacher, éleveur de bétail originaire de Hoozier, en Saskatchewan, lors du Stampede de Ponoka. M. Ashbacher affirme n'avoir jamais vu un poney souffrir de traumatismes à la suite d'une course de poneys sauvages.
Photo : Radio-Canada / Camilla Faragalli
En règle générale, les animaux utilisés lors des courses appartiennent à un fournisseur d’animaux de rodéo. Le fournisseur Duane Ashbacher, installé à Hoozier, en Saskatchewan, exerce ce métier depuis près de 30 ans. Il affirme n'avoir jamais vu l’un de ses poneys être traumatisé au cours des milliers de courses auxquelles il a participé.
M. Ashbacher explique qu’il élève lui-même la majorité de ses poneys, et que ces animaux sont intelligents et beaucoup plus adaptables qu'on ne le pense.
Les poneys, ceux qui courent depuis un certain temps déjà, apprennent des astuces, exactement comme quand on est dans la cour de récréation et qu’on apprend à esquiver quelqu’un, explique-t-il.
J'ai des poneys de plus de 20 ans qui sont encore très divertissants et qui font toujours partie intégrante de notre sport.
M. Ashbacher invite d'ailleurs les personnes préoccupées par le bien-être de ces animaux à assister en personne à l'une de ces épreuves afin de constater par elles-mêmes la façon dont ils sont traités.
Avec les informations de Camilla Faragalli


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