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Le retour en force de l’hiver rappelle l’importance de la route 132 au Bas-Saint-Laurent, seul lien qui permet de connecter l’est du Québec au reste de la province. Mais elle est le théâtre d’épisodes de poudrerie, de fermetures et d’accidents, parfois mortels. En parallèle, la finalisation de l’autoroute 20, promise depuis un demi-siècle, a été mise sur pause. On vous explique la situation en six questions.
En quoi consiste le projet?
Le projet de prolonger l’A-20 vise à améliorer la sécurité routière et la fluidité des déplacements et à favoriser le développement économique et touristique régional, selon la page descriptive du projet routier sur le site du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD).

La route 132 à Saint-Fabien, l'hiver (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
Actuellement, seule la route 132 permet de relier la région d’est en ouest. Toutefois, elle est le théâtre de problèmes de sécurité majeurs — 12 accidents mortels sont survenus entre 2015 et 2023 sur le tronçon entre Trois-Pistoles et Rimouski. En plus de la circulation lourde et de la machinerie agricole, des bouchons se forment à quelques reprises pendant l'été.
Depuis 2015, le parcours des automobilistes circulant sur l’A-20 au Bas-Saint-Laurent s’arrête à Notre-Dame-des-Neiges. Ils doivent emprunter la route 132 sur une cinquantaine de kilomètres jusqu’au district du Bic, à Rimouski, où ils regagnent finalement l’autoroute 20 jusqu’à Mont-Joli, 45 kilomètres plus loin.
La portion restante à réaliser est séparée en deux parties par les fonctionnaires du ministère des Transports. La première consiste à construire six kilomètres d’autoroute à quatre voies entre Notre-Dame-des-Neiges et Trois-Pistoles, tandis que la seconde phase vise à connecter la ville des Basques à la portion d’autoroute du Bic.
La première phase, plus courte, représente un défi technique d’envergure. Le lien routier devra enjamber la rivière des Trois Pistoles, un joyau environnemental apprécié des résidents de l’endroit, que le ministère des Transports veut traverser en érigeant ce qui deviendrait le plus haut pont au Québec (90 mètres).

Simulation visuelle datant de 2002 du projet de pont au-dessus de la rivière des Trois Pistoles, à proximité du village. Le design et le concept du pont sont illustrés à titre indicatif.
Photo : Ministère des Transports du Québec
Qu’est-ce qui a été accompli récemment?
Le projet autoroutier a connu son lot de hiatus dans les dernières décennies. La plus récente interruption a eu lieu en 2015 avec son retrait du Plan québécois des infrastructures (PQI), la liste qui regroupe les projets d’infrastructures priorisés par Québec et pour lesquels des sommes sont prévues pour les 10 prochaines années.
Sept ans plus tard, au printemps 2022, le gouvernement Legault réinscrit le prolongement de l’A-20 au PQI. Dès lors, les fonctionnaires du ministère des Transports s’activent. Dans leurs bureaux de Rimouski, ils dépoussièrent l’équivalent d’années d’études et de relevés terrain reliés au prolongement de l’autoroute 20. Mais plusieurs documents sont désuets et nécessitent des mises à jour.

Des relevés terrain ont été réalisés en 2024 aux abords de la rivière des Trois Pistoles, que le ministère des Transports souhaite enjamber en construisant un pont de 600 mètres de long et de 90 mètres de haut. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
2024 est une année charnière pour l’A-20 au Bas-Saint-Laurent. Le MTMD octroie l’équivalent de 30 millions de dollars en contrats publics pour faire avancer le projet. Cette étape est saluée dans la classe politique et présentée comme un geste concret en vue de la finalisation de l’autoroute 20 dans la région.
Le ministère crée également deux comités chargés de superviser les différentes étapes du projet, y compris celui du pont sur la rivière des Trois Pistoles. Ce petit groupe connaît toutefois des difficultés. Avant même sa première réunion, un citoyen est exclu en raison de sa dissidence par rapport au projet, puis réintégré. La démission d’un conseiller municipal de Notre-Dame-des-Neiges libère un autre siège.
Où en sommes-nous?
Toutes ces actions sont suspendues au printemps dernier. Le projet de prolongement de l’autoroute 20 au Bas-Saint-Laurent est mis sur pause pour au moins cinq ans par le gouvernement Legault en raison du contexte budgétaire. Le prolongement de l’A-20 demeure théoriquement sur les rails en restant inscrit au PQI, mais aucune somme ne lui sera allouée d’ici 2030.

Le budget 2025 du Québec, qui comprend le Plan québécois des infrastructures 2025-2035, n'a prévu aucune somme pour prolonger l'A-20 d'ici 2030.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Cette interruption a pour effet de suspendre les contrats octroyés il y a quelques mois à peine. Des 30 millions de dollars prévus, le ministère des Transports n’a versé que 850 000 $ aux entrepreneurs. Mais par-dessus tout, cette nouvelle pause signifie de nouveaux délais avant de voir l’A-20 être finalisée au Bas-Saint-Laurent.
Précisons ici qu'aucun échéancier et qu'aucune facture n'ont été avancés par le gouvernement Legault pour concrétiser le projet pendant que des fonds lui étaient consacrés.
Terminer l’A-20 fait-il l'unanimité dans la région?
Réponse courte : non. Plusieurs résidents de la route 132 s’opposent au parachèvement de l’autoroute et préconisent des solutions de rechange, comme l’amélioration de la route 132 et la bonification du transport collectif régional.
Ils réclament surtout la tenue de nouvelles consultations publiques pour la portion qui inclut le pont de la rivière Trois Pistoles. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) s’est déjà penché sur ce tronçon, mais ses consultations ont eu lieu il y a plus de 20 ans. Malgré ce délai, le ministre de l’Environnement de l’époque, Benoit Charette, a fermé la porte à un nouvel examen du BAPE pour cette section.

Lors du passage de la ministre Guilbault au Bas-Saint-Laurent à l'automne 2023 pour discuter de l'A-20, des manifestants ont tenté de perturber une rencontre en tapant sur le bâtiment. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Rioux
Ils font également valoir que la construction d’un nouveau tronçon d’autoroute ferait grimper la facture pour entretenir le réseau routier de la région, dans un contexte où les infrastructures publiques du Québec font déjà face à un déficit de maintien d’actifs projeté à 40 milliards de dollars.
À l'opposé, plusieurs autres résidents en bordure de la 132 réclament à tout prix le prolongement de l'A-20, histoire de réduire le trafic sur la route provinciale et d'améliorer la sécurité sur l'artère. Plusieurs manifestations en faveur du projet se sont tenues dans les derniers mois.

En juillet dernier, près d'une centaine de personnes se sont rassemblées le long de la 132 à Saint-Simon-de-Rimouski pour demander au gouvernement de finaliser l'A-20. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Quel avenir connaîtra le projet?
Tout dépendra de ce que fera le gouvernement du Québec.
La finalisation de l’autoroute 20 au Bas-Saint-Laurent demeure inscrite au Plan québécois des infrastructures. Rien n’empêcherait Québec, sur papier, de réinjecter de nouvelles sommes pour faire progresser le projet dans la prochaine mouture du PQI, qui sera déposé en mars prochain.
En coulisses, des fonctionnaires du ministère des Transports ont fourni des prévisions budgétaires en vue d’un hypothétique ajout de nouvelles sommes au projet. C’est ce que l’on peut apprendre dans des courriels obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.
De passage au Bas-Saint-Laurent en novembre, François Legault a répété que de terminer l'A-20 demeurait une priorité, mais pas prioritaire pour cette année, dans la mesure où 19 milliards de dollars sont consacrés au réseau routier. Il a toutefois ouvert la porte à une réinjection de nouveaux fonds avant 2030 pour que l’A-20 soit finalisée d’ici 2035.
Désireuse de voir cet échéancier se concrétiser, une délégation d'élus locaux a fait le chemin jusqu'à l'Assemblée nationale en décembre pour demander l'ajout de nouvelles sommes au projet de prolongement de l'A-20.
Chose certaine, le projet de prolongement de l'autoroute 20 risque à nouveau d'être un enjeu électoral lors du prochain scrutin, comme ce fut le cas dans les 50 dernières années.
Et le tronçon Rimouski–Mont-Joli dans tout ça?
Les villes de Rimouski et Mont-Joli sont reliées par l'autoroute 20 depuis 2008, mais des voix s'élèvent pour que la sécurité soit améliorée sur le segment, jugé accidentogène par la Sûreté du Québec et dangereux par des élus et des citoyens. Fausse autoroute, la 10, les sobriquets ne manquent pas pour désigner la section rapide à deux voies contiguës.

L'A-20 entre Rimouski et Mont-Joli ne compte qu'une voie par direction, tout comme le tronçon entre Cacouna et Notre-Dame-des-Neiges. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet
On dénombre 25 morts sur le tronçon d'une quarantaine de kilomètres entre 2004 et 2022, en plus de centaines de collisions graves. Plus de 10 000 automobilistes l'empruntent quotidiennement, bien plus que l'autoroute 85 et la route 175, des liens routiers à deux chaussées séparées par un terre-plein.
C'est précisément cette configuration qui est réclamée pour l'A-20 entre Rimouski et Mont-Joli par Nicholas Lepage – le conjoint d'Arianne Dubé, qui y a perdu la vie en novembre 2023 –, par la coroner qui a enquêté sur sa mort, par des élus locaux et par plus de 10 000 signataires d'une pétition déposée à l'Assemblée nationale.
Malgré la pression populaire, Québec refuse pour l'instant de dédoubler le tronçon. Pour justifier le statu quo, l'ancienne ministre des Transports Geneviève Guilbault avait pourtant invoqué à l'époque l'absence de recommandations d'un coroner en ce sens.
L'ajout de voies de dépassement constitue la solution préconisée par le ministère des Transports pour cette portion d'autoroute. Cela pourrait se faire plus rapidement que d'élargir l'A-20 sur toute sa longueur, avait-on plaidé au MTMD.
Or, aucun échéancier précis n'a jusqu'ici été précisé par le ministère pour ce chantier. Certains de ses représentants ont néanmoins indiqué à des élus que ces voies additionnelles ne seront pas réalisées avant cinq à sept ans et qu'elles pourraient coûter jusqu'à 50 millions de dollars.
Le cabinet du ministre des Transports, Jonatan Julien, a refusé de répondre à nos questions sur le sujet.


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