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Tout est faux dans le mythe gaulliste… même la voiture

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« Pétain est à Vichy, De Gaulle à Londres, Darlan à Alger. À ce jeu de roulette, c’est le zéro qui sort: De Gaulle l’emporte, liquidant les uns et embastillant les autres. Le voici au pouvoir à Paris. Mais bientôt, pour une raison bizarre, il se vexe, boude, s’en va, et attend qu’on le rappelle ! Il pensait qu’on le rappellerait dans l’escalier. L’escalier a duré douze ans, mais, avec son goût immodéré pour la littérature, il ne l’a pas appelé « la descente de l’escalier » mais « la traversée du désert » … »  (Michel Audiard).

Hier, j’ai consacré un article à l’attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962, visant De Gaulle.
À sa lecture, un ami – aussi gaulliste que je suis antigaulliste – m’a écrit : « J’ai eu l’occasion de voir la DS du général au musée de Colombey-Les-Deux-Églises. Je crois qu’elle porte les traces d’une quarantaine d’impacts de balles. » Ainsi s’écrit l’histoire, la légende, le mythe…
Ce vieil ami, pour lequel j’ai beaucoup d’affection, ne dit jamais « De Gaulle », il l’appelle, quasi religieusement, « le général ». Et, à chaque fois, je rectifie en disant « Non, le colonel ».

Dans mon livre « Mythes et Légendes du Maquis » (1), j’ai consacré un chapitre à De Gaulle, pour dénoncer un certain nombre de mensonges qui entretiennent sa légende, car le gaullisme est un des modèles les plus flagrants de ce que j’appelle « le mentir vrai ». Une posture qui consiste à soutenir de façon péremptoire qu’un mensonge est la vérité, à refuser la contradiction et à vilipender ceux qui osent dire le contraire. Soyons honnête, ces mensonges n’émanent pas tous de De Gaulle lui-même, ses amis et ses affidés ont su entretenir le mythe longtemps après sa mort.

Et bien tant pis, je vais me faire agonir par les gens qui ne supportent pas qu’on critique leur veau d’or ; celui-là même qui les traitait de veaux. NON, n’en déplaise à mon vieil ami, Charles De Gaulle n’était pas général. Il l’a été lors de l’épisode de Montcornet « à titre temporaire ». Mais il n’a jamais pu le devenir ni « à titre définitif », ni par conséquent, en deuxième section (2S). En effet, dans l’Armée française, lorsqu’un officier est nommé « à titre temporaire », il doit être officiellement promu ensuite « à titre définitif » », afin de bénéficier pleinement de cette promotion.
« Tante Yvonne », cette sainte femme qu’on ne peut suspecter de mentir, a confirmé que son grand homme de mari « refusait de toucher sa retraite de colonel » ce qui démontre qu’il n’était pas obsédé par l’argent. Mais cette version occulte une réalité moins glorieuse : accepter sa retraite de colonel, c’était pour Charles De Gaulle, reconnaître, de facto, l’annulation officielle de sa promotion au grade de général « à titre temporaire » ; reconnaître qu’il n’était que colonel, ce qui revient à dire qu’il était, depuis 1940 jusqu’à sa mort, en situation de « port illégal d’uniforme » !

De Gaulle, une fois au pouvoir, a pu abroger le décret de sa perte de la nationalité française (en date du 8 décembre 1940) et celui de son exclusion de la Légion d’honneur (du 2 juillet 1941), qui avaient été ordonnés par le maréchal Pétain, considérant que depuis son départ pour Londres, le 17 juin 1940, la France métropolitaine n’existait plus. L’ordonnance du 9 août 1944 signée par De Gaulle, relative au rétablissement de la légalité républicaine, considère en effet comme illégal l’État Français du maréchal Pétain : l’article 1er stipule: « La forme du gouvernement de la France est et demeure la République. En droit, celle-ci n’a jamais cessé d’exister ». (Ce qui est très discutable ; le pays n’a pas cessé de fonctionner durant l’occupation). La nullité de la légalité de Vichy est stipulée à l’article 2 : « Sont, en conséquence, nuls et de nul effet tous les actes constitutionnels, législatifs ou réglementaires, ainsi que les arrêtés pris pour leur exécution, sous quelque dénomination que ce soit, promulgués sur le territoire continental postérieurement au 16 juin… ». Le 16 juin 1940 correspond à la démission du cabinet de Paul Reynaud, dans lequel De Gaulle était sous-secrétaire d’État à la Défense nationale. Le maréchal Pétain successeur de Reynaud, n’avait pas reconduit De Gaulle dans ses fonctions politiques, il en avait été fort contrarié.

Les milieux résistantialistes occultent à dessein que ce fut Albert Lebrun, président de la IIIe République (et non le maréchal Pétain), qui signa le 23 juin 1940, le décret de mise à pied de Charles De Gaulle, pour cause de désertion, comme l’attestent les textes suivants.

Commençons par la décision ministérielle du 22 juin 1940 :
« Vu l’article 8 du décret du 4 octobre 1939 sur l’avancement à titre temporaire ; vu l’article du décret du 8 septembre suspendant le Conseil d’enquête… Considérant que le général de brigade à titre temporaire De Gaulle actuellement à Londres en situation d’attente illégale a refusé de rejoindre le territoire français ; qu’il s’est rendu coupable d’une faute grave : rentré de Londres à Bordeaux au moment de la démission du gouvernement, a regagné Londres sans autorisation du ministre de la Guerre, bien que ne faisant plus partie du gouvernement. A fait acte politique en enregistrant de Londres le 18 juin un appel radiodiffusé aux officiers, sous-officiers et soldats de l’Armée Française de nature à jeter le trouble dans l’Armée et à gêner l’action du gouvernement français. Décide :
1)- La proposition au grade de général de brigade à titre temporaire du colonel d’infanterie breveté De Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est annulée.
2)- Un décret relatif à la mise à la retraite d’office par mesure de discipline du colonel De Gaulle sera soumis sans délai à l’approbation de monsieur le président de la République. ».
Le document (dont je possède une photocopie) est signé : le ministre de la Guerre, Colson.
Le document suivant est le décret prononçant la mise à la retraite d’office de De Gaulle.
« Le président de la République Française, sur le rapport du ministre de la Guerre :
Vu la loi du 19 mai 1834 sur l’état des officiers, vu le décret-loi du 8 septembre 1939 suspendant le fonctionnement des Conseils d’enquête pendant la durée de la Guerre, décrète :
Article 1er : est admis d’office à faire valoir ses droits à la retraite, par mesure de discipline, le colonel d’infanterie breveté d’État-major De Gaulle (Charles, André, Joseph, Marie),
Article 2 : le ministre de la Guerre est chargé de l’exécution du présent décret.
Fait à Bordeaux le 23 juin 1940… »

Terminons par le « Journal Officiel » du 24 juin 1940 ou l’on trouve, sur la même page 4470 : ministères de la Défense Nationale et de la Guerre.
«État-major général : par décision ministérielle du 22 juin 1940, la promotion au grade de général de brigade à titre temporaire, de M. le colonel d’infanterie breveté De Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est annulée.
Infanterie : admission à la retraite. Armée d’active : par décret en date du 23 juin 1940, M. le colonel d’infanterie breveté d’état-major De Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est admis d’office à la retraite, par mesure de discipline. »
Je suis profondément désolé de décevoir les zélateurs, les adorateurs, les thuriféraires du « Grand Charles » mais ce dernier ne doit pas être appelé « général » puisqu’il était colonel.

Passons maintenant à un autre « bobard » de moindre importance, mais un de plus dans le mythe gaulliste, à savoir la DS « criblée de balles » après l’attentat du Petit-Clamart.
Deux ans après l’attentat du petit-Clamart, la DS présidentielle a été restaurée, les 14 impacts de balles, et pas un de plus, ont tous été bouchés, puis le 15 octobre 1964, la voiture a été vendue au général Robert-Pol Dupuy, ancien commandant militaire de l’Élysée. Peut-être a-t-il bénéficié d’un passe-droit lors d’une vente des Domaines ? Ceci n’a pas grande importance ! Durant l’hiver 1971-1972, près de Verdun, le général et son fils ont eu un grave accident et la DS est morte de sa belle mort, elle était bonne pour la ferraille. L’épave est restée longtemps dans un garage à Lissey.

En 1980, sept ans après la mort du général Dupuy, sa famille a fait don de la DS en piteux état à l’institut Charles-de-Gaulle. Et la firme Citroën s’est engagée à la restaurer gratuitement, estimant que c’était une voiture historique, mais hélas elle était irréparable. Citroën en a donc fabriqué une autre, une copie, avec les impacts de balles balisés par des croix-blanches sur la carrosserie (2). Les plaques d’immatriculation de la vraie DS présidentielle ont été posées sur la copie. Elles sont donc les seules pièces d’origine. La réplique a d’abord été exposée dans une véranda de la maison natale de Charles De Gaulle à Lille.

Puis elle a rejoint le musée du mémorial Charles-de-Gaulle de Colombey-les-Deux-Églises. C’est là que mon ami l’a vue. Le musée se garde bien d’indiquer clairement qu’il ne s’agit pas du véritable véhicule, si ce n’est la mention floue « DS 19 dite du Petit-Clamart », et emploie le terme vague de « restauration » de la voiture du Petit-Clamart. Ce qui est cocasse c’est que cette réplique, toujours présentée comme la vraie, a effectué deux voyages en Chine, en 2003-2004 et 2013-2014, dans des expositions itinérantes à l’occasion des 40e puis 50e anniversaires de la reconnaissance de la République populaire de Chine par la France en 1964. En effet, le 27 janvier 1964, la France et la Chine annonçaient dans un communiqué qu’elles rétablissaient des relations diplomatiques.

Dans une conférence de presse du 31 janvier 1964, De Gaulle déclarait : « Du fait que depuis quinze ans, la Chine presque toute entière est rassemblée sous un gouvernement qui lui applique sa loi et, qu’au dehors, elle se manifeste comme une puissance souveraine et indépendante, … le poids de l’évidence et celui de la raison grandissant jour après jour, la République française a jugé le moment venu de placer ses rapports avec la République populaire de Chine sur un plan normal… »

Après avoir flagorné Staline, « le petit père des peuples », responsable de quelques millions de morts, De Gaulle reconnaissait la Chine de Mao-Tsé-Toung (Mao Zédong) à côté duquel Staline fait presque figure d’enfant de chœur. Deux ans plus tôt, en 1962, il avait choisi de maintenir nos liens avec Fidel Castro – encore un grand démocrate ! – et de ne pas s’associer à l’embargo américain contre Cuba. N’étant pas psychologue, je ne saurais dire ce que traduit cette attirance de De Gaulle pour les dictateurs ? Une vocation manquée peut-être ? Encore qu’en ayant laissé commettre les crimes de l’épuration par ses alliés communistes (3) et ayant fermé les yeux sur les massacres de nos Harkis (4) on peut considérer que De Gaulle est, lui aussi, un grand criminel devant l’histoire.

Je rappelle, juste pour mémoire, que dès le 3 avril 1962, juste après les accords d’Evian, De Gaulle déclarait à Alain Peyrefitte au sujet des Harkis : « Il faut se débarrasser sans délai de ce magma d’auxiliaires qui n’ont jamais servi à rien ». Puis, lors du Conseil des ministres du 24 mai 1962, alors que Louis Joxe évoquait la peur dans laquelle vivaient les Harkis (et les Européens), De Gaulle avait répondu : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre … Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités… ».

Mon ami me reproche aussi d’écrire « De Gaulle » et non « de Gaulle ». La raison est simple : l’aristocratie – fut-elle comme moi de très petite noblesse – ne reconnaît pas De Gaulle comme un des siens. Sa particule n’a rien de nobiliaire, c’est simplement la francisation du nom « De walle » qui, en flamand ancien, veut dire « le mur » ou « le rempart ». Même sa particule est fausse, mince alors !

Eric de Verdelhan

1) « Mythes et Légendes du Maquis » publié en 209 aux éditions Muller (Guillaume de Thieulloy).
2) Les impacts ne sont pas placés exactement comme sur la DS du Petit-Clamart pour bien montrer que De Gaulle et son épouse ont été des miraculés. Pourquoi falsifier les choses : les occupants de la DS présidentielle ont échappé à la mort par miracle, c’est indéniable !
3) Les historiens estiment à 120.000 le nombre de gens assassinés lors de l’épuration.
4) 150.000 Harkis et leurs familles ont été massacrés, souvent après des supplices atroces, à partir des accords d’Evian. La France a fermé les yeux sur de telles atrocités.

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