NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
En première ligne après le passage de la tornade qui a fait un mort et causé de terribles dégâts dans le Val-d'Oise, les pompiers Anthony Freitas et Vincent Moison témoignent.
Article réservé aux abonnés S'abonner

Par Thomas Hoffmann Publié le 6 janv. 2026 à 20h56
« Une scène apocalyptique », « un chaos total », « une vision de fin du monde ». Les témoins n’ont pas d’autres mots pour qualifier les dégâts terribles causés par la tornade destructrice qui a frappé le Val-d’Oise, le lundi 20 octobre 2025. Dans la foulée, les dizaines de vidéos mises en ligne témoignent de la violence de ce phénomène météorologique unique. Des voitures soulevées et déplacées de plusieurs mètres par la force du vent, des arbres arrachés, des confettis d’objets divers qui volent dans les airs et surtout trois grues, de 20 à 40 tonnes chacune, qui tombent comme des châteaux de cartes sur un immeuble et l’institut médico-éducatif Le Clos Fleuri, à Ermont, faisant un mort.
Au Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (Codis) des pompiers du Val-d’Oise, qui assure la réception des appels 18 et 112, les téléphones ne cessent de sonner. Au bout de la ligne, des personnes choquées, des victimes demandant de l’aide. Parmi les premiers appels reçus (il y en aura quelque 700 ce soir-là), le sergent-chef Anthony Freitas, pompier volontaire à la caserne de Franconville.
Ce père de famille de 30 ans a été le premier secouriste à intervenir après l’effondrement des grues, alors qu’il se trouvait à proximité des lieux du drame. Sans perdre un instant, il est venu, presque seul, en aide aux victimes jusqu’à l’arrivée du premier véhicule, coincé sur la route par les débris de la tornade, 17 minutes plus tard. « Ça m’a paru une éternité », se souvient Anthony Freitas.
Treize pompiers décorés
Jeudi 4 décembre 2025, à l’occasion de la cérémonie de la Sainte-Barbe, patronne des sapeurs-pompiers, le sergent-chef Anthony Freitas a été décoré de la médaille pour acte de courage et de dévouement, échelon argent, par le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) du Val-d’Oise. Onze autres pompiers ont reçu la même récompense, échelon bronze.
« Dans un contexte de péril extrême, ils ont fait preuve d’un professionnalisme remarquable au service de la population. Ils ont notamment risqué leur vie pour mener à bien plusieurs sauvetages sous des structures préfabriquées instables et dangereuses », a souligné le Sdis.
« S’ils s’étaient écroulés, la situation, déjà dramatique, aurait été encore plus terrible »
Des préfabriqués qui ont fait craindre le pire au sergent-chef Anthony Freitas. « Il y avait des ouvriers coincés dedans. S’ils s’étaient effondrés, la situation, déjà dramatique, aurait été encore plus terrible », souligne-t-il.
De repos ce jour-là, ce père de famille était venu passer l’après-midi chez ses parents avec sa compagne et leur enfant. Lorsque le couple quitte le domicile d’Ermont, « sans notre fille qu’on avait laissé à ses grands-parents, heureusement », souffle-t-il, la tornade s’apprête à balayer la ville. Il est alors aux environs de 17h45. « On a pris une grosse averse puis le vent s’est levé. à ce moment-là, on pensait simplement qu’il s’agissait d’un orage. »
Quelques secondes plus tard, les conditions deviennent terribles. Des vents tourbillonnant jusqu’à 220 km/h balaient tout sur leur passage. « Nous étions à l’arrêt dans notre utilitaire qui s’est mis à pas mal bouger alors qu’il est bien lourd. Devant nous, une Twingo était déportée sans que le conducteur à l’intérieur ne puisse rien y faire. Et là, ma compagne a vu par la fenêtre une grue s’écrouler. »
« Les ouvriers coincés dans les Algeco criaient »
La tornade passée, « ça a duré une dizaine de secondes », le couple sort de son véhicule pour aller constater les dégâts et porter secours à de potentielles victimes.
On est d’abord allés voir une automobiliste en état de choc dans sa Mercedes avec son enfant de 5 ans. Elle était pile au milieu de deux morceaux de la grue qui s’étaient écrasés sur la route et l’immeuble. On les a sortis, elle et son enfant, pour les mettre à l’abri.
Dans la foulée, ce dernier est interpellé par une femme en état de choc. « Elle était en pleurs. Elle m’explique que deux autres grues se sont effondrées sur le chantier d’à côté. » Le pompier volontaire s’y rend immédiatement et fait face à « un spectacle de désolation ».
Il y avait des débris partout. Outre les grues tombées, les Algeco étaient complètement inclinés et risquaient de s’écrouler alors que des ouvriers qui étaient coincés à l’intérieur criaient. Je leur ai expliqué de ne pas bouger, que les secours allaient arriver. C’était trop dangereux de tenter de les sortir.

Le pompier descend dans la fosse du chantier et découvre un jeune ouvrier de 23 ans, décédé. « C’était déjà trop tard quand je suis arrivé. » Un peu plus loin un homme présente une plaie à la tête. « Mon père l’a pris en charge. » Poursuivant ses reconnaissances, Anthony Freitas vient en aide à un autre ouvrier coincé sous une poutre métallique. « Il se plaignait de ses jambes. Quand je l’ai dégagé, j’ai vu que l’une d’elles avait quadruplé. J’ai pris une planche qui se trouvait au sol et je l’ai installé dessus. »
Le volontaire remonte de la fosse. Dans ce chaos total, il est à nouveau interpellé par une femme qui lui explique que des enfants se trouvent dans l’Ime sur lequel s’est effondrée l’une des grues et qu’il faut les évacuer. Il regarde autour de lui et voit plusieurs personnes, téléphone portable en main, en train de filmer la scène.
Je n’ai pas compris. Ils étaient là, en spectateurs. Je leur ai demandé de venir nous aider. Des jeunes sont arrivés, deux notamment, qui étaient très bien, ils auraient mérité d’être récompensés eux aussi. Tous les enfants de l’institut ont pu être sortis sans qu’il n’y ait de blessé. »
Un véhicule des pompiers arrive enfin. « Ça a été un soulagement quand ils sont arrivés. J’ai crié : ‘‘Ils sont là, ils sont là’’», se souvient Anthony Freitas. « Je fais alors mon rapport au chef d’équipe, l’adjudant-chef Vincent Moison. Un homme décédé, trois victimes en urgence absolue, l’évacuation des enfants. » « Ça m’a beaucoup aidé dans ma prise de décision », confie le pompier professionnel du centre de secours d’Eaubonne.
« On regarde à droite, à gauche, il y en a partout. Les dégâts sont colossaux »
Pour avoir vu plusieurs reportages sur ce phénomène, lui a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une tornade lorsque celle-ci a frappé la caserne.
Mes collègues, qui faisaient du sport dans le gymnase, sont sortis en nous criant que le toit commençait à se soulever. Volant dans les airs, un trampoline est arrivé de nulle part et a arraché l’antenne-relais de la caserne. Je sais tout de suite qu’on va partir. J’ai tout juste le temps de commencer à m’habiller que mon bipper sonne déjà.

Montant dans leur véhicule, les pompiers sont à peine sortis de la caserne qu’ils comprennent que c’est une intervention d’une ampleur exceptionnelle qui les attend.
Un arbre s’était couché, nous bloquant la route. Il y avait des câbles électriques qui pendaient dans les rues, les poubelles étaient renversées. On se dit : ‘‘Qu’est-ce que ça va être là-bas’’. Lorsque l’on arrive enfin sur site, on regarde à droite, à gauche, il y en a partout. Les dégâts sont colossaux. On se serait cru sur une zone de guerre.
A peine est-il sorti du camion que « tout le monde (lui) tombe dessus ». L’adjudant-chef évalue le mieux possible la situation, puis remonte dans le véhicule.
Je prends quelques secondes, au calme, pour faire le point. Il faut réfléchir aux secours à engager. Notre priorité, ce sont les victimes, notamment les blessés qui se trouvent dans la fosse et qu’il faut remonter. Je demande donc le renfort de trois véhicules de secours et d’assistance aux victimes (Vsav) et le Samu. En ayant vu la grue encastrée dans l’immeuble, ainsi que les Algeco qui menaçaient de s’écrouler, j’ai su qu’il fallait faire appel à des équipes spécialisées. Je réclame également une Unité de sauvetage appui et recherche (Usar) et des membres du Sauvetage en Milieux Périlleux (Smp).
Dans la foulée, le sapeur-pompier professionnel met en place un point de rassemblement des victimes et continue à organiser les opérations de secours. « Dans la fosse du chantier, il y a déjà un binôme et le sergent-chef Anthony Freitas qui s’occupent des blessés. Je demande à un autre binôme de réaliser des reconnaissances dans l’Ime qui était en cours d’évacuation. Il y avait d’importants dégâts, mais heureusement aucun blessé ».
De nouveaux renforts arrivent. Le lieutenant Thierry Lacroix prend le commandement des opérations. Il active le plan Novi, un plan d’urgence permettant de mobiliser tous les acteurs de la chaîne de secours en cas de nombreuses victimes sur un même lieu, et demande, en plus, une équipe cynophile pour la recherche de possibles personnes ensevelies.
« C’était très compliqué de remonter les blessés de la fosse »
L’unité Usar débarque à son tour. Sa mission, porter secours aux ouvriers toujours coincés dans les Algeco qui avaient continué à s’incliner. « Un ouvrier avait finalement réussi s’en extraire. Le second a été évacué par la suite », confie l’adjudant-chef Vincent Moison.

La sortie des blessés dans la fosse s’avère plus compliquée.
Il ne restait plus qu’un seul escalier en colimaçon pour y accéder, les autres avaient été détruits par la tornade. Ça a été très éprouvant de les remonter car il fallait se faufiler entre les différents débris. Ca nous a pris plusieurs heures.
« On a pris la marée pendant une vingtaine de minutes »
Dans le même temps, les opérations de reconnaissance se poursuivent dans l’Ime ainsi que dans l’immeuble frappé par la grue. « La plupart des habitants étaient sortis, mais certains refusaient de quitter leur appartement. Il a fallu les en obliger. On vérifie dans les caves. Il y a aussi le besoin de consolider la structure gauche du bâtiment. »
Sur le site, le dispositif de secours est maintenant conséquent. Après plusieurs heures d’intervention, l’adjudant-chef Vincent Moison et les membres de son équipe sont mis au repos dans un véhicule où ils sont vus par le médecin chef avant de pouvoir regagner le centre de secours dans la nuit.
« Au petit matin, je me refais le film des évènements. Je réfléchis à ce qu’on aurait pu améliorer. Je dois avouer qu’on a pris la marée pendant une vingtaine de minutes quand on est arrivés sur place. Mais en y repensant, je me dis que les secours ont été bien coordonnés », souligne le pompier professionnel.

J’ai fait tout ce que je pouvais pour être le plus efficace possible, confie pour sa part le sergent-chef Anthony Freitas. Mais il est certain que cette intervention, au-delà de sa gravité et de son ampleur, n’avait rien à voir avec une intervention classique sur laquelle vous arrivez en tenue, avec vos collègues…
Si ce dernier avoue qu’il n’oubliera jamais cette catastrophe, il n’en garde pas pour autant l’empreinte d’un événement traumatique. « Peut-être parce que je n’ai pas tout de suite compris que nous avions été frappés par une tornade. Il m’a fallu deux ou trois jours pour vraiment comprendre ce que nous avions vécu. »
« Le lendemain, je ne pouvais pas rester seul chez moi »
Pour l’adjudant-chef Vincent Moison, malgré ses plus de trente années de carrière et des interventions d’envergure effectuées comme le crash du Concorde en 2000 ou encore la tempête de 1999, le contrecoup psychologique a été bien plus important.
Le lendemain, je ne pouvais pas rester seul chez moi. Il fallait que je vois du monde, que je parle d’autre chose et que je pense à autre chose. Alors je suis allé chez des amis.
Mais il a rapidement dû se replonger dans cette expérience, la direction lui demandant, moins de 24h après, de réaliser un compte rendu de l’opération pour un retour d’expérience. « ça m’a pris du temps pour le faire. Au début, je n’arrivais pas à me souvenir du déroulement. Mon cerveau faisait un blocage. Puis les images sont revenues. » Et elles ne l’ont pas quitté depuis.
Deux mois après, le pompier avoue que « dès qu’il y a un coup de vent, j’y repense », avec la crainte d’avoir à revivre un autre drame. « Mais c’est notre métier, il faut savoir être prêt », conclut sobrement le pompier professionnel.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.


5 month_ago
80



























.jpg)






French (CA)