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De temps à autre, Marc* passe ses doigts dans sa longue barbe blanche. Prostré sur le banc de prévenus, il attend patiemment son tour. Calme. Silencieux. Avec son épaisse crinière et ses lunettes fumées, ce Liégeois a presque des allures de hippie.
Ce quinquagénaire est pourtant poursuivi devant le tribunal correctionnel de Liège pour coups et blessures sur une avocate. Pour le Peace and Love, on repassera.
Hurlements dans le prétoire
Les faits remontent au 10 décembre 2024, lorsque Marc se rend dans un cabinet d'avocats, logé sur les hauteurs de la cité ardente. Sous administration de biens, il estime ne pas recevoir l'argent nécessaire pour subvenir à ses besoins. "J'ai vu une demoiselle qui entrait le bâtiment. Je l'ai interpellé et lui ai expliqué ma situation."
La jeune avocate le fait entrer et patienter dans la salle d'attente. Le temps de contacter le responsable de son dossier. Quelques secondes plus tard, elle revient vers Marc. Qui s'emporte illico presto. Il pointe son parapluie en direction de la jeune femme qui le dégage avec sa main. Le quinquagénaire lui attrape alors violemment les cheveux. Elle hurle. Ses collègues interviennent pour défendre la victime qui se retrouve au sol. "C'est parti tout seul", justifie-t-il, laconique. "Ce qui est arrivé n'est qu'un malencontreux accident."
Une altercation entre une femme et la maîtresse supposée de son mari dégénère en bagarre générale dans le quartier turc de Saint-JosseÀ la barre, le prévenu, au casier judiciaire encore vierge, se laisse aller à d'interminables explications sur les faits. L'instruction d'audience prend rapidement des allures de laïus, où les bégaiements succèdent aux propos confus. Avant de laisser place aux vociférations. "Ça n'a rien à voir ! Tout ça est faux !", s'égosille-t-il en guise de réponses aux questions du président du tribunal.
À chaque prise de parole du juge, le prévenu coupe la parole, sous les regards exaspérés de l'assemblée. "Objectivement, je comprends que la victime vous trouvait agressif… Vous avez vu comment vous vous comportez", lance le magistrat du siège. "Maintenant, je suis énervé", rétorque-t-il en faisant des moulinets avec ses bras. L'atmosphère devient électrique. Alors le greffier s'éclipse discrètement. Avant de revenir flanqué de six policiers, taillés comme des colosses.
Une victime déconsidérée
À tâtons, les agents pénètrent par la porte arrière du prétoire. Ils encerclent le prévenu. L'un d'eux enfile des gants et se prépare à intervenir en cas de débordements violents. Sans avocat, Marc se défend seul. Il minimise la brutalité des faits et remet la faute sur son diabète. "J'étais en crise d'acidocétose et j'avais marché plusieurs kilomètres pour venir. Quand on est trop bas dans la glycémie, on perd le contrôle de soi."
Quand le juge lui demande s'il souhaite s'excuser auprès de la victime, l'homme n'en a cure. "Que voulez-vous que je lui dise ? Ce n'était pas prévu", clame-t-il. Isolé socialement, le prévenu déclare ne pratiquement jamais sortir de chez lui et évite au maximum les interactions sociales.
L'avocate de la partie civile ne parvient pas (non plus) à en placer une lors de sa plaidoirie : "Ma cliente n'a pas pu être présente aujourd'hui car elle est retenue pour un impératif professionnel. Elle déclare toutefois que revoir son agresseur suscite chez elle un sentiment d'angoisse." Lorsqu'elle évoque les violences faites aux femmes, le prévenu sort de ses gonds. Il frappe le banc en bois avec la paume de sa main et bondit.
Poussée à bout, elle pète les plombs en pleine rue et raye la BMW de la maîtresse de son ex-mari avec un tournevisLe Liégeois hurle sur la partie adverse. À cran, les policiers lui somment de se calmer. Sans succès. Lorsque l'avocate lit une lettre rédigée par la victime où cette dernière avoue "ne jamais s'être sentie aussi faible et vulnérable", le prévenu se lève en direction d'un des policiers présents dans la salle. Les nerfs à vif, il braille : "N'importe quoi ! Ce qu'elle raconte est un roman." Un autre policier le fait rasseoir. Les mains en l'air, il s'époumone : "Tirez-moi une balle dans la tête. On en terminera comme ça."
"Aie le courage d'appuyer sur la détente"
Le réquisitoire du procureur est du même acabit. Ponctué de hurlements. De menaces. "Nous ne savons pas placer trois phrases sans être interrompus, souffle le magistrat. Nous sommes à la limite de l'outrage." Un comportement qui n'incite pas le ministère public à la clémence.
Qui décide alors de durcir ses réquisitions : d'une peine de probation, il réclame un an de prison avec sursis à condition de suivre une formation de gestion à la violence. "Demande à tes flics de me tirer une balle. Aie le courage d'appuyer sur la détente !", scande-t-il en direction du procureur.
S'ensuivent de longues minutes où le juge essaye de comprendre la peine réclamée par le prévenu. "Cela ne servira à rien. Ce que vous demandez est absurde", martèle-t-il. Le juge coupe court : "Soit vous acceptez de suivre la formation, soit vous allez à Lantin." De guerre lasse, il finit par accepter.
En sortant de la salle d'audience, le prévenu échange avec les policiers. Sans hausser le ton. Il assure être calmé. Jusqu'à quand ?
*nom d'emprunt
Une sexagénaire devant la justice : "La machette n'a jamais été brandie en direction des policiers"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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