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Tiff Macklem, l’inflation et les leçons de la COVID

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La guerre au Moyen-Orient et sa flambée des prix de l’énergie arrivent dans un contexte économique beaucoup moins propice à une envolée de l’inflation qu’au lendemain de la pandémie, dit le gouverneur de la Banque du Canada. Mais ce n’est pas une raison de ne pas rester vigilant.

L’une des leçons qu’auront retenues les Canadiens de la pandémie de COVID, c’est que le péril inflationniste n’était pas mort, a rappelé mercredi en entrevue au Devoir Tiff Macklem. « Pour toute une génération de Canadiennes et de Canadiens, 2022 a été leur première expérience d’une inflation élevée. Et ce n’est pas une expérience qu’ils ont beaucoup aimée. »

Aussi est-il normal qu’ils s’inquiètent aujourd’hui de voir leurs stations-service leur rappeler chaque jour l’explosion du prix de l’essence depuis deux mois. D’autant qu’elle s’accompagne d’augmentations des prix à l’épicerie, qui demeurent élevées.

Et pourtant, mercredi, la Banque du Canada ne s’est pas montrée empressée de faire comme l’autre fois et de relever ses taux d’intérêt pour freiner ces hausses des prix. C’est que le dernier épisode inflationniste nous a aussi montré l’importance du contexte économique dans la vitesse de propagation de l’inflation, rappelle Tiff Macklem.

Lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait monter les prix de l’énergie et de l’épicerie en 2022, l’économie était déjà « en surchauffe », les consommateurs ayant soif de rattraper le temps perdu durant les mois passés en confinement et les entreprises étant aux prises avec une rareté de main-d’œuvre et toutes sortes de problèmes de chaînes d’approvisionnement. Aussi s’est-on rapidement senti non seulement forcé, mais permis de refiler la hausse des coûts aux consommateurs.

Cette fois-ci, l’économie manque de tonus, le chômage est élevé et, en plus, la plupart des entreprises ne se voient pas augmenter leurs prix. « Dans ce contexte, on ne croit pas que l’augmentation des prix de l’énergie se répercutera rapidement sur les prix des autres biens et services. »

Ce qui ne veut pas dire que la situation ne peut pas rapidement évoluer et forcer la Banque du Canada à intervenir. C’est que la pandémie a aussi montré comment différents facteurs pouvaient mal tourner et aggraver rapidement la situation en se combinant.

Réactions en chaîne

Dans son Rapport sur la politique monétaire dévoilé mercredi, un document qui brosse un portrait d’ensemble de la situation, la banque centrale canadienne parle notamment de la guerre en Iran, de la révision en cours de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique et, plus généralement, de la pluie de tarifs commerciaux américains.

Mais on aurait aussi pu évoquer les marchés financiers « qui se sont montrés très résilients jusqu’à présent, mais où l’on pourrait assister à un réajustement brutal des prix », a donné comme exemple le gouverneur en conférence de presse. « On peut se retrouver avec toutes sortes de combinaisons de facteurs qui peuvent prendre toutes sortes de chemins. »

« Oui. On fait face à beaucoup d’incertitude et on doit se tenir prêt à réagir au besoin », admet-il en entrevue. Mais contrairement à la pandémie — ou même à l’an dernier — , la Banque du Canada n’est pas en terrain complètement inconnu.

« On n’avait pas eu de pandémie depuis quoi, une centaine d’années ? On n’avait pas vu des tarifs commerciaux aussi élevés aux États-Unis depuis au moins les années 1930 ? Mais ce n’est pas notre première guerre au Moyen-Orient. Et ce n’est pas notre première forte augmentation des prix du pétrole non plus. »

En fait, ce qui présente le plus grand danger en matière d’inflation, c’est moins l’ampleur de la hausse des prix de l’énergie que leur durée, explique-t-il. Si la Banque du Canada se sent à l’aise de laisser ses taux d’intérêt inchangés dans l’état actuel des choses, il en ira autrement si les cours du baril de pétrole devaient se maintenir là où ils se trouvent actuellement les prochaines années.

Le pétrole, les tarifs, l’immigration

Dans l’immédiat, la guerre au Moyen-Orient constitue le principal choc qui afflige l’économie canadienne et l’inflation, mais « ce sont les tensions commerciales qui sont la principale menace » à plus long terme, disait-on mercredi à la Banque.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et le début de ses guerres commerciales, Tiff Macklem prévient que le recul du libre-échange se traduira par des pertes d’efficacité économique et, conséquemment, de richesse pour le Canada.

La Banque du Canada estime désormais que le potentiel de croissance de l’économie canadienne se situera aux alentours de 1,4 % par an au cours des prochaines années, alors qu’il était encore aux alentours de 2 % avant la pandémie.

Ce recul sera entre autres dû aux temps qu’il faudra pour trouver de nouvelles façons de faire et de nouveaux partenaires commerciaux. Et, pour le moment, on ne s’attend pas à ce que la révolution de l’intelligence artificielle n’ajoute plus que 0,2 point de pourcentage à la croissance. Mais c’est la chute dramatique des niveaux d’immigration qui aura le plus de conséquences. « Historiquement, la croissance démographique représentait environ 1,5 [point de croissance économique potentielle par an]. Maintenant, c’est près de zéro », rappelle Tiff Macklem.

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