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Il ne partageait plus (trop) ses émotions. Plus de message du genre : "Je suis rentré à la maison, au Quebec. Je ne supportais plus la situation. J'étais traqué comme un animal." Thélyson Orélien et son éditeur Boréal maintenaient la ligne : il a reconnu des plagiats mais il a contesté l'usage de l'intelligence artificielle pour C'était ça ou mourir, le livre phénomène qui a fait jaser au-delà du petit cercle littéraire ; des ventes folles, des nominations à des prix et une polémique entre les deux rives de l'Atlantique. Thélyson Orélien rêvait de silence mais l'actualité fait une nouvelle fois toc-toc à sa porte.
Sa maison d'édition a annoncé mercredi que l'IA a bien été utilisée pour l'écriture de son roman. Elle met "fin" à sa relation professionnelle avec l'auteur. "De nouveaux éléments, confirmés au cours des derniers jours, indiquent que l'intelligence artificielle a été utilisée dans le processus d'écriture de C'était ça ou mourir, alors que l'auteur nous avait assuré, à plusieurs reprises, ne jamais y avoir eu recours pour la création de son roman. En conséquence, le Boréal ne réimprimera pas le roman et ne publiera pas d'autres livres de Thélyson Orélien." L'écrivain canado-haïtien repasse une tête dans la machine à essorer. Il a été prévenu de la rupture quelques minutes avant la publication du communiqué. Que va-t-il devenir ? Son livre qui cartonne dans les libraires de nombreux rencontrera-t-il encore le succès ?
Frédéric Beigbeder réagit à l'affaire Thélyson Orélien : "Il change de version chaque jour et cela est gênant""Ils en veulent au livre"
Je le contacte après plusieurs jours sans nouvelle(s). Sa voix est hésitante. Par où commencer ? "C'est très cruel par ici, du côté du Québec, c'est très cruel, dit-il à plusieurs reprises. Ils en veulent au livre, mais je ne sais pas ce qu'ils vont vouloir maintenant. Après le livre, vont-ils s'en prendre à ma personne ? Parce qu'ils n'arrêtent pas de fouiller dans mes comptes, ils mettent des hackers pour fouiller. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils me veulent, mais c'est comme ça, c'est la vie." Il ne s'étonne pas du retournement de situation. Les journalistes ont mis la "pression" à Boréal pour choper la vérité. "C'est normal de protéger leur institution au lieu de me protéger", dit-il froidement.
Thélyson Orélien, 38 ans, ne cache plus les plagiats, mais il récuse encore l'utilisation de l'intelligence artificielle. "C'est peut-être l'histoire d'un homme qui a trop aimé la littérature et qui a fait des bêtises en copiant dans son plus jeune âge, argumente-t-il. J'ai fait des erreurs, mais maintenant ils ont tout essayé pour prouver que ce ne sont pas que des erreurs de jeunesse. Moi, je ne m'attendais pas à tout ça, je n'avais pas demandé que le livre soit vendu dans plusieurs pays et nommé dans plusieurs prix. Je ne voulais pas tout ça."
"Dans le livre d'Orélien, des paragraphes assez semblables se répètent. Si ce n'est pas voulu par l'auteur, alors l'IA a mal travaillé !"Je le relance.
"Tu as utilisé l'IA ?
— J'ai dit que le livre a été écrit par moi, ce n'est pas comme si c'est l'IA qui l'a écrit. Cette histoire c'est mon histoire, c'est l'histoire de beaucoup d'Haïtiens, ce n'est pas quelque chose que j'ai commandé.
— Et l'IA ?
— Oui, dans le processus de création, j'ai fait des recherches avec, des recherches historiques. Et moi, j'ai avoué, j'ai avoué que dans le cadre de mes processus de recherches, comme pour traduire des langues, j'ai utilisé des outils. J'avais tout expliqué à des proches mais présentement je ne pense pas que ma parole vaille quelque chose."
Thélyson Orélien parle de tout au téléphone. De lui, ses proches et ses trois enfants ("heureusement qu'ils sont là"). Il cherche ses mots. Puis, il revient à C'était ça ou mourir en baissant les bras. "De toute façon, moi, je ne veux pas me battre contre tous ces gens, ils sont trop forts. L'idée du livre ce n'était pas d'accuser des personnes. L'idée c'était de penser aux causes qui nous poussent à partir, le problème de l'insécurité et de trouver des solutions pour éviter que les gens quittent leur terre." Je le relance, encore. "Mais qu'est-ce que je dois faire ? Ce que je suis en train de vivre est trop fort ; même un politicien ne vit pas ce que je traverse. Ce que je suis en train de vivre, c'est énorme, ça dépasse le cadre littéraire, ça va trop loin…" Il paraît perdu, s'interroge à voix haute : "A quoi va ressembler mon futur ?" Puis coupe sans prévenir. "J'ai mon père qui m'appelle. Je te laisse."
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