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En 1916, la Première Guerre mondiale fait rage et, dans un village du Yorkshire, l’heure est grave. En effet, la chorale locale, objet de fierté et rare source de joie en ces temps troubles, vient de perdre son directeur, qui s’est enrôlé. D’ailleurs, avec la gent masculine en âge de combattre partie au front, ladite chorale manque désormais de voix graves. Aux tout jeunes hommes du cru, à peine sortis de l’adolescence, de combler ce vide. Quant au poste à pourvoir, c’est à Henry Guthrie que l’on confie les destinées de la chorale : une décision qui suscite l’émoi, pour diverses raisons. Dans The Choral (La chorale), le toujours excellent Ralph Fiennes ne déçoit pas.
En effet, la vedette de Schindler’s List (La liste de Schindler), de The English Patient (Le patient anglais), de Conclave et de 28 Years Later (28 ans plus tard) trouve dans ce musicien perfectionniste l’une de ses belles partitions (lire notre entrevue avec l’acteur).
De fait, Guthrie est un être complexe. Or, ce qui est intéressant dans le scénario d’Alan Bennett, c’est que cette complexité est révélée plus par les réactions des habitants du village que par les actions du protagoniste.
Ainsi reproche-t-on à Guthrie non seulement d’avoir étudié la musique en Allemagne, mais de continuer à aimer les compositeurs phares issus de ce qui est à présent la nation ennemie.
Plus problématiques encore aux yeux des bonnes gens sont les « inclinations personnelles », pour reprendre un euphémisme du temps, de Guthrie. Il faut entendre le curé déclarer, après avoir évoqué des « rumeurs » dont il refuse de dévoiler la teneur : « Disons simplement que je préférerais qu’on embauche un père de famille. »
Seulement voilà, Guthrie est extrêmement doué, et la petite communauté n’a guère l’embarras du choix en matière de candidats.
Une poignante mélancolie
Indispensable dans les circonstances, donc, Guthrie est au départ plus toléré qu’accepté, et le cheminement subséquent de tout un chacun à son égard est assez joliment développé.
Le sont également les diverses sous-intrigues concernant les jeunes hommes qui ne pensent pas tant au chant qu’à perdre leur virginité avant que ne sonne l’heure, inéluctable, de la conscription. Exempt de l’humour potache souvent associé, au cinéma, à cette période libidineuse de l’existence, ce volet est traité avec finesse par Bennett (qui abordait entre autres ce thème dans sa pièce The History Boys/La leçon d’histoire).
Un habitué de l’œuvre du dramaturge et scénariste, le metteur en scène et cinéaste Nicholas Hytner (The Madness of King George/La folie du roi George ; The Lady in the Van/La dame à la camionnette), dans sa douzième collaboration avec le premier, campe l’intrigue dans un environnement idyllique, qui rend plus criante, par contraste, la tragédie sous-jacente.
La réalisation s’avère, à l’image du protagoniste, élégante, sensible à la beauté et éprise de rigueur. Il reste que le film est indéniablement longuet. Cela étant, il en émane une poignante mélancolie, contrebalancée par d’heureuses notes de comédie.
Et il y a Ralph Fiennes, si touchant de retenue. Car, parfois, ce n’est pas ce qui est dit qui émeut, mais ce qui est tu.


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