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Terrebonne face au même choix, mais dans un nouveau contexte à Ottawa

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Un grand vent a arraché la pancarte sur laquelle était représenté jusqu’à la veille le regard bienveillant du premier ministre Mark Carney sur les voitures circulant sur la montée Masson, à Terrebonne. Pour la quatrième fois en un an, les électeurs de ce coin de banlieue sont appelés aux urnes.

« Mark Carney, il est un peu dur à suivre », exprime une électrice âgée qui préfère ne pas dévoiler son nom. Elle a l’habitude de voter pour le Bloc québécois, mais soupèse quand même l’idée d’accorder sa confiance aux libéraux, qui dirigent un gouvernement minoritaire depuis avril dernier. Trois électeurs rencontrés au hasard sur les chemins glissants du quartier historique du Vieux-Terrebonne ont aussi fait part de leur indécision avec Le Devoir.

D’autres encore, désintéressés, ont plutôt avoué leur ferme intention de rester à la maison le jour du vote, le 13 avril prochain.

Un improbable concours de circonstances place pourtant entre leurs mains le sort du confort relatif de la majorité libérale de Mark Carney prédite à Ottawa. Une erreur de code postal d’Élections Canada, dans un contexte de quasi-égalité entre les candidates libérale et bloquiste, a provoqué l’annulation, en février dernier, de l’élection de 2025 dans cette circonscription par la Cour suprême.

Terrebonne est un bastion souverainiste qui avait l’habitude d’envoyer à Ottawa un représentant bloquiste à chaque élection depuis 1993, exception faite d’un mandat du Nouveau Parti démocratique (NPD) lors de la « vague orange » de 2011. La libérale Tatiana Auguste, 24 ans, avait causé la surprise lors des élections du printemps dernier en se voyant créditée d’un seul vote de plus que sa rivale bloquiste, la députée sortante Nathalie Sinclair-Desgagné.

Encore aux urnes

« On pense peut-être ouvrir des bureaux de vote permanents dans notre municipalité, ça serait plus simple », lance à la blague le maire, Mathieu Traversy.

En mars dernier, une élection partielle provinciale pour pourvoir le siège du superministre Pierre Fitzgibbon a scellé la victoire de Catherine Gentilcore, du Parti québécois, avec plus de 52 % des voix. Se sont tenues la même année des élections municipales et, entre les deux, l’élection fédérale, annulée, et que l’on doit maintenant reprendre.

M. Traversy, qui a été député local du Parti québécois à l’Assemblée nationale entre 2008 et 2018, brosse le portrait de la 10e ville du Québec comme une banlieue en pleine croissance économique… et en transformation démographique. « Il y a effectivement plusieurs jeunes familles qui sont venues s’établir ici après la pandémie de COVID-19. On a une population francophone, assez jeune, et une communauté ethnoculturelle qui a augmenté au fil des dernières années. »

Les principales préoccupations locales sont, selon lui, la construction de logements, la décontamination d’un ancien champ de tir fédéral pour y construire un échangeur de l’autoroute 640 desservant le quartier Urbanova, et les inquiétudes liées au projet de train à grande vitesse Alto, qui doit traverser la circonscription.

Finalement, le conflit commercial avec les États-Unis empêche l’économie de Terrebonne de réaliser tout son potentiel, selon Pierre Berthiaume, qui dirige la Chambre de commerce et d’industrie Les Moulins. « Il y a des entrepreneurs qui ont la capacité de développer, d’investir, de grandir, d’engager, mais là, ils sont un peu sur les freins. »

Partisan de l’approche conciliatrice avec le président états-unien, l’homme d’affaires est plutôt d’avis que Donald Trump était plus central dans le débat politique l’an dernier. « On en parle moins […], mais ce n’est pas comme si c’était réglé pour nous non plus. »

Un vote déterminant

Quelques jours après le déclenchement des élections partielles, une quatrième élue de l’opposition a décidé en mars de changer de parti politique et de se joindre aux libéraux. Le gouvernement Carney file désormais à vive allure vers l’exploit inédit de transformer un gouvernement minoritaire en gouvernement majoritaire, pour peu qu’il remporte deux circonscriptions sûres de la grande région de Toronto.

Le siège de Terrebonne, en jeu au même moment, pourrait toutefois lui donner une marge de manœuvre déterminante. Le président de la Chambre des communes, un libéral, ne vote pas. Sans le siège de Terrebonne ni l’appui d’un parti d’opposition, un gouvernement tout juste majoritaire de 142 députés risque l’égalité lors de chaque vote aux Communes.

Cette étrange possibilité n’a aucun autre précédent que le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King, constamment à la frontière entre majorité et minorité il y a un siècle, entre 1922 et 1925, selon la bibliothèque du Parlement.

En plus des deux candidates libérale et bloquiste, arrivées pratiquement à égalité lors de l’élection d’avril dernier, se représente aussi Maxime Beaudoin, sous les couleurs du NPD. Dans un appel avec Le Devoir, le représentant syndical de 41 ans sollicite le vote des fédéralistes déçus du « virage à droite » du Parti libéral. Son parti se dotera d’un nouveau chef au cours de la campagne, soit le 29 mars.

La candidate du Parti conservateur du Canada, Adrienne Charles, n’a pas donné suite à la demande d’entrevue du Devoir.

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