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Terre-Neuve-et-Labrador, bientôt actionnaire du projet Bay du Nord?

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Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador envisage toujours d'acquérir une participation dans Bay du Nord, un projet pétrolier en eaux profondes qui pourrait obtenir le feu vert de ses promoteurs au début de l’an prochain.

Le premier ministre Tony Wakeham attend les recommandations de son ministère de l'Énergie et de la société d'État, OilCo. Son ministre des Finances, Craig Pardy, soutient qu'il faut bien y réfléchir et penser à ce qui sert le mieux les intérêts de Terre-Neuve-et-Labrador.

Mais le PDG d’OilCo, Jim Keating, indique qu’une décision quant à l’achat de jusqu’à 10 % des actions de Bay du Nord, dont les premières phases sont évaluées à 14 milliards $, sera prise par le Conseil des ministres d’ici la fin de l’année (nouvelle fenêtre).

Jim Keating reste vague quant à la recommandation exacte qui sera faite au gouvernement progressiste-conservateur, qui promet de renouer avec les ambitions pétrolières de Terre-Neuve-et-Labrador. Il rappelle néanmoins que la province est déjà actionnaire de trois autres projets pétroliers et que cette participation s’est avérée très lucrative pour la province.

Selon lui, la participation provinciale dans la plate-forme Hebron (4,9 %), le projet d’extension West White Rose (5 %) et le projet d’extension Hibernia South (8,7 %) ont rapporté 1,3 milliard $ au Trésor depuis 2010. Les réserves récupérables restantes de ces projets représentent encore 2 milliards $ pour les coffres de la province.

Tony Wakeham.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, prononce un discours sur l'état de la province devant la Chmabre de commerce de Saint-Jean, le 14 octobre 2026.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Keating très convaincu que Bay du Nord se concrétise

Le géant norvégien de l’énergie, Equinor, et son nouveau partenaire britannique, Shell, doivent prendre une décision définitive quant à l'avenir de Bay du Nord au premier trimestre de 2027.

Bay du Nord, à l’étude depuis une décennie et mis sur pause en 2023 en raison de pressions inflationnistes, serait le projet pétrolier le plus isolé sur la planète. Le pétrole brut serait extrait dans des eaux de 1,2 km de profondeur à 500 km à l'est de Terre-Neuve.

Je suis très convaincu que le projet ira de l’avant, estime Jim Keating, qui reconnaît la crise climatique engendrée par les énergies fossiles, mais qui rappelle qu’il faut trouver un juste équilibre entre l’impératif environnemental et la sécurité énergétique et économique.

Jim Keating.

Jim Keating est PDG d'OilCo, la société d'État responsable du développement du secteur pétrolier de Terre-Neuve-et-Labrador. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Selon lui, la production du pétrole terre-neuvien entraîne moins d’émissions de gaz à effet de serre, comparativement aux sables bitumineux, par exemple. Il s’agit donc d’une énergie de transition. Ce discours a toutefois été démenti à maintes reprises par des groupes environnementaux, puisque la grande part des émissions liées aux hydrocarbures résulte de la combustion.

Revenus et risques

Angela Carter, professeure à l’Université Memorial et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance et les politiques publiques en matière d'énergie équitable, estime que si nous allons avoir des compagnies multinationales qui vont produire le pétrole, il faut que nous [la province] profitions pleinement de la ressource.

L’achat d’une participation est une façon d’y arriver, mais ce n’est pas la seule façon de le faire et je vous dirais qu’il y a beaucoup de questions auxquelles il faut répondre avant de cautionner ce projet, poursuit-elle.

Angela Carter.

Angela Carter est professeure professeure à l’Université Memorial et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance et les politiques publiques en matière d'énergie équitable. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté - Angela Carter

L’experte rappelle qu’en devenant actionnaire du projet, la province partage les risques du projet et prend à sa charge une partie des coûts du nettoyage environnemental qui doit se faire lorsque la production tire à sa fin.

Elle soutient que la compensation financière due à la province devrait tenir compte des effets environnementaux engendrés par le pétrole produit à Bay du Nord. Elle souligne qu’un nouveau simulateur de l’Université nationale d'Australie estime que le projet pourrait entraîner la fonte de 4,6 km2 de glaciers. Selon l’outil, la pollution liée à Bay du Nord pourrait mener à l’abolition de 2100 postes.

Selon la chercheuse, tous les revenus provinciaux liés à Bay du Nord devraient être consacrés à la transition énergétique et économique de Terre-Neuve-et-Labrador.

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