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L’ancien premier ministre, décédé ce dimanche à l’âge de 88 ans, avait établi ses pénates à Ars-en-Ré, au nord ouest de l’île, où il possédait une maison depuis la fin des années 1990. Il y passait des vacances discrètes avec son épouse Sylviane Agacinski.
Monsieur tout le monde, ou presque. Depuis la fin des années 1990, Lionel Jospin, disparu ce dimanche à l’âge de 88 ans, avait jeté son dévolu sur l’île de Ré, où il passait ses étés, ses vacances de Noël et plus si affinités. Dans cet îlot charentais prisé des «rich and famous» en quête d’un anonymat tout relatif, l’ancien premier ministre a laissé l’image d’un homme simple, discret et affable. Loin de la rigidité dont on a pu affubler, à tort ou à raison, l’animal politique. Le couple Jospin-Agacinski a d’abord loué une maison de pêcheurs à Ars-en-Ré, au nord-ouest de l’île, avant d’y acquérir une bâtisse blanche aux volets gris, rue du Havre. En face de l’ancienne mairie et voisine du presbytère : tout un symbole.
Une demeure «modeste mais charmante», selon un article de Libération publié en l’an 2000. Las, l’humilité n’empêche pas la rumeur : on l’accuse alors d’avoir acquis ce bien grâce à des fonds gouvernementaux. Le socialiste est contraint de se justifier, avec sa rigueur habituelle. Apport personnel et emprunt, rien de plus. Fermez le ban.
Des images diffusées en 1999 à la télévision montrent l’alors premier ministre et son épouse Sylviane, à bicyclette, à l’orée de leurs trois semaines de vacances estivales. Un couple presque ordinaire, n’était la foule de badauds et photographes. «On va faire du vélo, nager, faire un peu de bateau, lire, se reposer», détaille le chef du gouvernement de la troisième cohabitation. Une certaine simplicité que l’on retrouve dans les mots de tous ceux qui l’ont croisé sous le soleil de Ré. À commencer par Pierre Bœuf, le maire tout juste élu. Il l’y a vu pour la dernière fois l’été dernier. Il décrit un «personnage important de la commune, très discret, un résident secondaire classique.» «Il habitait en plein centre village. Il aimait voir le clocher, sa maison donnait dessus.»
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«L’élégance de l’intimité»
Lionel Jospin avait d’ailleurs rejoint l’association des Amis de l’église d’Ars-en-Ré, créée en 2019 pour l’entretien et la rénovation de cet édifice millénaire. Parmi ses membres les plus actifs, Valérie Solvit, directrice d’une agence de communication, évoque un «ami rare», rencontré il y a tout juste trente-cinq ans sur son île de cœur. «Tout était merveilleux à ses côtés : être avec lui à bicyclette, sur la plage ou le regarder jouer au tennis d’une façon exceptionnelle». Plutôt que de rigidité, elle préfère parler d’«élégance de l’intimité». «Sa présence était suffisamment parlante, il n’y avait rien à ajouter. Tout était événement, l’entendre chanter ou le voir jouer aux boules.»
L’ancien maire de La Rochelle Jean-François Fountaine faisait aussi partie de son premier cercle. Il décrit sa «bande d’amis très sympas», dont étaient par exemple le musicien Jean-Claude Casadesus ou le navigateur Serge Madec. Une joyeuse troupe qui a fait front autour de l’homme politique, après le «désastre de 2002». «Et quand Sylviane est entrée à l’Académie française, tous ses amis rétais étaient là (...) Lionel s’est un temps posé la question d’aller dans le Sud, du côté de Gordes, pour les températures plus clémentes. Mais ici, il aimait la tranquillité. Les gens les laissaient tranquilles.»
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Scènes de la vie quotidienne
Son clocher médiéval noir et blanc, son cœur de village ancien, ses belles maisons tapies derrière de hauts murs : pas étonnant que l’ancien ministre ait choisi la discrète Ars-en-Ré. «Même s’il y a des personnalités, Nathalie Baye par exemple, ce n’est pas le luxe tapageur des Portes», commente Claire Cointault, qui loue une maison à Ars depuis 1999. Comme les Jospin-Agacinski, qu’elle apercevait souvent au Café du Commerce, une institution du port, parfois accompagnés de leur petit-fils. «Lui arpentait les ruelles avec son vélo. Le matin, il venait chercher la presse chez le marchand de journaux avant de passer à la boulangerie. On le voyait à la plage, mais assez peu. Il était toujours souriant.»
Leur maison de ville n’ayant pas de cour, il garait son vélo dans la rue. Outre le tennis, Lionel Jospin était aussi supporter de basket et amateur de foot. D’aucuns confient l’avoir vu se départir de sa célèbre réserve au café du Clocher, lors d’une soirée animée autour d’un match du PSG. «C’était surprenant venant de lui, il avait vraiment l’air d’apprécier le moment, de vibrer», confie notre source. Scènes de la vie quotidienne presque banale d’une figure politique en vacances, immortalisée par plusieurs reportages AFP aux tonalités passées. «Ça va être un manque énorme pour l’île de Ré», conclut Valérie Solvit.
Regarder la vidéo «Un grand destin français», «un modèle d'exigence» : plusieurs personnalités politiques rendent hommage à Lionel Jospin


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