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Injonction à faire la fête, contexte anxiogène, lassitude ou choix assumé de la simplicité : pour une partie de nos lecteurs, le passage à la nouvelle année ne rime plus avec cotillons et champagne. À tous les âges, ils sont de plus en plus nombreux à remettre en question le sens même de cette soirée devenue, selon eux, artificielle. Témoignages.
Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:45 | mis à jour aujourd'hui à 08:02 - Temps de lecture :
Alors que certains s’apprêtent à faire la fête le 31 décembre, d’autres revendiquent le fait de passer une soirée comme les autres. Photo PexelsCe mercredi 31 décembre, lorsque minuit approchera, les compteurs vont s’apprêter à basculer, les bulles vont pétiller et beaucoup se lanceront dans un décompte jusqu’au passage de la nouvelle année. En théorie, le Nouvel An est synonyme de renouveau, d’élans d’optimismes et même de bonnes résolutions. En pratique, pour beaucoup, cette nuit n’a plus grand-chose de magique. « C’est un peu une mise en scène de l’obligation d’être heureux », résume Cédric, Avignonnais de 22 ans, qui n’a jamais adhéré aux grandes célébrations. Sans rejeter la fête en soi, il confie son malaise face à « l’attente artificielle » qui entoure le passage à la nouvelle année. « À minuit, rien ne change vraiment. Le monde continue de tourner, les problèmes ne s’effacent pas d’un coup ».
Une fête jugée artificielle et anxiogène
Ce sentiment d’artificialité revient chez plusieurs de nos lecteurs. À 39 ans, Clément, habitant à Colmar, parle d’une « injonction à faire la fête sans en avoir forcément envie », accentuée par des rituels parfois pesants : « devoir faire la bise à minuit et souhaiter la bonne année à des gens qu’on ne connaît pas vraiment, ça peut être anxiogène ». Travaillant le 31 décembre et disposant d’un cercle social limité dans sa ville, il préfère ne pas forcer les choses.
Même rejet de ces soirées enjouées chez Isabelle, 72 ans, en Alsace. « Ces injonctions à faire la fête, je ne les supporte plus. Je préfère une douce soirée à la maison, un bon petit repas et un bisou sous le gui à minuit. » Une simplicité revendiquée, alors même que la soirée du Nouvel An s’affiche partout : dans les commerces alimentaires, les boutiques, les bars et restaurants. Avec des prix qui s’envolent.
Une actualité morose
Pour d’autres, c’est le monde tel qu’il va qui empêche toute envie de célébration. « Les années se suivent et sont de pire en pire », constatent Marie-Françoise et Jean-Luc, 76 et 74 ans, en Côte-d’Or. S’ils continuent de fêter Noël avec leurs enfants, le Nouvel An ne fait plus sens depuis vingt ans. « Comment se réjouir alors qu’il y a des guerres des deux côtés ? Et financièrement, on fait très attention ».
Un constat partagé par plusieurs générations. Enzo, 17 ans, à Unieux (Loire), lâche avec lucidité : « Je trouve ça étrange de fêter la nouvelle année en sachant qu’elle sera pire que celle d’avant ». À 70 ans, Marie-Joseph, de Quetigny, dresse un bilan politique et sociétal sombre : « Les problèmes de fond ne sont jamais traités. Alors, j’essaie, à mon humble niveau, de faire vivre l’humanisme et la solidarité auprès de ma famille et de mes vrais amis ».
Le choix assumé du calme
Face à cette désillusion, beaucoup revendiquent un autre rapport au temps et à la fête et préfèrent le calme ou se retrouver en petit comité plutôt que de célébrer la nouvelle année en grande pompe. À 68 ans, Christine, à Dinsheim-sur-Bruche (Bas-Rhin), fait partie de ceux-ci : « Cette obligation de faire la fête, je ne la supporte plus. Attendre minuit pour souhaiter des choses sur lesquelles on n’a aucune influence me paraît faux et désuet ». Son réveillon idéal ? « Un bon petit repas en solo, sur mon canapé, avec mon chien, une couverture et un bon livre. En paix totale ».
À Essey-lès-Nancy, une autre Christine, 66 ans, consacre la soirée à garder ses petits-enfants pendant que les parents sortent. « Je préfère être reconnaissante de l’année écoulée plutôt que de fêter une nouvelle année qui n’améliorera pas le contexte national et international ».
Noël plutôt que le Nouvel An
Pour d’autres, il y a une hiérarchie des fêtes en cette période de fin d’année, et Noël passe avant tout. « La seule fête qui a du sens, c’est Noël », tranche Stanislas, 40 ans, à Lyon. Une fête familiale, un rituel chargé de symboles. À l’inverse, le Nouvel An « casse le rythme des vacances parce qu’il implique de quitter notre famille pour rentrer et fêter la nouvelle année » et impose des soirées qu’il juge « artificielles ».
Sans forcément rejeter toutes les formes de célébration, ces lecteurs interrogent le sens d’un rituel longtemps considéré comme incontournable. Loin du bruit et des paillettes, ils préfèrent commencer l’année autrement : dans le calme, la lucidité, ou simplement comme un autre jour classique de l’année, sans attente particulière.


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