Série : Manger au restaurant, un plaisir devenu un luxe ? [2/3] - La flambée des prix dans les assiettes et les verres a changé les habitudes : les sorties en amoureux au restaurant se font de plus en plus rares. Témoignages de couples qui ont dû réinventer leurs habitudes.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:00 | mis à jour aujourd'hui à 08:27 - Temps de lecture :

Une sortie au restaurant à deux, en ajoutant au plat des boissons et des desserts, peut vite devenir onéreuse. Photo d’illustration Sipa/Sergi Reboredo Une sortie au restaurant à deux, en ajoutant au plat des boissons et des desserts, peut vite devenir onéreuse. Photo d’illustration Sipa/Sergi Reboredo

Il fut un temps où sortir au restaurant en amoureux était un plaisir accessible, voire une habitude. Aujourd’hui, pour beaucoup de couples, c’est un calcul. « Il y a cinq ans, on mangeait pour 60 € à deux. Aujourd’hui, il faut 100 à 120 € avec boissons et desserts, c’est trop cher », croit se souvenir Martine, 71 ans, dans le Doubs. Georges, 68 ans, de Besançon, dresse le même constat : « Les menus d’hier à 16 € sont aujourd’hui à 19 €, sans les vins, sans les cafés. Ça fait un coût de 50 à 60 € pour un couple. » Résultat ? « Là où on faisait deux repas par mois, ce n’est souvent plus qu’un. Pendant les vacances, ce n’est même plus la peine d’y penser. »

Jean-Pierre, 68 ans, de Montrond-le-Château (Doubs), abonde : « Avant, avec moins de 50 €, on pouvait passer un moment de convivialité à deux. Aujourd’hui, il faut débourser 60 € pour un menu identique. » Une hausse qui s’explique par l’envolée des coûts : matières premières, énergie… Les restaurateurs répercutent ces augmentations sur les menus. Le ticket moyen d’un repas en 2025 se chiffrait à 30,72 € (contre 28,91 € en 2024, soit une hausse de 6,3%), selon l’Observatoire Fiducial de la restauration.

Qualité, quantité ou budget ?

Face à cette hausse, les couples doivent faire des choix. Franck, 58 ans, d’Aix-les-Bains (Savoie), a opté pour une solution radicale : « On privilégie les buffets à volonté. Ce n’est peut-être pas la même qualité, mais on se fait plaisir pour moins de 20 €. À la carte, il faut compter 25 € minimum par personne. Et si on prend un apéro en plus, c’est au moins 30 €. »

D’autres, comme Stéphanie, 49 ans, dans le Doubs, préfèrent cuisiner eux-mêmes. « Quand un plat de pâtes avec des champignons, de la crème et du jambon de Parme coûte 18 €, je préfère amplement le faire moi-même », explique-t-elle. « Et quand un tiramisu coûte 11 € la part, je préfère le préparer pour huit personnes pour moins cher. Il y a quelques jours, dans un restaurant italien d’une zone commerciale, nous n’avons pas pris de dessert car les prix étaient compris entre 11 et 13 €. On marche sur la tête. » Même son de cloche pour les boissons : « Il n’y a pas si longtemps, mon petit plaisir, c’était de prendre un expresso au comptoir, pour 1,20 ou 1,30 €. Aujourd’hui, il a pris 0,70 € sans aucune raison. »

Réduire la fréquence

Pour Sandra, 32 ans, des Vosges, le problème ne vient pas seulement des prix, mais aussi de l’uniformisation des cartes et de la baisse de la qualité. « Nous ne sommes pas très shopping, mais on aimait bien manger dehors, c’était notre petit plaisir à nous. Aujourd’hui, on a l’impression que le rapport qualité-prix n’est plus au rendez-vous. Les cartes sont sensiblement les mêmes dans beaucoup de restaurants. » De ce fait, « quand on a envie de se faire plaisir, au lieu de sortir, on va en courses acheter des produits qu’on ne consomme pas souvent, et on cuisine ensemble. Ce n’est pas comparable à l’ambiance d’un resto, mais on peut se faire plaisir sans voir trop grimper la note ». Pour garder ce plaisir sans frustration, certains couples ont réinventé leur rapport au restaurant. « On y va moins souvent, mais quand on le fait, c’est pour une occasion spéciale », explique Sandra. Pour Georges, c’est une question de priorités : « On a réduit la fréquence, mais on ne renonce pas au plaisir. »

Le restaurant en couple devient, pour beaucoup, une sortie qu’on s’offre avec parcimonie. « Chacun fait de son mieux. Les foyers ont moins de pouvoir d’achat, et de leur côté, les restaurants ont des frais plus importants », résume Sandra. « Même étudiante, je pouvais trouver des adresses très abordables », se souvient Stéphanie. « Maintenant, il faut casser son PEL pour le menu du jour. Heureusement, il reste quelques établissements "pépites" avec de bons plats et de prix corrects. » Des bonnes adresses qui font encore la magie de certaines sorties.

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