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« Aujourd’hui, j’ai appris à cohabiter avec, mais je reste profondément en colère. » Après avoir déjà fait preuve de beaucoup de résilience dans sa vie, Magalie, 52 ans, perçoit son diagnostic comme une ultime « injustice ». Habitante d’un petit village de Haute-Savoie, Éteaux, non loin d’Annecy, elle vivait une confortable existence jusqu’à l’année 1998. Âgée de 24 ans, elle constate alors l’apparition de deux boules sous son aisselle et sous la clavicule. « J’étais très loin d’envisager le cancer, je ne l’avais pas du tout à l’esprit, je n’avais même pas parlé de ces différents tests médicaux à mes proches, c’est pour dire », se remémore-t-elle. En avril, elle tombe des nues en apprenant être atteinte de la maladie de Hodgkin, un cancer des ganglions lymphatiques.
« En plus, je suis tombée sur un oncologue très cash qui m’a dit : “Ne pleurez pas ! Les personnes qui pleurent sont des échecs. C’est une maladie qui se soigne très bien, s’il fallait avoir un cancer, c’est bien celui-là.” Alors que moi j'étais sous le choc », rapporte-t-elle. Magalie débute, à Lyon, un cycle de chimiothérapie de trois mois, avec des séances de radiothérapie, ce qui va permettre d’éliminer près de 50 % de la maladie. Mais un mois plus tard, elle ressent à nouveau des douleurs très fortes au niveau des aisselles et fait une rechute précoce.
Son oncologue va l’inscrire à un traitement d’essai clinique, ou traitement « cobaye » comme préfère le dire la Haut-Savoyarde. Entre novembre 1998 et avril 1999, elle reçoit trois cycles de chimiothérapie ainsi qu’une double autogreffe de moelle osseuse (des cellules souches prélevées, congelées puis réinjectées). « Je me souviens, j’étais vraiment la plus jeune du service d’hématologie. Il y avait un protocole très lourd, j’étais dans une chambre stérile avec de l’air filtré, mes proches ne devaient pas trop me toucher, j’étais très fatiguée », raconte-t-elle.
Quasi-stérile... puis mère de trois enfants
Magalie entre finalement en « rémission complète persistante », un terme qu’elle va traîner pendant une vingtaine d’années avant d’être officiellement guérie. « C’est très difficile au début car on n’a plus de cheveux, de cils, de sourcils, d’ongles… Mais on voit que les choses repoussent petit à petit, on se reconstruit peu à peu. Ce qui est vraiment dur, c’est d’être lâchée du jour au lendemain. Quand vous êtes suivie quotidiennement dans une structure et que, tout à coup, on vous annonce “on se revoit dans trois mois”, ça fait bizarre. Personnellement, c’est comme si j’avais entendu “reprenez votre vie où vous l’avez laissée”, alors que tout le monde sait bien que c’est impossible », témoigne-t-elle.
Ce qui a été le plus dur à encaisser pour Magalie, c’est l’annonce de sa quasi-stérilité. « Les traitements étaient très lourds et ont provoqué l’atrophie de mes ovaires. J’ai 25 ans, je suis fille unique, j’ai toujours voulu plusieurs enfants, je m’effondre littéralement. » Le même jour, son médecin lui indique qu’il est possible de bénéficier de dons d’ovocytes. « Sur le moment, j’écoute mais je n’entends pas, se souvient-elle, puis ça va devenir mon cheval de bataille. » Quelques années plus tard, Magalie recevra deux fécondations in vitro et deviendra mère de trois filles.
Après avoir vaincu Hodgkin, Magalie va parvenir progressivement à retrouver une vie normale, devenant même adjointe de direction dans un lycée privé en Haute-Savoie. Mais en 2023, 25 ans jour pour jour après son premier diagnostic, la désormais quinquagénaire est touchée par un cancer du poumon, le ROS1, « celui des non-fumeurs », insiste Magalie. Une maladie incurable et chronique, « un tsunami en pleine tête », une « injustice ».
« Un Octobre arc-en-ciel »
« Cette fois-ci, il n’y a pas de reprise normale. J’ai un PET scan tous les quatre mois et une prise de sang mensuelle. Le traitement est toxique, donc il y a des jours où j’ai des problèmes digestifs, des nausées, des troubles de la vision, etc. sachant que mes reins et mon foie étaient déjà fragilisés par mon premier cancer », nous explique Magalie. Cette nouvelle donne affecte également sa vie de famille.
« Ma fille aînée, âgée de 22 ans, comprend très bien ce qu’il se passe et a bien conscience du temps qui m’est compté. Pour mes deux jumelles de 11 ans, c’est différent car j’arrive à leur montrer ce que je veux montrer. Mais je vois bien dans certains gestes ou certaines réflexions qu’elles s’inquiètent. Pour mon mari, c’est plus compliqué encore car je suis passée en mode “sur-vie”, en deux mots. Je sais que je vais partir, alors je veux créer des souvenirs à mes proches et je n’accepte pas qu’on me dise “on fera ça plus tard”, moi je n’aurai peut-être pas de “plus tard”. Alors mon époux essaie de suivre mes envies, tant bien que mal », confie-t-elle.
Magalie donne désormais beaucoup de son énergie à l’association ALK+ ROS1, qui vise à faire connaître les formes rares du cancer du poumon. « Je m’y investis énormément depuis que j’ai connu l’association en 2024. Il faut changer le stéréotype sur cette maladie, qui serait celle du vieux fumeur, il existe aussi ces anomalies. Je trouve très importante la campagne d’Octobre rose, mais je pense qu’il faudrait un Octobre arc-en-ciel pour faire connaître et sensibiliser à tous les types de cancer », plaide la quinquagénaire. Malgré un pronostic décourageant, Magalie souhaite « dégager de l’espoir » en témoignant. « J’ai vaincu la maladie de Hodgkin, j’ai eu trois enfants alors qu’on m’annonçait stérile et aujourd’hui, certes, j’ai cette maladie, mais elle ne m’empêche pas d’avancer. »


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