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Série : Des hommes face à la pression du « corps parfait » [2/3] - De plus en plus exposés à des injonctions esthétiques sur les réseaux sociaux, de nombreux hommes développent une image négative de leur corps. Xavier, 35 ans, refuse de céder à la pression, qu’il sent peser sur ses épaules.
Ysé Rieffel - Aujourd'hui à 07:00 | mis à jour aujourd'hui à 07:05 - Temps de lecture :
« Comme beaucoup d'hommes je crois, j'ai déjà regardé mon ventre dans le miroir au mois de mai en me disant que ce serait peut-être bien de renouer avec le concept de gainage avant d'aller à la plage », confie Xavier, un Strasbourgeois de 35 ans. « Pas forcément pour être plus séduisant, mais parce qu'on se compare toujours un peu aux autres », poursuit l’Alsacien.
Le mouvement du “body positive”, prônant l'acceptation de soi et de tout type de corps, ne semble pas tout à fait avoir désarmé le diktat du “summer body”. Sur l’application TikTok, le hashtag cumule plus de 674 000 publications, entre partages de programmes sportifs pour atteindre ses objectifs et photos avant/après. Les Français n’ont jamais autant souhaité maigrir avant l’été : cette envie est deux fois plus forte aujourd’hui (38 %) qu’à la fin des années 70 (23 %), selon une étude de l’Ifop et Darwin Nutrition (*), publiée fin juin. Une injonction qui pèse avant tout et depuis des décennies chez les femmes : près d’une sur deux (46 %) souhaite perdre des kilos avant les grandes vacances.
« Tu étais plus sec avant »
« Les femmes subissent probablement plus fortement les injonctions corporelles, mais les hommes ne vivent pas dans une bulle protectrice pour autant », souligne Xavier. En effet, selon l’enquête, ils sont 3 sur 10 (30 %) à se préoccuper de leur ligne avant la saison des maillots de bain. L'injonction à la minceur touche de plus en plus d'hommes, qui se trouvent beaucoup plus gros (48 %) qu’en 2001 (34 %). Le ventre est d’ailleurs la principale source de complexes des hommes, et c'est aussi le cas pour les femmes.
« Tu as pris du poids », « tu étais plus sec avant », « tu devrais reprendre le sport »... Xavier énumère les lourdes remarques qu’il a pu recevoir sur son physique de la part de son entourage. Ces réflexions, « qui paraissent anodines » selon lui, ont fini toutefois par faire naître en lui une pression autour de son apparence. Et les réseaux sociaux, comme TikTok ou Instagram, ont aussi une grande part de responsabilité. « Quand votre fil est rempli d'hommes de 25 ans avec 8 % de masse grasse, des abdos dessinés au feutre et une routine "optimisation" qui ressemble à un emploi du temps de moine-soldat, il devient difficile de considérer son corps comme simplement normal », raconte Xavier. C’est à ce moment-là que la comparaison avec les corps de ses semblables entre en jeu. « On finit par trouver médiocre un physique qui, dans la vraie vie, ne choque absolument personne », martèle le trentenaire.
« Un idéal esthétique inaccessible »
Pour autant, s'il sent le poids des exigences au quotidien, Xavier est bien décidé à ne pas céder à cette pression et souhaite adopter une approche plus positive. « Avec l'âge, j'essaie de voir les choses autrement. Bien sûr que j'aimerais être un peu plus mince, un peu plus musclé, un peu plus ceci ou cela. Mais je préfère aujourd'hui viser la santé, le confort et le plaisir plutôt qu'un idéal esthétique inaccessible », tranche le trentenaire.
Le Strasbourgeois explique ne pas non plus être en accord avec les « discours masculinistes qui expliquent à longueur de vidéos que les hommes seraient désormais les grandes victimes d'une tyrannie du physique ». Le masculinisme, très présent sur les réseaux sociaux, promeut la virilité physique à travers la musculation ou encore le “looksmaxxing”, dangereuse pratique qui consiste à resculpter son corps à coup de marteau.
S'il n’est pas contre faire davantage de sport et mieux manger pour se sentir mieux dans son corps, Xavier n’est en revanche « pas prêt à transformer [s]a vie en projet d'optimisation permanente ». Le trentenaire préfère s’accepter comme il est et voir en son apparence un symbole plus philosophique : « Il faut aussi accepter que notre corps raconte l'histoire de notre vie, de notre âge, de nos habitudes et de nos défauts. Et ce n'est pas forcément quelque chose qu'il faut corriger. »
(*) Étude Ifop pour Darwin Nutrition réalisée en ligne du 17 au 21 mai 2026 auprès d’un échantillon de 3 004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.


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