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Série : La force du soutien [1/3] - Pour les personnes LGBTQIA+, le soutien de la famille peut jouer un rôle essentiel dans le parcours et le bien-être. À l’occasion du mois des fiertés, nous mettons en lumière ces parents toujours fiers de leur progéniture et ces enfants qui racontent l’importance d’avoir été compris et accompagnés. Aujourd’hui, l’histoire de Cédric, qui a réussi à parler de son homosexualité à ses parents à sa quarantaine.
Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:00 | mis à jour aujourd'hui à 07:50 - Temps de lecture :
Si, avec le recul, à 56 ans, Cédric (*) reconnaît qu’il a pu compter sur la compréhension de ses parents, l’environnement dans lequel il a grandi n’était pas forcément propice à son coming out. Il a grandi dans le Bas-Rhin, dans une famille où la religion occupe une place centrale. « J’ai toujours été tiraillé entre deux choses : la foi que ma famille m’a transmise et mon homosexualité. C’est un combat intérieur », lâche-t-il. Il comprend son homosexualité très jeune, à six ans, « sans être sûr de ce que cela voulait dire. Aujourd’hui, je sais que c’est aussi ça qui a fait que j’étais différent par rapport aux autres ».
Il se décrit comme un garçon sensible, « qui préférait prendre soin des autres plutôt qu’être dans la compétition ». Une personnalité qu’il juge plus « atypique » et qui lui a valu des années de harcèlement et de violence physique de la part de ses camarades d’école, jusqu’à son adolescence. À la maison, si l’ambiance avec ses parents et sa sœur cadette de quatre ans est bonne, les sujets intimes ne sont jamais abordés. « Je fais partie d’une génération encore à l’ancienne. D’un côté, j’étais proche de mes parents, et d’un autre, il y a des sujets sur lesquels on ne parlait jamais : relation, sexualité », abonde-t-il. Tout ça, il le découvrira lui-même.
Une peur de voir les relations changer
Dans sa vingtaine, il décide de se tourner pleinement vers sa foi et devient religieux. Il s’enferme dans une bulle pendant ses huit années d’études. « J’ai combattu mon homosexualité. Pour moi, c’était aussi un frein pour ma vie religieuse », avoue Cédric. Il traverse, dans sa communauté, une expérience difficile, mais son parcours et son histoire lui permettent d’apporter un point de vue différent dans cet environnement. « J’avais une prédication très ouverte. Je ne parlais pas de mon homosexualité, mais je soutenais cette cause. Par exemple, les parents qui étaient devant ces questions-là lors de confessions », explique-t-il.
Son statut de religieux éloigne les questionnements de ses parents au sujet de sa sexualité. À 35 ans, il vit sa première relation amoureuse avec un homme. Trois ans plus tard, c’est sa première rupture qui lui donne le déclic pour enclencher un dialogue avec ses parents. Mais avant, il prend le temps d’en parler à sa sœur et à son beau-frère. « Ils m’ont accueilli tel que je suis. Leurs réactions m’ont soulagé. J’avais peur que nos relations changent. En réalité, elles ont changé, mais en bien. Ça nous a rapprochés, depuis, nous arrivons à nous confier l’un à l’autre », raconte l’Alsacien.
À 40 ans, il décide de convier ses parents au restaurant « pour un moment solennel ». « J’avais tout préparé, j’étais très anxieux. Lorsque je leur ai annoncé mon homosexualité, ma mère, de nature angoissée, était blanche, elle sentait que le moment était important. Mon père a dit une phrase dont je me souviendrai toute ma vie : “Tu es mon fils. Et tu resteras toujours mon fils. Ça ne change rien.” Il a su trouver les mots justes », souffle Cédric. Un soulagement pour lui, qui n’avait pas peur de leur rejet, mais plutôt de leur déception. « J’avais peur qu’ils se posent des questions sur l’éducation qu’ils m’ont donnée, qu’ils se demandent pourquoi, si c’était leur faute. Je leur ai dit que ce n’était même pas la peine de penser ça », poursuit-il. À ce moment, il se sent « aimé et compris » par ses parents. Son homosexualité n’est plus un sujet tabou. « Le regard n’a pas changé vis-à-vis de moi. Je suis resté leur fils. Je suis aimé de l’un et de l’autre », assure-t-il.
Voir le positif malgré les « failles »
Il y a bientôt quatre ans, à 52 ans, il rencontre son compagnon, qu’il a présenté à ses parents. « Ils l’acceptent, bien sûr, même si c’est une étape un peu plus difficile pour eux car c’est concret. » Cédric aimerait que ses parents « posent plus de questions sur lui, sur notre relation, mais c’est aussi leur façon d’être, ils sont comme ça avec ma sœur aussi ». Récemment opéré d’une opération, Cédric a dû rester alité quelque temps chez ses parents. « Ils l’ont accueilli les week-ends. C’est leur façon à eux de me montrer leur soutien et leur amour. » Avec le recul, il se dit « reconnaissant d’avoir des parents qui sont bienveillants, qui essayent de faire au mieux. Il y a beaucoup de failles, mais il faut voir plus loin », poursuit-il.
Il aimerait que « ce comportement soit la norme. Quel que soit notre enfant, on doit l’accepter comme il est. Donner la vie à un enfant, ce n’est pas se l’approprier, mais c’est le laisser être lui-même », philosophe-t-il. Il est aujourd’hui « en paix » avec ses parents. « Ils m’ont donné de l’amour, et c’est ça qui est le plus important, je pense que c’est ce dont on a besoin lorsque l’on est enfant », lâche-t-il.
(*) Le prénom a été modifié.


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