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Série : La force du soutien [3/3] - Pour les personnes LGBTQIA+, le soutien de la famille peut jouer un rôle essentiel dans le parcours et le bien-être. À l’occasion du mois des fiertés, nous mettons en lumière ces parents fiers de leurs enfants et ces enfants qui racontent l’importance d’avoir été compris et accompagnés. Aurélie raconte comment elle accompagne son enfant mineur dans sa transition de genre.
Audrey Vermorel - Hier à 07:05 | mis à jour hier à 16:20 - Temps de lecture :
Aurélie (*), maman de 45 ans résidant dans les Vosges, se souvient de cette conversation avec sa fille, tout juste adolescente, alors qu’elle l’emmenait chez le coiffeur. « Elle m’a demandé ce que je pensais de la communauté LGBT. Je lui ai répondu que chacun était libre de faire ce qu’il voulait de sa sexualité ou de son identité, tant qu’on respecte l’avis et les choix de l’autre », se remémore-t-elle. Avec son mari, ils ont à cœur d’offrir à leurs enfants - ils ont aussi des jumeaux - un environnement de tolérance et de bienveillance. Si bien que sa fille n’a pas hésité à se livrer sur ses questionnements : « on sentait que, vers 13-14 ans, Hanna s’interrogeait. Elle m’avait déjà parlé de son attirance pour une de ses copines. Il y a d’abord eu une interrogation sur sa sexualité », poursuit Aurélie.
Quelque temps après, la maman remarque chez son enfant un certain mal-être psychologique. « C’est aller jusqu’à la scarification. C’est là qu’elle nous a avoué qu’elle ne se sentait pas bien dans son corps de fille, elle a eu un désir profond de changer de sexe et de changer d’identité pour devenir un garçon », détaille-t-elle. Aurélie accueille cette information avec un peu de surprise, une inquiétude pour son enfant et surtout de la méconnaissance à propos de ce sujet, mais tient à être à ses côtés. Alors, elle commence par prendre un rendez-vous chez le généraliste, qui les oriente vers la maternité de Nancy (Meurthe-et-Moselle), qui prend en charge les parcours de transidentité. Un long processus avec un important suivi médical. « Il a dû rencontrer un psychiatre pour valider l’entrée ou non dans le parcours de changement de genre et faire toute une batterie d’examens pour commencer un traitement hormonal adapté », développe-t-elle.
À la maison, le changement se fait facilement, à commencer par le prénom : Hanna devient Noé, ses frères comme ses parents et le reste de la famille s’adaptent sans encombre. « Bien sûr, quand on explique ça aux grands-parents, c’est parfois surprenant, car c’est aussi une autre génération, mais comme ce n’est pas un problème pour nous, ça ne l’est pas non plus pour eux », ajoute la mère de famille. Pour Aurélie, il n’existait pas d’autre possibilité que celle de soutenir et d’accompagner son enfant. « J’aime mon fils inconditionnellement, peu importe sa sexualité ou son identité. Le seul choix qu’on avait, c’était de l’accompagner, nous ne pouvions pas le laisser tomber. Ce parcours est déjà difficile pour lui, il est encore montré du doigt, notamment par les autres adolescents, pour sa différence », relate sa maman.
« Il a eu un déclic, pendant des vacances d’été »
Quant aux critiques, Aurélie sait les balayer et s’en protéger : « On entend souvent que c’est à cause de l’influence des réseaux sociaux, mais c’est complètement faux. Depuis tout petit, Noé avait des comportements très féminins par imitation, mais ce n’était pas lui. Ces questionnements sur son genre sont arrivés tôt, bien avant sa puberté et l’accès aux réseaux sociaux. » Elle se souvient du mal-être de son enfant au quotidien. « Il a eu un déclic, pendant des vacances d’été. Il n’arrivait pas à être à l’aise en maillot de bain et à accepter ce corps de fille avec sa poitrine. Il me disait : “Maman, si j’en ai la possibilité plus tard, je voudrais enlever ces seins et me faire faire une phalloplastie” », une opération de chirurgie plastique visant la création d’un pénis. « C’était un désir profond », assure-t-elle.
Depuis quelques mois, Noé utilise un gel de testostérone qu’il s’applique sur les cuisses pour développer des caractères sexuels masculins (voix, pilosité, masse musculaire). Son changement de genre et de prénom ne peut pas encore être acté administrativement parlant, car il n’est pas encore majeur, mais le lycée dans lequel il est scolarisé l’autorise à s’appeler Noé et à être genré au masculin. Un environnement familial et scolaire qui lui permet de pouvoir s’exprimer et être lui-même. « Il m’a récemment dit : “Maman, tu ne peux pas t’imaginer à quel point je suis bien dans ma tête désormais.” C’est un vrai bonheur d’entendre ça dans la bouche de son enfant », souffle Aurélie.
Elle sait que le choix et le parcours de son fils suscitent de nombreuses critiques autour d’eux, mais elle est aussi consciente que l’ouverture d’esprit de sa famille a permis à Noé de devenir ce qu’il souhaitait. « Nous n’avions pas à décider pour lui de ce qu’il voulait devenir, de son avenir, sa sexualité ou son identité. Ce sont ses choix », clame-t-elle. Pour ces parents, être des alliés aux côtés de leur enfant était une évidence.
(*) Les prénoms dans cet article ont été modifiés.


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