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Quand Evelyne (*) raconte son histoire avec François (*), les cicatrices qu’il a laissées sont encore bien visibles. Elle fait sa rencontre en mai 2023, par le biais d’amis en commun. À cette période, lui est revenu habiter chez sa mère, dans les Vosges, après la séparation avec sa femme, qui est restée en Alsace avec ses trois filles. Evelyne, séparée également, vit avec ses deux filles dans son appartement. Très vite, à peine un mois après le début de leur relation, François s’infiltre dans la vie d’Evelyne. « Il a rapidement pris possession de mon appartement pour s’y installer progressivement. Chaque jour, il ramenait quelques affaires chez moi », se souvient la quadragénaire.
Peinée par sa situation, elle va l’aider financièrement, logistiquement et moralement. Elle prend en charge les frais de la vie quotidienne : loyer, factures, internet, courses. Elle l’aide à rédiger son CV et ses lettres de motivation pour retrouver un emploi, refaire son permis de conduire et sa carte d’identité. « J’accueillais aussi chez moi ses trois filles adolescentes chaque week-end et une semaine à chaque période de vacances scolaires, à mes frais. Il ne m’a jamais aidé à payer les frais, seulement quelques courses de 30 euros de temps en temps », témoigne-t-elle. Loin d’être suffisant pour ces nombreuses bouches à nourrir.
Un crédit pour combler les dépenses
Une situation pesante, d’autant qu’à cette période, Evelyne est en plein burn-out et envisage de quitter son travail. Le moral n’est pas au beau fixe. Une vulnérabilité dont François va allègrement profiter. « J’étais moins lucide que d’habitude… Lorsque qu’il touchait son salaire, il avait toujours un prétexte pour ne pas participer aux frais de la vie quotidienne : il avait retiré son argent et il se l’était fait voler dans la même journée, il avait des prélèvements sur son compte non prévus… Plus c’est gros, plus ça passe », se désole-t-elle avec le recul. « En réalité, son salaire n‘était que son argent de poche, il faisait une multitude d’achats inutiles sur Amazon, et c’est pour cette raison qu’il n’avait jamais d’argent à investir dans la vie quotidienne ».
Elle a fini par devoir souscrire un prêt à la consommation pour compenser toutes ces dépenses. « Je me suis acheté une voiture car la mienne commençait à avoir des problèmes, tout en gardant la précédente pour la mener jusqu’au bout. Il a fini par s’approprier mon nouveau véhicule pour aller travailler, si bien qu’à notre séparation, il n’a jamais voulu me la rendre ni me payer de reconnaissance de dettes », retrace-t-elle. Car le couple se sépare un an après leur rencontre, en mai 2024. Mais François n’accepte pas cette séparation et revient à la charge. Ils finissent par se remettre ensemble, mais ne vivent plus sous le même toit. François prend un appartement de son côté. Très vite, les problèmes d’argent refont surface et Evelyne se retrouve à devoir payer le loyer de son conjoint sous peine d’expulsion.
Chantage, menace, violence
En sortant progressivement de son burn-out grâce à une formation professionnelle, elle commence à comprendre l’ampleur des dangers de sa relation avec cet homme. Un événement va tout faire basculer : le jour où elle se rend compte qu’il a volé et utilisé sa carte bancaire… pour s’acheter des radiateurs sur internet. « Nous étions le 12 du mois et son salaire était versé le 10. Deux jours plus tard, après avoir cogité à ce sujet, j’ai osé lui poser la question et lui ai demandé de me montrer ses comptes. C’était la première fois en un an et demi de relation. C’est là qu’il s’est énervé et est parti… », retrace-t-elle.
Pourtant, la relation ne s’est pas arrêtée là. Six mois après cette séparation définitive, il n’a cessé de tenter de revenir vers elle. « Il m’a menacée, m’a fait des chantages à la violence, au suicide. Il a piraté ma boîte mail, mon Facebook, ma box internet. Il a menacé de venir s’encastrer dans mon balcon avec ma voiture, il a tenté de me renverser avec elle. Il m’a fait vivre un enfer », énumère-t-elle.
Partir pour se protéger
À bout et se sentant en danger, elle prend la décision, en janvier 2025, de déménager à une heure de son domicile pour mettre ses filles et elle-même en sécurité. Deux mois plus tard, après avoir réalisé l’ampleur de l’emprise, elle décide de porter plainte contre François pour violences conjugales physiques et verbales, vol et abus de faiblesse. Elle a eu le réflexe d’enregistrer l’une de leurs disputes, lorsqu’il a été violent mentalement et physiquement avec elle. Une preuve qui sera précieuse. Lors du jugement, rendu le 2 avril dernier, les faits de violences conjugales ont été retenus et il a été condamné à verser 500 euros à Evelyne ainsi qu’à chacune de ses deux filles. François est un récidiviste : en septembre 2024, il avait déjà été condamné à de la prison avec sursis concernant son ex-conjointe, qu’il avait menacée avec un couteau.
Une somme bien loin de couvrir les sommes qu’Evelyne a dépensées pour lui mais aussi pour déménager loin de lui. Plus d’un an après cette histoire, la quadragénaire est encore sonnée. « Cet homme s’est reconstruit sur mon dos, sur mon énergie et sur mon argent. Je ne sais pas comment j’ai pu tomber dans son piège, je suis quelqu’un qui a pourtant la tête sur les épaules et qui a du caractère, mais c’est très sournois. On finit par céder, c’est de la fatigue mentale, de la manipulation » , observe-t-elle. « Je ne me suis pas de suite considérée comme une victime, c’est venu plus tard ».
Aujourd’hui, elle tente de se reconstruire loin de son ancienne vie. « J’ai quitté à regret ma commune, je suis partie loin de ma mère qui a pourtant besoin de moi régulièrement. Ça reste un traumatisme à vie, que ce soit pour moi ou pour mes filles aussi, parce qu’elles ont quand même assisté à chaque fois à tout ça. Elles ont dû changer d’établissement scolaire, laisser leurs copines », regrette la mère de famille. De son côté, elle a repris un travail et mis de côté son projet de création d’entreprise pour se sortir du surendettement après cette douloureuse période. « On s’est isolées depuis. C’est dur de refaire confiance », soupire-t-elle.
(*) Les prénoms ont été modifiés.


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