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Série : Arnaqueurs en ligne, ça peut vous arriver [2/3] - Faux profils promettant une histoire d’amour, usurpation d’identité, promesse d’investissement ou arnaques bien ficelées… Les escroqueries en ligne se multiplient et font chaque année de nombreuses victimes. Alexis pensait entretenir une relation avec une femme mais a perdu de l’argent, sans jamais la rencontrer.
Audrey Vermorel - Hier à 07:05 | mis à jour hier à 07:07 - Temps de lecture :
Lorsqu’Alexis nous raconte son histoire, récemment terminée, il est encore marqué psychologiquement. Ce Toulousain de 47 ans, à l’aise avec les réseaux sociaux est, semble-t-il, tombé dans le piège d’un brouteur. Il y a un peu plus d’un an, en mai 2025, il tombe sur le profil de Karine, au physique avantageux et à la plastique parfaite, qui lui assure avoir 23 ans et être étudiante à Bordeaux. Ils échangent de plus en plus régulièrement et commencent à nouer une relation virtuelle. À cette période, Alexis traverse un moment douloureux : il a perdu son père quelque temps auparavant et se sent vulnérable. Il trouve chez cette jeune femme une oreille attentive. « Je me suis beaucoup confié à elle à ce moment-là. Dans ma tête, je me suis vite projeté avec elle, même si c’était essentiellement virtuel », raconte-t-il. Les discussions deviennent plus intimes et des surnoms tendres sont utilisés entre les deux : « mon cœur », « mon ange », « mon homme ». Le Toulousain reçoit l’attention qu’il attend.
Puis, cette Karine lui propose de passer sur d’autres plateformes pour échanger, d’abord WhatsApp et Telegram, une application de messagerie sécurisée, puis des plateformes comme Dropp ou Uncove, qui permettent à des créateurs de contenus ou influenceurs de partager des photos, vidéos ou éléments exclusifs avec leurs fans de façon payante. C’est là que l’engrenage commence.
Karine lui propose régulièrement des photos et vidéos osées pour des sommes allant de 40 à 400 euros. Trois photos d’elle dans son bain pour 69 euros, deux fichiers pour lui souhaiter « bonne nuit » à 186 euros, des vidéos pour 390 euros, etc. Alexis accepte et maintient ainsi leur lien virtuel. « Pour moi, j’étais en relation avec elle. Dans le passé, j’ai déjà rencontré d’anciennes compagnes sur internet, que j’avais fini par voir en vrai, rencontrer quelqu’un virtuellement ne m’effrayait pas », témoigne-t-il.
Aussi, au bout de plusieurs mois, Alexis propose à Karine une rencontre dans la vraie vie. Le rendez-vous est pris pour le 30 avril dernier. Il se rend en voiture jusqu’à Bordeaux, à environ trois heures de route. La jeune femme ne lui a pas donné de point de rendez-vous. Lorsqu’il arrive sur place, elle lui demande d’abord d’acheter ses photos et ses vidéos, qu’elle facture une centaine d’euros, lui promettant de le rejoindre après. Alexis, si proche du but, s’exécute. Mais il ne rencontrera jamais Karine et comprend qu’il est tombé dans un piège. « Avant de repartir à Toulouse, j’ai appelé la police pour leur expliquer l’arnaque aux sentiments dans laquelle je suis tombé. Ils m’ont conseillé de rentrer chez moi et de ne plus communiquer avec elle, de ne pas me mettre en danger » et éviter de se faire davantage dépouiller.
« J’avais envie d’y croire »
Après cette mésaventure, Karine va bloquer Alexis, sauf sur les plateformes d’échanges de photos et vidéos. Il rentre alors en contact avec les « amies » de la jeune femme, pour démêler le vrai du faux, mais n’obtiendra pas de réponse. « Elle me disait encore qu’elle pensait à moi, ses amies aussi avaient entendu parler de moi. Je pensais pouvoir recoller les morceaux. J’avais envie d’y croire, même si un doute persistait après notre rencontre ratée. » Quelques semaines plus tard, il réalise enfin qu’il n’obtiendra rien de plus de cette relation.
Avec du recul, il s’interroge : qui est réellement derrière ce profil ? Est-ce Karine ? Est-ce quelqu’un dont l’identité a été usurpée ? Est-ce une actrice pornographique ? Est-ce une intelligence artificielle ? Difficile à dire, car même si certains contenus semblent avoir été générés artificiellement, « les photos et les vidéos qu’elle m’envoyait, parfois avec plusieurs personnes, pouvaient sembler réels », assure-t-il.
Un traumatisme psychologique
Au total, Alexis a dépensé environ 4 000 euros dans l’achat de ces contenus vendus par ce compte. Mais, au-delà de l’aspect financier, il a surtout été marqué psychologiquement par ces techniques de manipulation. Il veut aujourd’hui dénoncer ces pratiques et signaler le profil de la femme dont il a été victime, ainsi que les profils similaires. « J’ai été arnaqué à plusieurs titres, financier mais surtout psychologiquement et sentimentalement. C’est de la violence psychologique. Depuis cette escroquerie, je ressens un sentiment de danger presque permanent. Cela se manifeste parfois de façon somatique » , reconnaît-il. « Je souffre de la solitude, que je comble beaucoup avec les discussions en ligne, mais c’est une erreur car c’est souvent dangereux. » Il a porté plainte pour escroquerie sentimentale, mais n’a pour l’instant eu aucun retour des autorités, qui croulent sous ce genre de dossiers. « J’espère que cette personne, si elle est réelle, sera tenue comme responsable. C’est la priorité », avance-t-il.
Alexis aimerait aller plus loin et milite pour la fermeture de ces plateformes sur lesquelles des personnes peuvent vendre des contenus, comme le fait Karine. « Ce sont des maisons closes virtuelles, de la prostitution numérique. Il faut que cela cesse », clame-t-il. Depuis cette mésaventure, il tente de reprendre sa vie et de se remettre pleinement dans ses projets, notamment une formation professionnelle en intelligence artificielle, tout en alertant le public sur les profils comme celui de Karine.


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