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Tous les matins, à 9 heures, c’est un rendez-vous qu’attend avec impatience et appréhension le monde de la télévision : les audiences de la veille, rythmant quotidiennement la vie des chaînes télévisées. Ces chiffres, capables de faire et de défaire les grilles des programmes - et les carrières - sont donnés tous les jours par Médiamétrie. L’institut d’études, créé en 1985 et basé à côté de Paris, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et ses 700 collaborateurs travaillent toute l’année pour mesurer l’audience de la télévision, de la radio et d’internet sur tous les écrans auprès des foyers volontaires, recrutés et équipés d’un téléviseur ou d’appareils électroniques.
Pour fournir à ses clients des chiffres d’audience TV les plus précis possibles (le “Médiamat”), Médiamétrie n’a cessé d’adapter ses outils à nos habitudes de consommation. « On a assisté à la délinéarisation et à la digitalisation du média. Aujourd’hui, la télévision se regarde sur différents supports et plus seulement sur la télévision traditionnelle et à la demande », explique Laurence Deléchapt, directrice TV & Cross Médias chez Médiamétrie.
Des panélistes indispensables
L’institut s’appuie sur les analyses des habitudes de consommation de deux panels de Français. Le premier est constitué de 5 500 foyers (*) représentant 12 000 individus âgés de quatre ans et plus. Chez les participants, un audimètre prenant la forme d’un petit boîtier est installé sur tous les téléviseurs. « Chaque individu doit alors s’identifier grâce à une télécommande reliée pour déclarer sa présence devant le poste de télévision, et signaler s’il s’éloigne, même pour une pause de cinq minutes. Il faut également déclarer les invités », détaille Jérôme Méric, directeur des systèmes de mesure. Une contrainte dont s’accommodent rapidement les panélistes. « Ils sont souvent très fiers, se sentent investis d’une mission et ont tous envie de très bien faire », ajoute Laurence Deléchapt. Cette étape indispensable permet de savoir qui regarde la télévision et à quelle heure.
Pour connaître le programme visionné, Médiamétrie s’appuie sur la technologie du “watermarking”. « C’est une sorte de tatouage numérique inséré dans le flux audio de chaque chaîne, une marque audio inaudible pour l’oreille humaine, qui permet à l’audimètre de reconnaître le programme », développe Jérôme Méric.
Le second panel, composé de 5 000 individus âgés de 15 ans et plus, doit porter une montre connectée, capable, toujours grâce au “watermarking”, de mesurer les audiences sur tous types d’écrans (télévision, ordinateur, tablette, smartphone), à domicile et hors domicile grâce à des bornes de localisation. Il est donc possible de détecter un programme regardé depuis le fond de son lit sur son smartphone ou dans un bar. Ces panélistes, essentiels dans le maillon des audiences TV, sont sélectionnés « de façon aléatoire dans la population française, pour qu’on ait un panel qui soit le plus représentatif possible ». « C’est important d’avoir une population qui n’a pas de biais de comportement. L’identité du panéliste est d’ailleurs ultraconfidentielle », poursuit Laurence Deléchapt.
L’audience et les ventes publicitaires
Toutes les nuits, de 3 à 5 heures environ, les collectes de données remontent, sont décortiquées et analysées. Au petit matin, de 5 à 7 heures environ, des petites mains sont en charge de la vérification des chiffres. Un vrai travail de fourmi, fourni grâce à toutes les chaînes de travail de l’institut d’études. « À la moindre incohérence, les calculs sont refaits. Lorsque les panélistes ne jouent pas le jeu, on le voit assez rapidement, parce que nous avons une batterie de contrôles quotidiens. Au moindre doute, on écarte les résultats du panéliste » en question, poursuit Jérôme Méric.
Après ces savants calculs, les chiffres d’audiences sont alors envoyés aux chaînes ainsi qu’aux régies publicitaires et annonceurs à 9 heures. Médiamétrie donne également les chiffres d’audiences plusieurs jours après la diffusion d’un programme (J+7, J+28), précieux pour les chaînes, puisqu’aujourd’hui, le replay représente une part très importante des audiences de certains programmes, notamment dans le divertissement et les séries.
Tous les jours, des collaborateurs sont chargés de vérifier les calculs relevés à partir des données des panélistes. Photo EBRA /A.V.
Si ces chiffres sont si attendus chaque matin, c’est parce qu’ils servent de boussole pour construire les grilles des programmes télévisés. Il n’est pas rare de voir une émission soudainement déprogrammée, faute d’audience. Ils jouent aussi dans les négociations pour les contrats publicitaires. « C’est l’audience qui va frapper la monnaie publicitaire, qui va définir le prix d’un espace publicitaire. Il faut qu’on ait un consensus autour des mesures et qu’elles soient totalement transparentes », souligne Laurence Deléchapt.
Un marché plus fragmenté
Pour être le plus juste possible, Médiamétrie n’a de cesse d’adapter ses méthodes de mesure aux comportements des Français, aux nouvelles formes de visionnage de plus en plus fragmentées et aux multiples canaux de diffusion, dans un marché de plus en plus poreux. Les acteurs historiques de la télévision ont lancé leur propre plateforme de streaming et des accords ont été scellés entre Amazon et France Télévisions ou Netflix et TF1. Dans les prochains mois, l’institut d’études sera capable de fournir les audiences des plateformes de streaming comme Netflix, Prime Video, Disney+ et YouTube grâce à un boîtier branché sur la box internet du panéliste, capable de passer au crible la navigation internet et reconnaître les noms de domaine de ces plateformes. Ensuite, grâce à un système de reconnaissance sonore, semblable à l’application Shazam pour reconnaître les titres de musique, l’outil pourra détecter le programme visionné.
« Notre ambition globale, c’est vraiment de pouvoir mesurer l’audience de tous les acteurs, de la télé et de la vidéo, sur des indicateurs qui soient les mêmes, pour être le plus équitable possible et pouvoir les comparer », précise Cyril Joseph, responsable du marketing transverse chez Médiamétrie. Dans un monde où la télévision se regarde aussi sur Snapchat ou TikTok, l’étude des comportements des consommateurs n’a pas fini d’évoluer.
Et à la radio ?
Médiamétrie calcule également l’audience des radios, qu’elle publie quatre fois par ans, tous les trois mois. Ici, pas de boîtier mais des milliers d’interviews téléphoniques pour auprès de tous les Français de 13 ans et plus, dans toutes les zones géographiques et toutes catégories socio-professionnelles confondues. Le sondé doit décrire ses pratiques radiophoniques des derniers jours : la donner le nom de la radio qu’il a écouté, l’heure d’écoute et la durée. Grâce à ces informations récoltées, Médiamétrie est capable de calculer l’audience moyenne des stations de radio quart d’heure par quart d’heure.
(*) 5 000 foyers équipés d’une télévision et 500 foyers non équipés d’une télévision à domicile.


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