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« Américanisation des soins », « biais américain », « réponses à la sauce américaine ». Ils n’utilisent pas tous les mêmes termes, mais les médecins consultés par Le Devoir s’entendent sur la nature du problème : les modèles d’IA comme OpenEvidence, de plus en plus utilisés par les cliniciens du Québec, ne sont pas adaptés à la réalité du système de santé de la province.
« Les outils comme OpenEvidence vont mettre de côté par exemple des lignes directrices de l’INESSS, du Collège des médecins, des protocoles de soins québécois. Ils ne seront même pas considérés, explique Mathieu Pelletier, médecin de famille dans Lanaudière. C’est le principal aspect limitant de ces outils-là. »
La gestion du cholestérol, le traitement de l’hypertension, la disponibilité des traitements, la résistance à certains antibiotiques : plusieurs aspects distinguent toutefois la médecine québécoise de sa contrepartie américaine, affirment les experts.
Le docteur Benoît Desjardins, radiologiste au CHUM ayant pratiqué aux États-Unis pendant plusieurs années, souligne également une différence dans la philosophie des traitements. « Souvent aux États-Unis, quand ils ont des situations compliquées avec des patients, ils font ce qu’on appelle des million-dollar workups [“bilans de santé à un million de dollars”]. Autrement dit, ils font un paquet d’examens et puis ils obtiennent un paquet d’informations. » Cette approche est bien différente de celle de la médecine québécoise, qui évolue majoritairement dans un réseau public où l’on tente de limiter les coûts des traitements, explique le Dr Desjardins.
À la recherche de solutions locales
Cette dissonance entre les modèles comme OpenEvidence et la réalité des médecins québécois a amené des entrepreneurs locaux comme Michaël St-Gelais, médecin de famille et cofondateur de l’entreprise IA Medica, à développer des solutions locales. Avec son collègue Antoine Mercier-Linteau, il a d’abord cocréé, en 2017, l’encyclopédie numérique Wikimedica, constituée originellement des résumés des cours qu’ils suivaient à l’Université Laval.
Depuis, la plateforme a mué en un véritable dictionnaire scientifique doté d’un protocole rigoureux de révision par les pairs. À partir de 2023, les deux médecins ont été interpellés par l’émergence des modèles d’IA destinés aux professionnels de la santé. « On s’est dit : “pourquoi on ne le ferait pas nous-mêmes ?” » se souvient le Dr St-Gelais. C’est de là qu’est né IA Medica, leur propre modèle d’agent conversationnel connecté à Wikimedica.
Ce qui le distingue d’OpenEvidence ? « Tout simplement qu’on insère des ressources locales en priorité », répond le médecin. Et il souhaite aller encore plus loin : « Ce qu’on aimerait faire aussi à terme, c’est d’avoir des utilisateurs ultra-locaux, indique-t-il. Par exemple, tu découvres un cancer chez ton patient. Tu es à Drummondville. C’est quoi la meilleure façon de faire entrer ton patient dans le système [de santé] pour répondre à son besoin ? Tu as la réponse dans IA Medica : envoie-le à tel endroit, par telle trajectoire de soins », expose le médecin de famille. Ce dernier ne cache pas son ambition d’intégrer son modèle aux outils numériques des établissements de santé québécois.
La volonté du Dr St-Gelais d’aider les professionnels locaux rejoint celle de Boris Djoukam Mbuko, étudiant en médecine et cofondateur de la plateforme Pharmia, qui propose un modèle d’IA visant à répondre aux questions des pharmaciens. « Je voyais, quand je travaillais en pharmacie, qu’il y avait quand même une grosse charge de travail sur les pharmaciens. J’ai voulu trouver des solutions pour voir comment on pourrait améliorer ça », raconte-t-il. Lancé en mars 2026, son modèle compte désormais 350 utilisateurs réguliers.
Le but des deux entreprises : améliorer la qualité des soins offerts aux Québécois. « Si on est capables de donner la meilleure information possible au clinicien, il va être capable de l’appliquer au bénéfice de ses patients », estime Michaël St-Gelais. « On pense que le transfert de connaissances de la science vers la pratique, on peut le faciliter. C’est ça, notre mission », conclut-il.


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