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Les milliardaires de la Silicon Valley vont-ils devoir passer à la caisse ? Le 3 novembre prochain, le même jour que les midterms, les Californiens devront se prononcer sur la proposition 40, un projet de taxe unique de 5 % sur le patrimoine des résidents dont la fortune dépasse le milliard de dollars. Une idée inspirée par l'économiste français Gabriel Zucman et sa proposition de taxe sur les grandes fortunes.
Mais à quelques jours du scrutin, le projet divise les grandes fortunes américaines. Certains patrons de la tech se disent prêts à payer plus d'impôts. D'autres dépensent des millions pour faire échouer le texte. Tour d'horizon des personnalités qui alimentent le débat.
Ils sont favorables à la taxe
Jensen Huang (Nvidia)
Le patron de Nvidia ne semble pas particulièrement inquiet à l'idée de voir sa fortune, évaluée actuellement à 183 milliards de dollars, taxée. Interrogé par CBS, Jensen Huang a affiché une position plutôt décontractée. "Cela ne me dérange pas de payer des impôts. Plus on gagne, plus on paie. Ça me va".
Et lorsqu'il a été question d'une facture fiscale susceptible d'atteindre près de 10 milliards de dollars, le dirigeant a même évoqué le "privilège" de pouvoir payer une telle somme.
Jensen Huang, patron de Nvidia. Tom Steyer (Farallon Capital)
L'investisseur américain Tom Steyer a, lui aussi, choisi son camp. Ancien candidat aux primaires démocrates pour la présidentielle de 2020, le milliardaire a fait fortune avec Farallon Capital, le fonds d'investissement qu'il a fondé à San Francisco et qui a fini par gérer quelque 36 milliards de dollars.
En Californie, le débat sur la "taxe sur les milliardaires" fait ragePour lui, la question dépasse largement la Californie. "C'est un pays démocratique dans lequel ces personnes et ces entreprises ont bénéficié d'un système pour lequel les travailleurs se sont sacrifiés pendant des centaines d'années", a-t-il défendu lors d'un événement à San Francisco, selon le San Francisco Chronicle. Tom Steyer préférerait une réforme nationale de la fiscalité des grandes fortunes, mais estime que les imperfections du texte ne justifient pas de le rejeter.
Le milliardaire et philanthrope Tom Steyer. ©AFPTim Disney (famille Disney)
Autre soutien, Tim Disney, petit-neveu du célèbre Walt. L'entrepreneur et producteur figure parmi les plus de 40 multimillionnaires californiens ayant signé, le 20 octobre dernier, une lettre ouverte en faveur du projet de loi. "La proposition 40 est une question de dignité, de décence et d'équité", a-t-il déclaré dans un communiqué de l'organisation Patriotic Millionaires. Selon lui, cet impôt permettrait notamment d'éviter que des millions de Californiens perdent leur couverture médicale à la suite des coupes budgétaires fédérales.
Ils combattent la taxe ou cherchent à s'en prémunir
Mark Zuckerberg (Meta)
Le patron de Facebook et d'Instagram a pris la menace très au sérieux. Selon un document publié par Meta à la SEC, Mark Zuckerberg a envisagé de quitter la Californie pour échapper à une facture fiscale qui pourrait dépasser les 11 milliards de dollars.
700 000 protestataires et un aveu de Mark Zuckerberg : "On s'est vraiment plantés"Une perspective qui a déclenché plusieurs mois de discussions au sein du groupe. Meta a finalement trouvé une solution : créer une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote, que Mark Zuckerberg pourra vendre pour financer un éventuel impôt sans perdre le contrôle de son entreprise. En contrepartie, le milliardaire s'est engagé à rester en Californie pendant huit ans, sauf circonstances exceptionnelles.
Sergey Brin (Google)
Le cofondateur de Google n'a pas besoin de multiplier les déclarations pour afficher son opposition. Il a déjà engagé quelque 102 millions de dollars dans des campagnes destinées à combattre la proposition 40 ou à soutenir des textes concurrents susceptibles de l'empêcher de s'appliquer. Selon le Los Angeles Times, il représente à lui seul plus du tiers des contributions des milliardaires recensées contre cette taxation.
Sergey Brin en compagne de Donald Trump. ©Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.C'est une somme, mais qui représente finalement moins de 1 % de la facture fiscale estimée que pourrait devoir régler le milliardaire si le texte était adopté.
Peter Thiel (Paypal, Palantir)
Dès les premières rumeurs de l'existence de cette proposition fin 2025, le cofondateur de PayPal et Palantir a versé 3 millions de dollars au California Business Roundtable, un puissant groupe de lobbying engagé contre la taxe. Deux jours plus tard, son fonds d'investissement Thiel Capital annonçait l'ouverture d'un bureau à Miami, en Floride. Un État qui ne prélève pas d'impôt sur le revenu.
Il faut dire que si la taxe est adoptée, celle-ci s'appliquera rétroactivement aux milliardaires qui résidaient en Californie au 1er janvier 2026. Selon The Guardian, la facture de Peter Thiel pourrait donc atteindre 1,3 milliard de dollars.
Palantir, cette "boîte noire numérique au service de la répression" que Theo Franken trouve "fascinante"Mais le milliardaire n'a pas complètement tourné le dos à l'État. En juillet dernier, il y a même acheté une propriété à Bel-Air pour 130 millions de dollars, selon le Los Angeles Times.
D'autres grandes fortunes sont également montées au créneau
À y regarder de plus près, les grands noms du monde des affaires favorables à la taxe ne se bousculent pas au portillon. Quelques entrepreneurs ont tout de même affiché leur soutien, à l'image de George Zimmer, fondateur de la chaîne de vêtements Men's Wearhouse, qui a également signé la lettre ouverte avec Tim Disney.
Dans le camp opposé par contre, les personnalités sont bien plus nombreuses. Larry Page, l'autre cofondateur de Google, a déjà pris des dispositions pour s'éloigner de la Californie. Eric Schmidt, ancien patron de Google, a aussi engagé plusieurs dizaines de millions de dollars dans des campagnes visant à contrer la taxe. Quant à Mark Cuban, célèbre investisseur américain et ancien visage de l'émission Shark Tank, il a estimé que seuls des fondateurs de start-up "idiots" resteraient en Californie si le texte était adopté.
Mark Cuban, ici avec Donald Trump, est notamment connu pour avoir participé à 16 des 18 saisons de l'émission "Shark Tank". ©Copyright (c) 2026 Rawpixel.com/Shutterstock. No use without permission.Comme à son habitude, Elon Musk s'est aussi invité dans le débat. Le milliardaire a quitté la Californie pour le Texas dès 2021, avant d'y transférer les sièges de Tesla et SpaceX. Mais il n'a pas totalement coupé les ponts avec l'État, où il affirme passer encore 30 % de son temps et payer des impôts. Sur X, le 16 janvier dernier, il a mis en garde contre la proposition 40. "Ils finiront par appliquer l'impôt sur la fortune à tout le monde", a-t-il prévenu. Pour justifier ses craintes, il établit un parallèle avec l'impôt sur le revenu américain, initialement destiné, selon lui, aux 1 % les plus riches pour financer la Première Guerre mondiale. Son inquiétude ? Que cette taxe, aujourd'hui réservée aux milliardaires, finisse par toucher l'ensemble des contribuables. Reste donc à voir si les citoyens californiens seront sensibles à cet argument le 3 novembre prochain.
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