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Tarifs : des entreprises ébranlées, mais un effet global moins important que prévu

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Un an après l'entrée en poste de l'administration américaine de Donald Trump, et après plusieurs mois de la guerre tarifaire lancée par ce dernier, le Canada connaît une baisse générale de ses exportations, mais il a évité la récession initialement redoutée.

De nombreuses entreprises s'adaptent tant bien que mal aux tarifs douaniers qui ont été imposés dans certains secteurs, comme Cyrell Amp, qui fabrique des panneaux architecturaux en acier et en aluminium.

Les produits de l'entreprise de Belœil sont visés par des droits de douane de 50 % qui ont été imposés par les États-Unis, où elle écoule environ le tiers de sa production.

On essaye de ne pas entrer dans le jeu américain. On n'assume pas les tarifs douaniers.

C'est soit le client qui va en absorber la majorité, ou les gens décident de ne pas faire affaire avec nous, poursuit-elle.

Le fabricant a donc vu ses ventes reculer de 30 % au sud de la frontière l'année dernière, ce qui a provoqué une baisse de revenus de 2 millions de dollars.

Pour demeurer rentable, il a dû mettre à pied 20 de ses 85 travailleurs. Afin de renouer avec la croissance, Cyrell Amp mise sur le marché canadien.

L'économie américaine, puis tous les clients qu'il y a là-bas, ça va être difficile de venir compenser ça. Donc, c'est pour ça qu'on veut développer à travers le Canada, dit Amélie Poirier-Borduas.

Amélie Poirier-Borduas, debout dans l'usine, les bras croisés.

La vice-présidente développement stratégique et marketing de Cyrell Amp, Amélie Poirier-Borduas

Photo : Radio-Canada / Aude Garachon

L'économie canadienne tient bon

Alors qu'on croyait que Washington imposerait des tarifs sur l'ensemble des marchandises canadiennes, de 85 % à 90 % des biens exportés aux États-Unis en sont finalement exemptés.

Globalement, l'impact est quand même moins prononcé qu'on aurait pu le penser au tout début, dit Benoit Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins.

Malgré un contexte défavorable, l'économie canadienne a crû de 1,5 % pendant les neuf premiers mois de 2025.

Le pays a néanmoins connu une baisse de ses exportations vers les États-Unis, de loin son principal partenaire commercial, ce qui a entraîné une baisse globale de ses exportations en biens et services de plus de 4,4 %, de janvier 2024 à septembre 2025.

Graphique en courbe montrant l'évolution des exportations de biens et services du Canada du 1er trimestre de 2024 au 3e trimestre de 2025.

Le Canada a connu une baisse de ses exportations vers les États-Unis qui a contribué à une baisse globale de ses exportations de biens et services.

Photo : Radio-Canada / Statistique Canada

Les entreprises américaines ont fait le plein de biens canadiens et québécois avant l'introduction des tarifs. Puis, ça a été le retour du balancier avec une très très forte chute des exportations, explique Benoit Durocher.

Même si on a arrêté de perdre du terrain, on a quand même un gros manque à gagner en raison de ce choc-là. Ça va prendre des trimestres, voire des années à récupérer.

Benoit Durocher, debout dans un bureau, les bras croisés.

L'économiste principal du Mouvement Desjardins, Benoit Durocher, estime que les impacts des tarifs douaniers sur le Canada sont somme toute moins importants qu'initialement anticipés.

Photo : Radio-Canada / Aude Garachon

L'économiste craint également que la situation de certaines entreprises ne se détériore si les droits de douane demeurent en place à long terme. Plus on va avancer dans le temps, plus ça va être difficile de jongler avec certaines échappatoires, dit-il.

Alors que le milieu des affaires souhaite la signature d'un nouvel accord de libre-échange pour mettre fin à l'incertitude, le président Trump a déclaré la semaine dernière que les États-Unis ne voyaient aucun avantage à négocier une nouvelle entente commerciale avec le Canada et le Mexique.

Un employé de Cyrell Amp effectue une opération sur un panneau en aluminium.

Afin de renouer avec la croissance, CyrellAmp mise sur le marché canadien.

Photo : Radio-Canada / Olivier Bachand

Impacts sur les secteurs frappés par les tarifs

Si l'économie canadienne se tire relativement bien d'affaire jusqu'à présent, les répercussions dans les secteurs touchés par les tarifs douaniers américains sont importantes.

Acier

Dans le secteur de l'acier primaire, le Canada exporte la moitié de sa production aux États-Unis, et les tarifs douaniers de 50 % ont provoqué une importante baisse des exportations.

Les volumes envoyés chez nos voisins américains ont chuté de 40 % pendant les neuf premiers mois de 2025, comparativement à l'année précédente. Les ventes ont reculé de 2,4 milliards de dollars et 1000 emplois ont été perdus.

Évidemment, c'est un coup dur pour notre industrie. Ce qui est clair, c'est qu'on doit davantage se concentrer sur le marché canadien, indique le vice-président, Commerce et Affaires industrielles, de l'Association canadienne des producteurs d'acier, François Desmarais.

L'industrie se montre satisfaite des mesures adoptées par le gouvernement fédéral pour limiter le dumping et l'arrivée d'acier en provenance de l'étranger.

Ces mesures-là, prises dans leur ensemble, ont libéré beaucoup d'espace dans notre marché pour que nos producteurs puissent davantage vendre au Canada.

Un travailleur dans une usine.

Un millier de travailleurs d'Algoma Steel, à Sault-Sainte-Marie, en Ontario, seront mis à pied au cours des prochains mois. L'aciérie a décidé de devancer des travaux de modernisation déjà prévus en raison des tarifs imposés par les États-Unis. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Aluminium

Aussi frappées par des tarifs de 50 %, les exportations d'aluminium vers les États-Unis ont chuté de 25 % l'an dernier, ce qui a entraîné une baisse des ventes de plus de 2 milliards de dollars.

Même si l'industrie a réussi à quadrupler ses exportations vers l'Europe, globalement, c'est un milliard de moins qui est entré dans ses coffres en 2025, un manque à gagner de 10 %.

Il n'y a eu aucun impact sur les emplois, on a maintenu les quarts de travail, il n'y a pas eu de mises à pied, de menaces de mises à pied ou quoi que ce soit, indique le président et chef de la direction de l'Association de l'aluminium du Canada, Jean Simard.

Jean Simard, dans un bureau.

Le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, craint que les prix élevés de l'aluminium, gonflés par les tarifs aux États-Unis, poussent certaines entreprises à opter pour d'autres métaux.

Photo : Radio-Canada / Aude Garachon

Depuis la fin de l'automne, les Américains ont terminé d'écouler l'aluminium qu'ils avaient stocké avant l'imposition des tarifs. Ils doivent donc recommencer à importer le métal, dont le prix a fortement grimpé sur les marchés.

C'est un signal qui est suffisant pour reprendre les exportations de façon progressive, de les ramener où elles étaient auparavant vers le marché américain. C'est revenu à la normale, mais ça ne peut pas durer, les prix sont trop élevés, explique M. Simard.

À plus de 4400 $ la tonne avec une surtaxe de 50 % à payer, Jean Simard craint que des entreprises américaines ne délaissent l'aluminium au profit d'autres matériaux. On ne peut pas refiler la facture éternellement au consommateur, dit-il.

Des rouleaux d'aluminium dans une usine.

Selon les estimations préliminaires de l'Association canadienne de l'aluminium, les exportations vers les États-Unis ont chuté de 25 % en 2025, comparativement à l'année précédente. (Photo d'archives)

Photo : iStock

Automobile

Malgré des tarifs douaniers de 25 %, le secteur automobile canadien s'en tire sans trop d'égratignures pour le moment.

Selon une analyse de la RBC, la fabrication de véhicules s'est repliée de 4 % au pays pendant les trois premiers trimestres de 2025 comparativement à l'année précédente.

L'emploi a fléchi de 1 % dans l'assemblage et de 5 % dans la fabrication de pièces.

De nouvelles pertes d'emploi sont toutefois à prévoir. General Motors doit mettre à pied 750 employés à son usine d'Oshawa, en Ontario, à la fin du mois. Au total, plus de 2000 travailleurs seront touchés en raison de l'impact chez les fournisseurs.

Un homme et une femme travaillent dans une usine d'assemblage du groupe Fiat Chrysler Automobiles à Windsor, en Ontario.

L’industrie canadienne de l'automobile a connu de nombreuses vagues de mises à pied en 2025, notamment en raison des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Jerry S. Mendoza

Bois d'œuvre

L'industrie forestière a connu une année très difficile, notamment en raison des effets des droits de douane et compensateurs, qui atteignent 45 %.

Une situation qui a provoqué des mises à pied et la fermeture temporaire de certaines scieries.

De la première à la deuxième moitié de 2025, les exportations vers les États-Unis ont chuté de 33 % au Québec, et de 25 % dans l'ensemble du pays, selon le Conseil de l'industrie forestière du Québec.

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