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Énergie Nouveau-Brunswick reconnaît ne pas inclure l’abordabilité dans ses études qui mènent à une demande d’augmentation de tarifs d’électricité. Sinon, uniquement en tant qu’élément secondaire.
La Commission de l’énergie et des services publics tient depuis lundi au palais des congrès de Fredericton des audiences sur la plus récente demande d'augmentation de tarifs de la société de la Couronne, à hauteur de 4,75 %. La commission est chargée de trancher.

Randy Hadfield, du Human Development Council.
Photo : Commission de l'énergie et des services publics
Randy Hadfield, du Human Development Council, a été le premier à pouvoir poser ses questions aux dirigeants d’Énergie NB dans le cadre des audiences.
Son organisme a publié ces dernières semaines un nouveau rapport sur la pauvreté énergétique au Nouveau-Brunswick, décrivant le fardeau que représente la facture d'électricité, notamment pour les moins nantis.
Randy Hadfield a donc demandé si Énergie NB avait analysé les effets de la hausse proposée sur les ménages qui disposent de peu de moyens.
Je pense qu’il est juste de dire que ça ne comprend pas une analyse, une analyse spécifique, sur la capacité de payer, a reconnu Darren Murphy, vice-président principal des grands projets.
Toutefois, nous disposons d’informations qui nous permettent de comprendre la capacité et ce sont des informations telles que la tendance des arrérages, combien d’appels nous recevons et les plans de paiement, tient-il à nuancer.

Énergie NB tente de convaincre la Commission de l'énergie et des services publics de lui accorder une augmentation de 4,75 % de ses tarifs.
Photo : Radio-Canada / Mikael Mayer
Randy Hadfield est revenu à la charge en demandant au dirigeant d’Énergie NB s’il comptait mettre en place une méthode d’analyse permettant d’accorder la priorité à l’abordabilité pour son prochain plan intégré des ressources, qui permet une vision à long terme et, par le fait même, une évaluation d’augmentation de tarifs.
Darren Murphy a répondu que la Loi sur l’électricité prescrit précisément ce qui fait partie de la méthode d’analyse employée par Énergie NB.
Elle prévoit notamment que : dans la mesure du possible, les tarifs de la Société pour les ventes d’électricité dans la province soient maintenus le plus bas possible.
Des coûts bas sont mentionnés explicitement, font partie de ce développement. Ça contient un élément d’abordabilité compris naturellement. Mais, je reconnais que ça ne s'intéresse pas au profil démographique des clients ou aux problèmes particuliers de clients, a affirmé Darren Murphy, en ajoutant qu'il hésite à inclure d’autres éléments sans y avoir réfléchi davantage.

Shelley Petit participait à l'audience par visioconférence.
Photo : Radio-Canada / Mikael Mayer
Shelley Petit, présidente de la Coalition des personnes handicapées du Nouveau-Brunswick, a ensuite demandé si Énergie NB avait entamé des discussions avec le gouvernement provincial pour modifier la loi.
Darren Murphy a expliqué que la société de la Couronne s’entretient régulièrement avec le gouvernement, mais qu’il n’a pas été question de requête aussi précise.
Peu de temps après, et en réponse à une objection de l’avocat d’Énergie NB, le président de la commission, Christopher Stewart, a demandé à Shelley Petit d’éviter des discussions entre l'exécutif du gouvernement et Énergie NB, des discussions que la loi reconnaît comme confidentielles.
Des clients mécontents
À maintes reprises au cours de la dernière année, des clients d’Énergie NB ont manifesté leur mécontentement envers la société de la Couronne et ses tarifs d’électricité de plus en plus élevés.
Augmentation des tarifs d’électricité
2022 - 2 %
2023 - 5,68 %
2024 - 9,14 %
2025 - 9,14 %
Source : Énergie NB
Sur les réseaux sociaux, plusieurs dénoncent des factures de plus en plus élevées.
À Tracadie, notamment, des citoyens mécontents ont participé à une manifestation plus tôt cet hiver.

Une manifestation contre les tarifs d'électricité s'est déroulée le 31 janvier devant les bureaux d'Énergie NB à Tracadie.
Photo : Radio-Canada / Allie Chouinard
Les tarifs d’électricité constituent également l’un des éléments le plus souvent entendus par le comité chargé de mener un examen indépendant sur l’avenir d’Énergie NB, dont le rapport final doit paraître ce mois-ci.
C’est donc dans ce contexte qu’Énergie NB demande une hausse des tarifs d’électricité, résidentiels comme commerciaux, et que des groupes qui défendent les moins nantis, comme la Coalition des personnes handicapées et le Human Development Council, ont obtenu le statut d’intervenant auprès de la commission.
Pas la dernière des augmentations
Énergie NB évoque une série de facteurs pour expliquer sa demande de hausse, qu’elle qualifie régulièrement de dernier recours.
L’inflation a, par exemple, fait augmenter le prix de divers articles, notamment les transformateurs, dont a besoin Énergie NB.
La population de la province a augmenté, ce qui occasionne une demande et une production plus importantes.
La transition énergétique, soit le passage à des énergies moins polluantes, nécessite des investissements.
Mais, la pierre angulaire de la demande, ce sont ces investissements qu’Énergie NB doit faire dans plusieurs de ses infrastructures, dont la centrale hydroélectrique de Mactaquac, un projet de 15 ans qui pourrait coûter un peu de moins de 10 milliards de dollars.

Une réaction chimique cause des fissures dans la Centrale hydroélectrique de Mactaquac. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
Ce sont ces projets colossaux qu’évoque Darren Murphy d’Énergie NB pour expliquer que la hausse demandée ne sera assurément pas la dernière.
Les augmentations de tarifs vont continuer pour un certain temps et nous travaillons pour les minimiser, dit-il.
Les clients d’Énergie NB peuvent toutefois célébrer une maigre victoire à l’issue de l’audience de lundi.
La Commission de l’énergie et des services publics a rejeté une demande d’Énergie NB d’imposer un tarif intérimaire, pour assurer à la société de la Couronne des revenus plus importants le temps que la commission rende une décision sur sa demande actuelle.
La commission a estimé qu’Énergie NB n’a pas réussi à justifier l’emploi de ce mécanisme réservé à l’exception.
En fait, selon la commission, la société de la Couronne est elle-même responsable du report des audiences sur sa demande de hausse de tarifs, ayant tenté d’éviter une révision de son projet de centrale au gaz naturel à Tantramar et ayant, après avoir échoué à sa tentative, décidé d’inverser la demande de hausse de tarifs avec les audiences sur la centrale.
Les audiences se poursuivent demain à Fredericton.


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