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Reportage« La ruée sur les ports » (14/16). Conçu pour être le marchepied de l’industrialisation du Maroc, le port Tanger Med a rempli son objectif. Mais les investissements chinois dans le royaume, attirés par des conditions ultra-favorables et une position stratégique dans le détroit de Gibraltar, font craindre qu’il ne devienne aussi l’une des portes d’entrée de Pékin sur le marché européen.
Depuis les baies panoramiques du bâtiment d’un blanc éclatant où loge l’administration de Tanger Med, l’Espagne et le profil caractéristique du rocher de Gibraltar semblent à portée de main : ils ne sont qu’à 14 kilomètres de la côte marocaine. La ville de Tarifa, le point le plus méridional de l’Europe continentale, se discerne aisément en cette fin juin. En mer, ferrys et bateaux de marchandises se croisent dans une noria permanente, reliant l’Europe à l’Afrique, la Méditerranée à l’océan Atlantique : les bateaux partis de Tanger, à la pointe nord du Maroc, desservent 180 ports, dans 70 pays.
« Le port de Tanger est l’un de ces points uniques où l’on voit s’écouler le commerce mondial », s’enorgueillit Mehdi Tazi Riffi, PDG de Tanger Med, opérateur de l’infrastructure. Le détroit de Gibraltar est la seule porte de sortie naturelle de la Méditerranée et un point de passage stratégique. Il offre la possibilité de rallier l’Asie en contournant le cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud) en cas de blocage du canal de Suez. Ce goulet voit s’écouler 20 % du trafic maritime de la planète. Y transitent chaque année 110 000 bateaux, 200 millions de tonnes d’hydrocarbures, 60 millions de conteneurs et six millions de passagers. Les Marocains ne comptent pas s’arrêter là : le port poursuit son développement avec l’aménagement de nouvelles capacités, notamment pour accueillir des navires à propulsion électrique.
Seulement voilà : ce qui a fait le succès de Tanger Med – sa position stratégique, ses capacités d’accueil, la fluidité des opérations portuaires et sa proximité avec l’Espagne – pourrait se muer en point de friction avec l’Europe. Si cet équipement a été conçu il y a plus d’une vingtaine d’années pour être le marchepied de l’industrialisation du Maroc, vu des côtes européennes, il apparaît de plus en plus comme la porte d’entrée des produits chinois vers le marché unique. Un risque particulièrement marqué dans la filière automobile, très présente dans cette partie du pays – une filière qui s’est développée justement grâce à la présence du port, dans le sillage de Renault Tanger, la plus grande usine automobile d’Afrique, tandis que Stellantis est implanté à Kénitra, à environ 200 kilomètres au sud.
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