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Ce premier documentaire portant sur sa propre personne « est avant tout une histoire d’amitié — en tout cas, c’est comme ça que je l’ai vu », dit Philippe Katerine, rencontré à Montréal il y a quelques jours en compagnie du réalisateur. Présenté samedi à l’affiche de la 44e édition du Festival international du film sur l’art (FIFA), T’es où Philippe Katerine ? est signé par son ami et collaborateur Gaëtan Chataigner, jadis bassiste du groupe alt rock français The Little Rabbits, dont les membres ont ensuite accompagné, sur scène et en studio, l’iconoclaste sujet du film.
« Ce que j’aime bien, indique Philippe Katerine, c’est que l’histoire est présentée de manière chronologique et, en même temps, Gaëtan se permet beaucoup d’écarts, de parenthèses, de réflexions très profondes que je n’ai parfois pas soupçonnées. »
Par exemple ? « Eh ben, ce passage à propos du clip de La banane », réalisé par Gaëtan et gagnant du prix du vidéoclip de l’année aux Victoires de la musique en 2011. On s’en souvient : y figure le musicien-acteur-plasticien gambadant tout nu sur une plage. « Je n’ai jamais eu le recul nécessaire pour pouvoir me demander si je fais une obsession avec la nudité, ou avec le déguisement, la peinture au corps, etc. C’est vrai qu’on suit une idée, on avance, on avance, sans savoir quel genre d’obsession ça traîne… »
Katerine « le timide, le discret »
Le film débute incidemment par cette inoubliable scène tirée de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris de 2024. Vous savez laquelle : Katerine quasi nu, peint en bleu, incarnant Dionysos, chantant Nu devant des millions de téléspectateurs. « Que s’est-il passé ? Comment est-il arrivé là ? Lui, le timide, le discret qui, dans notre jeunesse, rougissait sans cesse ? » demande son ami Gaëtan en voix hors champ, lui dont la narration donne beaucoup de rythme au récit.
La scène olympique a fait le tour du monde. Ça donne des idées à France TV, qui a approché Gaëtan pour lui proposer un documentaire sur son ami Philippe. « J’ai hésité un peu », avoue le réalisateur, qui savait que Katerine avait déjà refusé de participer à un documentaire sur sa personne (hormis son propre projet d’autofiction, Peau de cochon, long métrage paru en 2003). « Avant de dire oui, il a fallu que je m’assure de pouvoir un peu casser les codes de la télé. C’est vrai qu’il fait un peu documentaire d’auteur, ce film. »
Chataigner nous éclaire beaucoup sur les origines vendéennes de Philippe Katerine (né Blanchard), petit garçon timide et frêle, dont l’opération, à l’âge de 8 ans, pour soigner un souffle au cœur est perçue par le réalisateur comme l’origine de son urgence de faire de chaque petit moment de la vie une célébration. Ce Philippe Katerine que nous présente à l’écran Gaëtan paraît en phase avec Philippe Blanchard, c’est-à-dire qu’il est, en privé, ce que projette sa pratique artistique, au cinéma, en musique, en art (le mignonisme et ses bonhommes roses accrochés aux parois des immeubles du centre-ville montréalais à l’été 2024).
« En tout cas, je suis beaucoup plus discret » dans la vie que sur scène, concède Philippe. « Je ne suis pas du tout expressif au quotidien, alors que sur scène, oui. » Lors de la dernière cérémonie des Victoires, le 13 février dernier, Katerine a de nouveau interprété Nu, tout nu, mais cette fois en portant une longue barbe cachant sa tuyauterie. « Je suis extrêmement normalisé dans ma vie. Je me sens très normal et non pas quelqu’un d’ingérable. Je me sens rassuré, et rassurant », assure Katerine, qui, après avoir fait lentement, timidement et sûrement son chemin sur la nouvelle scène de la chanson française dans les années 1990, est sorti de l’ombre en 2005 grâce au succès de la chanson Louxor, j’adore.
Acceptation
« C’est un peu gênant de dire ça devant Philippe, mais il a une aura particulière qui fait du bien aux gens. Je ne suis pas le seul à le dire ni à le penser, soutient le réalisateur. Il a une façon de parler de notre condition humaine qui est tellement juste, vraie et belle. D’une certaine façon, Philippe nous montre le chemin, dans l’acceptation de ce qu’il est : lui, décomplexé, nous décomplexe. »
« C’est drôle, on en parlait tout à l’heure, des choses que je faisais autrefois, dans un esprit un peu adolescent et pour épater la galerie, et que je serais incapable de faire aujourd’hui parce que je n’ai plus l’âge ou parce que je me sentirais ridicule. Philippe, c’est l’inverse : il fut quelqu’un de plutôt timide, jadis le premier spectateur de nos blagues décomplexées, et c’est un matériau qu’il a aujourd’hui su transformer pour faire quelque chose avec ça. Le film montre ça, je crois : les gens aiment Philippe parce qu’il nous aide à nous accepter nous-mêmes. »


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