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Mercredi, alors que le New York Times révélait les détails d’une enquête préliminaire du Pentagone établissant la responsabilité de l’armée américaine dans la destruction d’une école en Iran, la Maison-Blanche a diffusé sur son compte X une vidéo vantant les frappes de ses militaires sur la République islamique en s’amusant plutôt de la chose.
Dans le cadre : entre réalité et animation, un joueur de bowling y lance sa boule en direction d’une série de quilles censées représenter les leaders du régime iranien. L’esprit est cartoonesque. La finale est expéditive, avec des images de frappes sur des bâtiments de Téhéran filmées depuis le ciel accompagnant un « Strike ! » de circonstance, frondeur, exposé en lettres de bois. Dans le monde des quilles, c’est la référence à un abat, un tir parfait qui liquide tout du premier coup. Le message porte sa signature officielle : The White House, Donald J. Trump.
La destruction par un missile américain Tomahawk de l’école élémentaire Shajarah Tayyebeh, près du détroit d’Ormuz, le 28 février dernier, a fait 175 morts, principalement des fillettes âgées de 8 à 11 ans. Donald Trump répète, en contradiction avec les premiers résultats de l’enquête menée par sa propre armée, que les Iraniens sont responsables de ce tir.
Depuis presque deux semaines, les bombes américaines et israéliennes s’abattent sur l’Iran, ses infrastructures militaires, ses lieux de pouvoir et parfois ses civils, mais sur les réseaux sociaux, le pouvoir exécutif américain préfère raconter l’histoire autrement : avec des images techniques de bombardement qui se mélangent avec des animations, des extraits de films d’action, des chansons populaires exprimant la force et le courage, des séquences tirées de jeux vidéo ou encore des mèmes puisés dans la culture de l’Internet — dans un tout cherchant à réduire la violence de la guerre en cours contre l’Iran à un simple divertissement.
Le 5 mars, alors que Donald Trump peinait toujours à justifier une guerre à l’issue encore incertaine, la Maison-Blanche a convoqué dans un message diffusé sur X les personnages des films Iron Man, Braveheart, Deadpool, John Wick, Star Wars et des séries Better Call Saul et Breaking Bad pour présenter, entre une conférence de presse du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth et des images de frappes aériennes, sa version de la « justice à l’américaine », titre donné à son message. Le montage suivait de près les codes visuels et narratifs des bandes-annonces de films d’action.
Même Bob l’éponge, personnage ludique de dessin animé, est entré dans cette guerre pour demander aux Américains, par l’entremise des réseaux de communication du président, s’ils voulaient « [le] voir recommencer », et ce, entre plusieurs explosions bien réelles sur le champ de bataille iranien.
« Depuis de nombreuses années, Hollywood et le Pentagone entretiennent des liens étroits pour cultiver l’idée de la guerre et contrôler ses représentations dans la culture populaire », fait remarquer en entrevue Katy Parry, spécialiste de la communication en temps de guerre. Elle est professeure à l’Université de Leeds, au Royaume-Uni. « Le gouvernement de Donald Trump amène cette propagande de guerre à un autre niveau en développant, avec ses messages, une recette pour vendre cette guerre, certes, mais aussi pour détourner l’attention sur le manque d’objectifs clairs qui semblent l’accompagner. »
Divertir pour éloigner les regards d’une scène de crime, le conflit ayant été amorcé en dehors du droit international. Rendre ludique pour désensibiliser face à la violence en train de se déployer et court-circuiter la raison du spectateur en interpellant directement son tronc cérébral à grands coups de divertissement : la stratégie semble évidente alors que la majorité des Américains peinent encore à soutenir l’opération militaire en Iran lancée par le populiste. Quelque 53 % des électeurs américains sont en effet opposés à cette guerre, indique le dernier coup de sonde de l’Université Quinnipiac, alors que 52 % désapprouvent la manière dont le président gère actuellement le conflit, selon un sondage YouGov conduit la semaine dernière pour The Economist.
Un soutien faible
« Le taux d’approbation [entre 27 et 41 %, selon les sondages] est très faible, surtout quand on sait que l’opinion publique américaine a tendance à se rallier derrière le drapeau américain au début d’un conflit pour manifester un soutien patriotique à l’intervention militaire », rappelle Mme Parry.
Mais l’écran de fumée créé par la multiplication dans la communication de la Maison-Blanche de la présence des Superman, Iron Man ou Transformers, pour parler de la guerre tout en lui donnant de la distance et en brouillant les frontières entre réalité et fiction, est aussi à double usage. Il vient aussi entretenir l’image frondeuse, déterminée, sans peur et surtout très masculine que cherche à se donner le pouvoir américain depuis la reprise brutale du pouvoir par Donald Trump en janvier 2025.
« Ces messages entretiennent cette esthétique fasciste glorifiant le culte de la personnalité de Donald Trump ou encore la violence, tant au niveau national qu’international », dit Mme Parry.
« Jusque-là, cette esthétique passait par des vidéos de mauvais goût générées par l’intelligence artificielle. Les dernières créations, mêlant extraits de jeux vidéo, de sports, de frappes aériennes et de films, constituent la manifestation la plus récente et la plus terrifiante de cette stratégie visuelle aberrante qui confirme que Donald Trump ne valorise ni la vérité ni les idéaux humanistes et préfère provoquer, distraire et détruire ».
Un style de leadership imposé depuis 14 mois aux États-Unis et qui, selon elle, pourrait aussi se retourner contre lui. « Il faut l’espérer », dit l’universitaire. « Nous vivons à l’ère du droit du plus fort où les chefs de guerre semblent pouvoir agir en toute impunité. C’est une forme de folie nihiliste à laquelle il serait préférable de mettre fin. »


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