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Succès et angoisses, trois mois après la fin du PEQ

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Alors que plusieurs travailleurs étrangers temporaires sur la Côte-Nord sont rongés par l’incertitude, Québec se félicite des succès de sa nouvelle approche en matière d’immigration. Le controversé Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) remplit déjà une de ses promesses, selon le gouvernement : celle de régionaliser l’octroi de résidences permanentes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, selon le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Le PSTQ a ouvert la porte à la résidence permanente à plus de personnes vivant sur la Côte-Nord depuis décembre que ne l’a fait l’ancien Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pendant des années entières.

En date de mercredi, 71 personnes peuvent entreprendre des démarches pour obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ), qui ouvre la voie à la résidence permanente. C’est plus que le nombre de personnes à qui le PEQ a octroyé un CSQ en 2022, 2023 ou 2024, selon le MIFI.

Comparaison entre les résultats du PEQ et du PSTQ sur la Côte-Nord

2022202320242025Invitations du PSTQ (déc. 2025 - mars 2026)
1821676971

Ces résultats témoignent de l’effort de régionalisation entrepris par le gouvernement du Québec, écrit dans un courriel le ministère.

Kateri Champagne Jourdain, la ministre responsable de la région, s’en réjouit elle aussi. Selon elle, le PSTQs’impose comme un programme efficace pour soutenir notre région et favoriser un établissement durable des personnes ayant choisi la Côte-Nord pour y vivre.

Cela dit, des travailleurs étrangers temporaires dans la région continuent de vivre dans l’incertitude.

Jean-François Roberge en mêlée de presse.

Le ministre de l'Immigration, Jean-François Roberge, a défendu au cours des derniers mois sa réforme du système d'immigration au Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Un programme sans garanties

Anis Ben Aisha, 40 ans, est arrivé en avril 2023 pour travailler au Château Arnaud à Sept-Îles. C’est la promesse de stabilité qui l’a amené au Québec. Avant de laisser notre famille, notre maison et notre bon repas là-bas, on nous a dit qu’il y avait une résidence permanente ici, et que notre famille pourra nous rejoindre, se désole-t-il.

Avec le nouveau PSTQ, il n’y croit plus. Comme beaucoup d’autres, il dénonce la disparition de l’ancien programme, qui avait de quoi mettre en confiance les nouveaux arrivants. En effet, le PEQ offrait une voie prévisible à la résidence permanente pour les personnes francisées qui travaillaient au Québec depuis deux ans.

Ce n’est pas le cas du PSTQ, qui fonctionne avec un système de points et qui ne garantit pas une invitation par Québec.

Les candidats postulent pour un des quatre volets du PSTQ, selon leur type d’emploi, et accumulent des points dans diverses catégories, dont l'âge, les diplômes, le niveau de français, l'expérience de travail et la région de résidence au Québec. Ensuite, ils attendent une invitation du Québec pour déposer leur dossier.

Son employeur, Béchir Ben Aicha, dénonce pour sa part la promesse brisée par Québec. Comment puis-je être crédible aujourd’hui avec mes employés? lance-t-il.

Il craint maintenant avoir de la difficulté à recruter, faute d’incitatifs. Je m’excuse, mais ils viennent pour un programme qui leur donne accès à la résidence permanente. Pas pour travailler deux ou trois ans et repartir.

Béchir Ben Aïcha dans un son bureau.

Béchir Ben Aïcha, le propriétaire du Château Arnaud et de l'Hôtel Mingan, craint des difficultés d'embauche en raison des politiques de Québec.

Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie

Une bonne nouvelle à nuancer

Les chiffres dévoilés par Québec envoient tout de même un signal positif, selon Yves Martineau, le vice-président de l’Association québécoise des avocates et avocats en droits criminels.

Ça semble être une bonne nouvelle, parce que les gens de la Côte-Nord semblent avoir plus de chance que ceux dans la région métropolitaine, note-t-il.

Cela dit, l’avocat rappelle qu’une des différences entre le PSTQ et le PEQ, c’est que ce dernier permettait aux nouveaux arrivants de faire une demande d’immigration directement.

À l'inverse, une invitation du PSTQ les engage dans des démarches administratives imposantes pour obtenir un Certificat de sélection du Québec. Il faut démontrer tous les postes qu’on a occupés dans les dernières années, qu’on a respecté les preuves fiscales (...). Les normes documentaires du PSTQ sont plus lourdes que celles du PEQ, explique-t-il.

Pour les 71 personnes qui ont reçu une invitation de la part de Québec dans les dernières semaines, le chemin s’éclaircit, mais n’est pas terminé.

Pour ceux qui n’en ont pas, comme Anis Ben Aisha, les débats au sein de la classe politique autour d’un éventuel retour du PEQ suscitent un certain espoir. Trois ou quatre ans loin de la famille, c’est très difficile. C’est de la souffrance, laisse-t-il tomber. Mais il faut continuer, il faut travailler. Nous sommes au Québec, au Canada, alors il y a toujours de l’espoir.

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