Off Campus, Heated Rivalry ou encore Heartstopper mettent en scène des relations fondées sur la communication, le consentement et le respect.

Ysé Rieffel - Aujourd'hui à 09:00 | mis à jour aujourd'hui à 09:19 - Temps de lecture :

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Triangle amoureux, rapports de force, jalousie, misogynie, trahison... Les séries destinées aux adolescents et aux jeunes adultes multiplient depuis longtemps les représentations de relations amoureuses toxiques. Ces derniers temps, le succès rencontré par des œuvres comme Off Campus (2026), Heated Rivalry (2025) ou Heartstopper (2022) confirment qu’un changement est (enfin) nécessaire. Beaucoup voient dans ces nouveaux récits amoureux une véritable « bouffée d’air frais ».

« Je l'ai regardé deux fois en trois jours, j'étais accro », confie Oriane, 25 ans. Avec 36 millions de vues en 12 jours à peine, la série américaine Off Campus, adaptation d’une saga littéraire du même nom, a rapidement enflammé la toile depuis la sortie de la saison 1 en mai sur Prime Video. Hannah Wells, étudiante en musique, et Garrett Graham, capitaine de l’équipe de hockey de la fac, font semblant d’être en couple avant de tomber amoureux. Un scénario au départ on ne peut plus banal, mais qui se distingue rapidement par une relation fondée sur la bienveillance, le consentement et la communication.

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« L’homme qu’elles n’ont pas eu l’occasion de connaître »

Les téléspectatrices se sont vite prises d’affection pour Garrett Graham, qui coche toutes les cases du green flag. Loin des habituels bad boys des romances adolescentes, de Chuck Bass dans Gossip Girl à Nate Jacobs dans Euphoria, en passant par Edward Cullen dans Twilight. « Il y a une sorte de lassitude par rapport au personnage d'homme froid et distant souvent dépeint », analyse Sandra Laugier, philosophe spécialiste des séries. « Le personnage de Garrett est direct, accessible, il est aussi celui qui tombe amoureux en premier. Et il n’est pas une menace : la violence se déplace sur la glace. »

De quoi faire envie aux femmes de tous âges : « Au-delà du jeune public, le personnage a aussi suscité une vraie passion chez les femmes de 30, 40 ans et plus : c’est l’homme qu’elles n’ont pas eu l’occasion de connaître », développe la professeure de philosophie à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. « J’aurais préféré grandir avec ce type d’exemple. Ça m’aurait sûrement permis de ne pas fantasmer les histoires d’amour où le bad boy est adouci, où l’on cherche son grand cœur derrière un comportement problématique », assure de son côté Oriane après avoir visionné la série.

Off Campus rattrapée par une polémique politique

Au-delà de son succès, Off Campus a fait l’objet d’une récente polémique sur les réseaux sociaux : certains acteurs ont été épinglés pour avoir aimé des publications pro-Trump, ou associées à des positions conservatrices. Alors que la saison 2 de la série phénomène est en train d’être tournée, certains téléspectateurs ont appelé au boycott du programme, estimant que ces prises de position étaient incompatibles avec les valeurs véhiculées par Off Campus. Les acteurs concernés, Stephen Kalyn et Jalen Thomas Brooks, n’ont pas réagi publiquement. 

« Sans le drama des séries pour ados »

Quelques semaines avant Off Campus, Heated Rivalry avait déjà fait chavirer les coeurs du Canada à la France en passant par les États-Unis, avec 13 millions de spectateurs par épisode en moyenne dans le monde. La série canadienne suit Shane et Ilya, deux joueurs de hockey rivaux qui entretiennent en secret une histoire d’amour passionnelle en dehors de la glace. Ici, la confiance et le respect deviennent des ressorts érotiques. Les femmes ont aussi été nombreuses à se passionner pour cette romance gay, y trouvant aussi une échappatoire aux rapports de pouvoir des romances hétérosexuelles. « La simple égalité des sexes est tellement attrayante et libératrice », résume une téléspectatrice.

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Encore avant, Heartstopper raconte l’histoire de Charlie et Nick, deux lycéens qui tombent amoureux alors qu’ils apprennent à assumer leur orientation sexuelle. Le succès de la série dépasse largement les écrans : après son lancement en 2022, les ventes hebdomadaires des livres de la saga éponyme ont bondi de 1 700 % aux États-Unis, tandis que la première saison s'est hissée dans le top 10 de Netflix dans 54 pays.

Sur Reddit, un internaute saluait ainsi le fait de « voir la romance queer représentée comme n’importe quelle autre romance adolescente, sans le drama des séries pour ados ». « Avant, on ne considérait pas que ça valait la peine d’être présenté : une relation gentille, “plan-plan”, ce n’est pas forcément un bon objet de fiction », explique Sandra Laugier. Et cette dernière de poursuivre : « Ces histoires permettent de faire comprendre qu'on doit exiger des relations plus égalitaires et non violentes, sans la souffrance, l'humiliation, l'attente, l'indifférence… tout ce qui fait généralement les intrigues romantiques. »

« Moralisation des relations amoureuses »

À travers ces récits se joue donc « une sorte de moralisation des relations amoureuses et un rééquilibrage », note la philosophe qui rappelle que les séries servent aussi à l'éducation sentimentale et sexuelle. « Quel formidable exemple à suivre. J’ai un partenaire et Heartstopper montre comment on peut être meilleurs l’un pour l’autre », écrit un internaute sur Reddit. « Ça m'a fait réfléchir à comment faire mieux dans mes relations », confie un autre.

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Ces fictions peuvent aussi avoir leur revers : celui du « blues » post-série. Chez certaines spectatrices, il y a la crainte de ne jamais rencontrer dans la vie réelle un partenaire comme Garrett Graham. Après avoir visionné la série, « l’amour comme dans Off Campus est-il vraiment possible dans la vraie vie ? », s'interroge une internaute. Même chose chez certains hommes gays, qui peuvent se reconnaître dans les histoires de Shane et Ilya ou de Nick et Charlie tout en regrettant de ne pas avoir connu, à leur propre adolescence, ce type de relation ou de personnage sur le petit écran. L’un d’eux conclut sa critique sur Reddit avec nostalgie : « Une grande partie de moi se demande comment ma vie aurait été si j'avais eu cette représentation à 17 ans. »

Savez-vous ce qu'est un « chalant » ?

Sur les réseaux sociaux, un nouveau mot résume d’ailleurs bien ce nouvel idéal amoureux : « chalant », l’opposé de « nonchalant », c’est-à-dire détaché. Le terme, devenu viral sur TikTok, désigne celui qui assume son intérêt pour l’autre, communique, se montre attentif et investi dans la relation.

Dans une vidéo où elle apparaît bras dessus bras dessous avec son compagnon, une influenceuse écrit : « Tu as l’air plus heureuse. Merci, je ne date pas un mec nonchalant. » Dans une série sur ce réseau social, elle détaille tout ce qui fait de lui un copain « chalant » : il lui prépare des goûters, s’extasie devant sa nouvelle coupe de cheveux ou traverse la ville pour lui apporter des écouteurs lorsqu’elle a perdu les siens.

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