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Statut d’Indien : une assemblée marquée par les frustrations et l’exclusion à Wendake

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La Nation wendat a invité jeudi soir ses membres à une séance d’information et de consultation avec des représentants de Services aux Autochtones Canada (SAC) à propos de l’exclusion de la transmission du statut d’Indien aux enfants après la deuxième génération avec un parent sans statut. Cependant, plusieurs conjoints allochtones des membres de la Nation wendat se sont fait interdire l’accès à la salle communautaire du Complexe sportif Desjardins.

Seules les personnes figurant sur la liste de bande de la communauté ont été admises à l’assemblée, au plus grand dam des parents allochtones qui se sentent interpellés au même titre que leur partenaire wendat.

Jimmy Gros-louis Pageau et sa conjointe Éloïse Simard, qui n’est pas membre de la Nation wendat, tenaient à être présents pendant la séance d’information. Le couple, qui n’habite pas Wendake, vient d’avoir un garçon il y a deux mois. L’enfant fait partie de cette deuxième génération qui perd son statut en vertu de la Loi sur les Indiens.

Portrait d'un homme et d'une femme.

Jimmy Gros-Louis Pageau et sa conjointe, Éloïse Simard

Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon

Moi, ça vient me chercher, a affirmé le père impuissant qui a vu sa conjointe se faire refuser l’accès à la salle communautaire. Le sujet nous tient à cœur parce qu’on veut se battre pour notre enfant [...] J’y vais à reculons parce que ma conjointe ne peut pas me suivre.

Ça me dérange. On me dit à l’entrée : "Toi, t’es là et elle, elle n’a pas besoin d’être là". Non, elle a besoin d’être présente. C’est autant la mère que moi, je suis le père de notre enfant. Ça me dérange, je trouve que c’est du racisme.

La mère affirme pourtant qu’en début de semaine, selon les informations qu’elle a vues sur les réseaux sociaux du conseil de bande, la séance allait être ouverte à tous. Je trouve que c’est dommage qu’ils aient changé d’idée à la dernière minute.

Éloïse Simard n’est pas la seule à avoir rebroussé le chemin.

Olivier Samson, dont la conjointe qu’il fréquente depuis 19 ans est wendat, a tenté de se faufiler dans l’assistance en dépit des règles d’accès, mais en vain.

J’ai de la misère à comprendre même les intentions du conseil de bande, a-t-il expliqué.

Portrait d'un homme et d'une femme.

Olivier Samson et Andréanne Gros-louis Bujold

Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon

Le père de famille de deux fillettes âgées de six et huit ans qui ne peuvent pas avoir de statut à cause de la Loi sur les Indiens ajoute : je me suis fait empêcher de rentrer dans la salle pour assister à la séance d’information publique parce que j’étais blanc et non statué. Mais par exemple, si, dans la ville de Québec, un commerçant dit : "laisser entrer seulement les blancs" et que les Autochtones n’ont pas le droit d’entrer dans son commerce, ça passerait dans le journal et ça irait loin.

C’est aux ayants droit de s’exprimer

Selon le grand chef de la Nation wendat, Pierre Picard, il n'est pas exact de comparer les règles de l'assemblée à de la discrimination basée sur l'origine ethnique dans d'autres sphères. Il y a surtout une considération politique derrière l'exclusion de personnes non membres, a expliqué le chef. Ce sont les Wendat qui sont consultés, puisque ça concerne spécifiquement les Wendat qui voteront éventuellement sur les orientations qui seront prises par la Nation.

Il ne faut pas voir ici du racisme ou de la discrimination. Il faut voir davantage la pertinence de laisser un espace propre aux Wendats qui sont concernés [...] La Loi sur les Indiens discrimine les "Indiens" alors c’est aux "Indiens", permettez-moi malheureusement l’expression, de s’exprimer librement sur le sujet.

Il a également noté que la décision de restreindre l'accès à l'assemblée uniquement aux personnes inscrites sur la liste de bande de Wendake émane, entre autres, du département des affaires juridiques de la communauté, qui a de l'expérience historique sur l'organisation et le fonctionnement de ce genre d'événement.

Portrait d'un homme souriant.

Le grand chef de la Nation wendat, Pierre Picard, se dit à l'écoute des préoccupations des familles wendat.

Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon

Le chef Picard s'est aussi dit sensible à la situation des familles qui sont discriminées par la Loi sur les Indiens.

On vous écoute, on vous entend et la responsabilité que nous avons comme gouvernement, c’est de mettre en place des processus qui vont, on l’espère, pouvoir répondre à vos aspirations, à vos besoins et aussi à vos préoccupations en tant que Wendat.

Rien pour rassurer Mélanie Savard, cependant. Cette Wendat est la mère d’un jeune homme de 18 ans qui est aussi touché par l’exclusion après la deuxième génération. Elle appréhendait l'assemblée, et elle s'est montrée émotive lorsqu’elle y a pris la parole.

Dans un contexte où la Nation nous a quand même confirmé sur les réseaux sociaux que c’est une séance publique, de voir des enfants se faire dire qu’ils ne pouvaient pas entrer parce qu’ils n’étaient wendat et qu’ils n’avaient pas de carte de statut, m’a fait perdre un peu mes moyens.

Ç'a été très violent ce soir.

L'artisane multidisciplinaire mentionne qu’elle essaie de défendre le plus possible la voix de ces enfants concernés par l’exclusion de la deuxième génération.

J’essaie également de défendre la voix des parents, car, lorsque tu es parent, tu vis toute sorte [de situations] et on apprend sur les exclusions de la Loi sur les Indiens, a-t-elle détaillé à l'issue de la réunion de jeudi. J’ai trouvé ça extrêmement violent dans leurs prises de décisions.

Une femme dans une assemblée.

Mélanie Savard, une mère wendat à la défense des droits de son fils de 18 ans.

Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon

Mélanie Savard est aussi représentante wendat à Femmes Autochtones Québec (FAQ). Elle a fait partie d'une délégation qui, en décembre, a rencontré les responsables de la règle d'exclusion de la deuxième génération de la Loi sur les Indiens.

Les agents nous ont partagé le souhait de venir rencontrer les 200 familles wendat qui sont rassemblées sous le regroupement des Enfants d’Aataentsic et qu’ils seraient très heureux d’entendre les conjoints, les conjointes, les grands-parents et les enfants s’exprimer sur la question, souligne-t-elle.

FAQ était prête à payer une salle pour les accueillir, mais Mme Savard a mis un terme à ses plans. Quand j’ai vu la réponse publique écrite par le conseil, j’ai annulé le projet, car ça ne donne rien qu’on se fasse deux rencontres. Notre Nation est déjà en train d’organiser une séance d’information où tout le monde était invité.

La mère qui défend les droits des gens qui, comme son fils, ne peuvent avoir le statut d'Indien était donc d'autant plus frustrée et bouleversée quand elle a vu des gens se faire refuser l’accès à la séance d’information.

Elle a ressenti le besoin pour la première fois, en 18 ans, de dire que le conseil de bande était raciste envers les personnes avec ils ont décidé de partager leurs vies. Ce sont nos collègues, nos amis et nos voisins. Il y a des Allochtones partout dans la communauté et c’est notre réalité à Wendake, a-t-elle réitéré.

Pour elle, c’est l’avenir de la Nation, pas seulement la nôtre, mais c’est l’avenir des Premières Nations au Canada qui a été affecté par les questions abordées lors de la rencontre de jeudi.

Une vue en plongée du Sénat vide à Ottawa.

Le Sénat à Ottawa (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Car le Parlement fédéral se penche actuellement sur le projet de loi S-2. Déposé au Sénat l'an dernier, il vise à corriger certaines inégalités dans la Loi sur les Indiens, notamment des inégalités basées sur le sexe. Les sénateurs ont adopté un amendement pour y inclure aussi la question de l'exclusion après la deuxième génération.

Ils proposent plutôt désormais une règle du parent unique : si un parent a le statut d'Indien, son enfant l'aura aussi.

Bien qu'elle soit d'accord sur l'importance de mettre fin à l'exclusion après la deuxième génération, la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty,a exprimé plusieurs bémols sur la position du Sénat ces derniers mois.

L'approche du parent unique n'est qu'une partie de la solution, mais elle ne reflète pas l'unicité des Premières Nations [...]. Je dois faire le travail pour vous offrir plus qu'une solution, a-t-elle entre autres souligné devant les chefs de l'Assemblée des Premières Nations réunis à Ottawa au début du mois de décembre.

Le projet de loi S-2 a terminé son cheminement à la Chambre haute et a passé le stade de la première lecture aux Communes.

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