Avec le boom de l’intelligence artificielle ces dernières années, on peut légitimement dire que l’on vit une autre révolution numérique. Il existe une guerre silencieuse entre les mastodontes de ce domaine, notamment entre l’Amérique et l’Europe. Les hyperscalers américains dominent le marché des infrastructures cloud et des modèles de fondation.
Depuis plusieurs années maintenant, la France cherche à rattraper son retard évident et déploie en conséquence une stratégie qui combine investissements publics et encadrement. Le pays a commencé à former ses propres experts en IA dans le but de redonner à la France, et par ricochet à l’Europe, sa souveraineté numérique.
La donnée, nouveau terrain de dépendance stratégique
Selon les estimations d’IDC et Statista pour 2025, le marché mondial de l’IA a dépassé plus de 180 milliards de dollars. Le domaine a connu une croissance exponentielle grâce à la généralisation des modèles de langage et des applications d’apprentissage automatique dans tous les secteurs économiques. Malgré cela, la part européenne est assez marginale. Ce sont les acteurs américains et chinois qui contrôlent l’ensemble de la chaîne de valeur.
- Au niveau des infrastructures cloud, il y a AWS, Microsoft Azure, Google Cloud Plateform
- Les puces spécialisées pour l’IA sont fournies par Nvidia et AMD
- Les modèles de fondation propriétaire sont principalement le GPT d’Open AI, Gemini de Google et Claude d’Anthropic.
L’Europe est donc reléguée à un statut de consommateur dépendant de la technologie mise en place par les autres. Cette dépendance pose des problèmes de souveraineté, surtout quand on sait que l’IA permet de traiter des données sensibles.
Le cas du Health Data Hub, un projet national qui centralise les données de santé des Français, est l’exemple parfait pour illustrer cette situation. Il était hébergé sur Microsoft Azure et a suscité un certain nombre de controverses à cause de l’application extraterritoriale du Cloud Act américain. Ce dernier autorise les autorités fédérales à accéder aux données stockées par des entreprises américaines, même lorsque physiquement, elles se trouvent en Europe. L’État français a donc entrepris de déplacer les données vers des hébergeurs souverains.
Face à ces enjeux, de nombreux établissements d’enseignement supérieur français dans le domaine du numérique positionnent désormais la souveraineté des données dans leurs projets pédagogiques. L’école ia 18.06, un établissement d’enseignement supérieur privé se trouvant à Molsheim en Alsace, a construit son cursus autour de la maîtrise des données et des architectures. Elle ne se contente pas d’enseigner l’usage des outils, elle donne une formation permettant de concevoir, d’auditer et de sécuriser les systèmes IA sans dépendre des solutions étrangères.
Former à l’IA souveraine : ce que cela signifie concrètement
Lorsqu’on parle de formation aux outils d’IA, de nombreuses personnes pensent que cela se limite à pouvoir sortir du texte, des images ou du code via les outils génératifs. Grossière erreur ! La formation IA va au-delà de cela et doit permettre de maîtriser les fondements mathématiques, les algorithmes et les architectures.
Comprendre les fondations, pas seulement les outils
Le fait d’utiliser les IA conversationnelles comme ChatGPT ne nécessite aucune compétence technique. On parlera peut-être de l’importance de savoir écrire les prompts, mais on est bien loin de la compétence poussée. La souveraineté numérique nécessite des profils qui maîtrisent les mathématiques, l’apprentissage automatique, les architectures de réseaux de neurones, les pipelines de données sous-jacents, etc.
Le rapport Villani « Donner un sens à l’intelligence artificielle » publié en 2018 avait déjà identifié la carence en compétences profondes comme un frein à la création d’un écosystème français compétitif. Le pays prévoit effectuer des investissements dans le domaine de l’IA, notamment dans la recherche fondamentale, les infrastructures de calcul et les programmes de formation afin de corriger ce déficit. L’AI Act européen, règlement 2024/1689 renforce cette nécessité d’investissement et impose des obligations dans les profils à former.
Un cursus type : théorie, développement, éthique
Les formations qui répondent à l’enjeu de souveraineté structurent leurs enseignements selon la théorie, le développement et l’éthique. En première année, les bases mathématiques indispensables sont posées. Les étudiants suivent des cours dans diverses branches des mathématiques que sont :
- L’algèbre linéaire,
- La probabilité,
- Les statistiques inférentielles,
- L’optimisation convexe et non convexe.
En deuxième année, les étudiants vont plus vers la spécialisation grâce à des cours d’architecture ML/DL non supervisée. Ils apprennent aussi à développer des projets d’entreprise. C’est d’ailleurs cette même structure que suit le Mastère Intelligence Artificielle de l’École 18.06, établissement implanté sur le campus de Strasbourg-Molsheim dans le Bas-Rhin. Cette formation ia est certifiée RNCP niveau 7 (en partenariat avec Efrei Paris) et est accessible en alternance. Les étudiants ont à leur disposition des ressources de calcul fournies par Clever Cloud, acteur du cloud computing souverain grâce à son partenariat avec l’école.
Un écosystème français en construction
La stratégie française de souveraineté s’appuie sur plusieurs acteurs des secteurs publics et privés. Mistral AI, entreprise parisienne développant des modèles de langage open-weight est une preuve de la volonté d’alternative européenne aux modèles propriétaires américains.
On a aussi le Comité Stratégique de Filière Numérique de Confiance qui fédère les acteurs industriels et institutionnels autour des enjeux de cybersécurité et de protection des données. L’alliance Hexatrust regroupe les entreprises françaises et européennes spécialisées en cybersécurité et cloud souverain. Elles s’assemblent donc pour proposer une alternative aux solutions américaines.
Sur le plan régional en France, on peut aussi observer des améliorations. La région de l’Alsace dispose d’un profil pertinent pour le développement d’un écosystème IA souverain. On y retrouve des industriels importants de la défense et de l’aéronautique comme Safran et Thales, un grand nombre de startups technologiques et la proximité avec Strasbourg où se trouve le siège du Parlement européen.
L’objectif de la France n’est pas de rattraper les GAFAM, mais de former des profils pouvant auditer, réguler et développer des alternatives menant à la souveraineté. En ce sens, l’école 18.06, établissement d’enseignement privé supérieur situé à Molsheim, en Alsace, entend jouer sa partition.


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