Un char à deux roues resté à sa place depuis vingt-six siècles, des récipients en bronze toujours scellés par leur couvercle en céramique, et des ossements animaux jamais remués depuis l’Antiquité. Voilà ce que des archéologues italiens viennent d’exhumer sur les pentes du Mont Conero, près de Sirolo, dans les Marches. La découverte, annoncée début juillet 2026 lors d’une conférence de presse à Ancône, concerne un vaste complexe funéraire du VIe siècle avant notre ère appartenant à un prince-guerrier picène et à son entourage aristocratique.
L’endroit ne doit rien au hasard. Aux pieds du Mont Conero, dans la zone de la nécropole picène « dei Pini », les archéologues ont mis au jour un complexe funéraire du VIe siècle avant J.-C., datable donc d’environ 2 600 ans. La fouille relève de l’archéologie préventive, menée par la société ArcheoLab en collaboration avec la Surintendance archéologique d’Ancône et Pesaro-Urbino et la municipalité de Sirolo, avec un financement exceptionnel du ministère italien de la Culture. Le site jouxte la célèbre nécropole des Pini, non loin de la « Tombe de la Reine », l’une des sépultures les plus riches jamais retrouvées de l’Italie préromaine.
À retenir
- Un char à deux roues intact gît toujours au cœur d’une fosse funéraire millénaire
- Des récipients en bronze jamais ouverts depuis 26 siècles conservent encore leur contenu original
- Une architecture circulaire inédite suggère des rituels sacrés lors de la construction du monument
Sommaire
- Un char entier au centre d’une fosse funéraire
- Une palissade circulaire, une première dans le Piceno
- Une femme au statut prestigieux, une nécropole plus vaste qu’on ne le pensait
Un char entier au centre d’une fosse funéraire
Le cœur du dispositif, c’est une sépulture masculine centrale. Au centre du complexe a été identifiée une grande sépulture masculine contenant les restes d’un currus, un char à deux roues déposé probablement intact dans la fosse funéraire. Ce détail n’a rien d’anodin : dans le contexte de l’Italie préromaine, la présence d’un char dans une tombe est universellement interprétée comme un marqueur de rang et d’autorité élitaires, plutôt que comme un simple véhicule du quotidien. ce prince ne se déplaçait probablement jamais en char de son vivant pour aller au marché. L’objet servait à afficher son pouvoir lors des cérémonies publiques.
Autour du véhicule, le mobilier funéraire ne manque pas de superlatifs. De grands récipients bronzés retrouvés dans la tombe du char étaient sigillés et encore colmés de restes organiques, de céramiques et d’ossements animaux. Ces vestiges pourraient provenir du repas organisé lors des funérailles, ou constituer des offrandes alimentaires destinées au défunt pour l’au-delà. Les archéologues restent prudents : seules les analyses en laboratoire permettront de trancher. Ce qui est certain, c’est que ces conteneurs jamais rouverts depuis vingt-six siècles offrent une occasion rare d’étudier concrètement les rites funéraires picènes, au-delà des simples objets de prestige.
Le reste du mobilier confirme le statut hors norme du défunt : un casque de bronze, une hache et d’autres armes offensives accompagnaient le char. Un détail intrigue particulièrement les chercheurs : la possible présence d’un lituo, ce bâton rituel jusqu’ici surtout connu à travers les représentations étrusques et rarement documenté archéologiquement. Si l’identification se confirme, elle ouvrirait des pistes inédites sur d’éventuelles fonctions religieuses ou politico-sacerdotales exercées par le personnage enterré.
Une palissade circulaire, une première dans le Piceno
L’architecture du monument bouscule elle aussi les habitudes des archéologues. Jusqu’ici, les grands cercles funéraires de la région étaient systématiquement bordés par un fossé annulaire creusé dans le sol, à section en V, qui délimitait le monument. À Sirolo, rien de tel : le nouveau complexe documente une solution totalement inédite, la limite du monument n’étant pas marquée par un fossé mais par une palissade annulaire, reconnaissable à une succession régulière de trous de poteaux.
Ces trous ne sont pas de simples vestiges techniques. Au fond de plusieurs d’entre eux, on a retrouvé de petits dépôts rituels constitués de fragments céramiques et d’outils en silex, interprétés comme des offrandes de fondation liées à la construction du monument. Concrètement, cela signifie que même l’érection de la clôture obéissait à un protocole sacré, geste par geste, poteau par poteau. Une découverte qui, si elle se confirme dans les prochaines campagnes, pourrait redessiner la façon dont les archéologues comprennent l’organisation des espaces d’élite dans la région du Conero.
Une femme au statut prestigieux, une nécropole plus vaste qu’on ne le pensait
À quelques mètres du prince, une autre découverte retient l’attention : une sépulture féminine dans un état de conservation remarquable. Le sol a livré des restes de tissus, des chaussures avec éléments métalliques encore dans leur position d’origine, des fibules, des ornements et les traces de toute la structure en bois du lit funéraire, un ensemble d’une rareté exceptionnelle qui va permettre d’approfondir la connaissance des vêtements, du mobilier et des rituels funéraires des aristocraties picènes. Une grande fibule ornée d’un noyau d’ambre, retrouvée au-delà de la tête de la défunte, pourrait avoir appartenu à une coiffe élaborée ou à une coiffure sophistiquée.
Cette double découverte permet également de relire un site déjà connu. Le nouveau complexe replace la tombe du guerrier découverte en 2020 dans un contexte plus large : son casque, ses armes, sa cruche de tradition gréco-étrusque et son rare siège pliant appartenaient à un noyau funéraire hiérarchisé, organisé autour de la sépulture princière. Ce que l’on prenait pour une tombe isolée s’intègre en réalité dans un véritable paysage du pouvoir, structuré et partagé par un groupe aristocratique cohérent. Comme le résume Stefano Finocchi, le responsable scientifique des fouilles pour la Surintendance : « Pour la première fois nous pouvons observer non pas une tombe isolée, mais un noyau aristocratique complet, avec des relations hiérarchiques et symboliques qui ouvrent de nouvelles perspectives sur la structure des élites. »
Les Picènes, ce peuple italique installé entre les actuelles Marches et une partie des Abruzzes entre le IXe et le IIIe siècle avant J.-C., n’ont laissé aucune cité monumentale derrière eux. Ce sont leurs nécropoles qui parlent à leur place. Et celle de Sirolo n’a pas fini de livrer ses secrets : les premières évaluations menées dans les zones environnantes suggèrent que le cimetière s’étend au-delà des limites connues jusqu’à présent, une hypothèse soutenue par des campagnes de prospection géophysique et d’autres investigations non invasives. Autant dire que sous les pelouses tranquilles de cette station balnéaire prisée des touristes, d’autres tombes princières attendent probablement encore leur tour.
Sources : dailygeekshow.com | arkeonews.net


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