Plus de 50 ans après avoir été noyé, le lac Pedder repose sous 15 mètres d’eau. Dans le sud-ouest de la Tasmanie, sa plage de quartzite rose et blanc, longue d’environ 3 km, dort sous le réservoir. Le Lake Pedder Restoration Committee affirme qu’elle n’a presque pas bougé.
Cinquante-quatre ans plus tard, le réservoir n’a toujours pas été vidangé.
À retenir
- Le lac Pedder a été inondé en 1972 pour créer un réservoir de 242 km², noyant une plage de quartzite rose de 3 km sous 15 mètres d’eau
- Un robot submersible a découvert en 2020 des fragments de quartzite visibles sous une fine couche de sédiments, suggérant une préservation possible
- Le gouvernement tasmanien refuse la restauration car le réservoir génère 6 % de ses revenus énergétiques, soit 30 millions de dollars annuels
Sommaire
Un lac de 10 km² devenu mer intérieure
En 1972, la Hydro-Electric Commission de Tasmanie ferme les barrages de Serpentine et de Scotts Peak, dans le cadre du projet hydroélectrique de la Middle Gordon. Le lac de 10 km² devient un réservoir de 242 km². L’eau monte d’une quinzaine de mètres. Environ 250 km² de nature sauvage disparaissent avec lui, zones humides, forêt tempérée et landes de buttongrass comprises.
Avant l’inondation, l’endroit n’était connu que des randonneurs aguerris et des touristes qui affrétaient des avions légers. Dick Friend, qui y a marché à 19 ans en 1972, comparait cette plage à Bondi Beach, en bien plus vaste, au milieu des montagnes.
Le Premier ministre tasmanien Eric Reece a maintenu le projet malgré les manifestations et les offres de financement du Premier ministre australien Gough Whitlam. De cette bataille perdue naît le United Tasmania Group, considéré comme le premier parti écologiste du monde. Brenda Hean, l’une de ses candidates aux élections de 1972, disparaîtra dans des circonstances restées mystérieuses.
Ce que le robot a filmé en février 2020
Février 2020 : un robot submersible descend à 14 mètres.
L’engin, envoyé par l’équipe de la campagne de restauration, a repéré des fragments de quartzite visibles à travers une fine couche de sédiments. Selon le comité, les racines des broussailles de la rive est ont maintenu le système dunaire en place pendant près de cinquante ans d’immersion. Cette description nourrit la thèse d’une plage intacte, et donc d’un lac qui pourrait renaître si l’eau était retirée. Ces images proviennent pourtant d’une seule expédition.
La faisabilité avait déjà été examinée. Lancée en 1994, l’initiative Pedder 2000 visait à rouvrir le lac avant l’an 2000, et une enquête parlementaire fédérale en a confirmé la faisabilité scientifique un an plus tard. Elle jugeait toutefois les raisons de restaurer surtout esthétiques, et le coût comme l’opposition des grands partis tasmaniens laissaient peu de chances au projet.
Vidanger 242 km² : le vrai débat
Côté institutions, le gouvernement tasmanien fait valoir que le lac fait partie de l’infrastructure d’énergie renouvelable de Hydro Tasmania, pour environ 6 % de ses revenus, soit jusqu’à 30 millions de dollars par an. Le comité de restauration répond que l’électricité produite représente seulement 3 % du total tasmanien et pourrait être remplacée. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose : l’un parle de revenus, l’autre de production.
Selon l’État, entretenir deux barrages coûtera 65 millions de dollars en dix ans.
Le comité insiste sur ce point. Deux des barrages reposent sur la faille d’Edgar et doivent être renforcés contre les séismes, ce qui plaide selon lui pour un démantèlement plutôt qu’une consolidation. Il cite le précédent de la rivière Klamath, aux États-Unis, où le plus grand chantier de retrait de barrages de l’histoire a permis une restauration. Christine Milne, ancienne cheffe des Verts australiens, rappelle que les Américains ont démantelé près de 2 000 barrages.
Le réservoir reste inclus dans l’aire du patrimoine mondial de Tasmanie. Selon la députée Tabatha Badger, membre du comité de restauration, l’idée était de restaurer le lac quand les barrages atteindraient la fin de leur cycle de vie. Aucune vidange n’est décidée à ce jour, et la plage rose reste vue uniquement à travers la caméra d’un robot.
Sources : lakepedder.org | therevelator.org


1 week_ago
116



























.jpg)






French (CA)