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Sous la calotte Barnes, sur l’île de Baffin, dormaient depuis deux mille ans des plantes qu’aucun été n’avait revues avant les années 1960

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Une glaciation avait commencé à s’installer sur l’île de Baffin, dans l’Arctique canadien, avant que le réchauffement ne l’interrompe. De l’aveu même de Nicolás Young, auteur principal de l’étude parue dans Science le 22 octobre 2026, ce refroidissement aurait mis des milliers d’années à se faire sentir. Il se joue autour d’une calotte reculée du Nunavut, et la menace dont il est question n’aurait rien eu d’immédiat.

Le recul de la glace y a repris vers 1960.

Sous la calotte Barnes, des mousses et des arbustes nains dormaient, ensevelis au fil des quelque 2 000 ans pendant lesquels la glace avançait. Ils n’ont recommencé à voir la lumière que dans les années 1960, quand les étés se sont réchauffés et que le front glaciaire a entamé sa retraite. Cette calotte, dont la superficie rappelle celle de l’État américain du Delaware, occupe le centre de l’île de Baffin. Elle est le dernier vestige de l’inlandsis laurentidien, qui recouvrait une grande partie du Canada et du nord des États-Unis entre environ 95 000 et 20 000 ans avant notre époque.

À son maximum, ce géant s’étendait de l’Arctique jusqu’à l’Illinois, avec par endroits plus de 3 kilomètres de glace. On le dit parfois disparu, ce que Young conteste : il en reste la calotte Barnes. Son équipe voulait savoir si elle avait déjà été plus petite qu’aujourd’hui avant de se reconstituer.

À retenir

  • La calotte Barnes a grossi pendant environ 2 000 ans avant de reculer vers 1960.
  • Des mousses et arbustes nains ensevelis par la glace ont été datés au carbone 14.
  • Une glaciation naturelle était en cours et a été interrompue par le réchauffement.

Sommaire

  1. Des mousses qui datent leur propre mort
  2. Un cycle naturel, interrompu vers 1960

Des mousses qui datent leur propre mort

La calotte Barnes a une particularité précieuse : elle est gelée jusqu’à son socle rocheux. Elle glisse donc peu et n’efface pas les traces de son passé. Quand son front avance, il recouvre la toundra sur place, sans arracher la végétation, et les chercheurs ont pu récolter ces plantes à mesure que la fonte les libérait, à partir de campagnes de terrain lancées en 2022.

Le carbone 14 est une forme faiblement radioactive du carbone, que les plantes vivantes absorbent dans l’air. Après leur mort, il se désintègre à une vitesse connue. Mesurer ce qu’il en reste donne ce que Young appelle une date de mort, celle du moment où la glace a étouffé la plante.

Chaque échantillon fournit donc un point précis sur la ligne du temps.

Les chercheurs s’étaient fixé deux tests. Si une glaciation avait réellement commencé, toutes les plantes ensevelies devaient être mortes au cours des derniers milliers d’années. Leurs âges devaient aussi se suivre dans l’ordre, les plus anciens près de la glace actuelle et les plus jeunes plus loin, ce qui dessine un front en progression. Les deux prédictions se sont vérifiées.

L’équipe a ajouté des échantillons venus de calottes plus petites de la région, certaines entièrement fondues depuis peu. Elle a aussi croisé le carbone 14 avec des mesures de béryllium 10 dans la roche et les blocs mis à nu, qui indiquent depuis combien de temps une surface est exposée aux rayons cosmiques. L’ensemble couvre environ 4 000 ans d’histoire de la glace.

Un cycle naturel, interrompu vers 1960

Depuis plus de 2 millions d’années, le climat terrestre alterne entre périodes glaciaires et phases plus douces, au rythme de lentes variations de l’orbite et de l’inclinaison de la Terre. Quand l’ensoleillement estival de l’hémisphère nord faiblit, la neige de l’hiver ne fond plus entièrement. Elle s’accumule alors d’année en année, jusqu’à former de grandes calottes.

La calotte Barnes a atteint sa taille minimale il y a environ 3 000 ans. Elle s’est remise à grossir il y a environ 2 000 ans, à l’époque de l’Empire romain, et cette croissance a duré près de vingt siècles. Puis, vers 1960, les étés plus chauds ont inversé la tendance.

« La prochaine glaciation allait commencer, et pourtant elle s’est arrêtée », résume Nicolás Young. Pour lui, un phénomène très naturel et prévisible n’existe plus.

Le socle rocheux au bord de la glace n’est apparu qu’au cours de la dernière décennie.

Plus de 60 ans après le début du recul, la glace continue donc de céder du terrain, et chaque été libère de nouvelles roches et de nouvelles plantes. Le travail de Young, de Joerg Schaefer et de leurs collègues du Lamont-Doherty Earth Observatory transforme une hypothèse longtemps discutée en observation de terrain. Il met une date sur un basculement que l’on ne pouvait jusque-là que supposer.

Personne ne peut dire quand surviendrait la prochaine glaciation dans un monde où les gaz à effet de serre sont aussi concentrés. Si de grandes calottes continentales recommencent un jour à croître, elles le feront sans le dernier survivant de l’inlandsis laurentidien.

Source : greatpineclub.com

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