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C'est une réalité : les températures très élevées de ces dernières semaines vous poussent à vivre davantage en connexion avec l'extérieur. C'est notamment vrai la nuit, à l'heure où vous tentez d'aérer ou de refroidir votre maison ou appartement. Mais ceci n'est pas sans conséquence pour vos oreilles, singulièrement lorsque vous habitez en ville.
À Bruxelles, les nuisances sonores sont un sujet de discussion permanent. Survol d'avions, coups de klaxon, motos, passage du train, sirènes de police ou d'ambulance, discothèques, chantiers actifs dès l'aube… les riverains, adultes comme enfants, subissent cette exposition aux bruits. Pour vous donner une idée plus précise de ce dont on parle, Bruxelles Environnement a classifié cette pollution sonore : 85 décibels (dB) pour un aboiement de chien, 90 dB pour une tondeuse à gazon, 95 dB pour un coup de klaxon, 100 dB pour une musique dans une discothèque et… 140 dB pour un avion au décollage, soit le seuil de la douleur auditive.
"La Libre" a voulu savoir comment ses lecteurs vivent ces nuisances sonores au quotidien. Parmi la centaine de témoignages recueillis sur Lalibre.be, vous êtes une majorité à dénoncer les bruits intenses générés par les avions et les chantiers, les premiers étant parfois couplés aux seconds.
Sifflements, stress et autres troubles
Mais comment ces nuisances impactent-elles votre santé, votre qualité de vie et votre bien-être ? Céline Bertrand, membre de la cellule environnement de la Société scientifique de médecine générale (SSMG), le constate : elles sont souvent sous-estimées. Pourtant, assure-t-elle, "le bruit a une multitude d'effets sur la santé, qui sont de plus en plus documentés. Cela peut aller d'une fatigue auditive, suite à l'exposition chronique à un bruit, jusqu'à des sifflements d'oreille ou une baisse de l'acuité auditive. Dans certains cas, une exposition chronique à un bruit peut également mener à une surdité irréversible. En outre, l'exposition aux nuisances sonores typiques des villes comme la circulation, les travaux ou les survols d'avions active les hormones du stress. Cela peut provoquer des troubles cardiovasculaires, diminuer les performances cognitives ou augmenter le métabolisme des graisses".
Troubles cognitifs, déficience auditive, acouphènes... Comment éviter les dangers de la pollution sonoreSans surprise, les nuisances sonores perturbent également le sommeil. "Le bruit peut également retarder la phase d'endormissement et perturber la structure du sommeil, relève Céline Bertrand. Cela a pour conséquence de provoquer de l'irritabilité, une anxiété chronique, une augmentation du risque d'accident. Le bruit peut même avoir des effets sur l'immunité ou sur la santé mentale, en contribuant au déclenchement ou à l'aggravation d'une dépression". Les femmes enceintes et les enfants ne sont eux non plus pas épargnés par le phénomène : "Les fœtus subissent également l'activation des hormones du stress via leur maman. Les enfants sont également concernés, le bruit peut impacter leurs performances cognitives. Cela peut être le cas, par exemple, pour les enfants scolarisés à proximité d'une zone de construction". De quoi mesurer l'ampleur du problème.
Éviter les "points noirs acoustiques"
Est-il dès lors possible de limiter votre exposition à tous ces bruits ? Oui, mais cela se fera au cas par cas, explique Kévin Rabisse, chargé d'études en acoustique et énergie chez Aries Consultants. Qui suggère d'abord une approche générale pour réduire le bruit : en priorité, dit-il, il faut travailler directement à réduire le bruit à la source. C'est le plus efficace. En deuxième temps, diminuer le bruit au cours de sa propagation (écran, matériaux, isolants), bien que potentiellement plus onéreux que la réduction à la source. En dernier recours, il s'agit de s'isoler individuellement (casques réducteurs de bruit, bouchons d'oreille), une solution qui peut être efficace à court terme mais qui ne règle pas le problème, souligne-t-il.
On nous pousse à rénover, mais par quoi faut-il commencer? Voici six conseils pour un dossier bien ficelé, qui donnera accès aux primesSi vous envisagez de rénover ou de faire quelques travaux dans votre habitation, d'autres pistes de solutions sont envisageables pour contrer le bruit venant de l'extérieur. "Attention à la performance acoustique des éléments les plus faibles de la façade", met en garde Kévin Rabisse. Pour les fenêtres extérieures, relève-t-il, le triple vitrage n'est pas forcément meilleur que le double vitrage. Il s'agit plutôt de regarder l'indice d'affaiblissement Rw + Ctr (en décibels) : plus cet indice est élevé, plus la menuiserie est isolante. "Évitez par contre les vitrages symétriques (exemple 4/16/4) et privilégiez les vitrages d'épaisseurs asymétriques. Veillez également à vous assurer de l'étanchéité des portes et fenêtres : si l'air passe, le bruit passe. Un défaut d'étanchéité peut dégrader significativement l'isolation. Assurez enfin que votre habitation soit équipée d'entrées d'air et de coffres de volet roulants (sur les châssis) avec de bonnes performances acoustiques".
Plus généralement, il vous est conseillé d'adopter dans votre vie au quotidien des petits gestes visant à vous protéger des bruits en utilisant, par exemple, des bouchons d'oreilles dans les endroits à risques, ou encore en évitant les points noirs acoustiques de la ville que vous pouvez consulter sur le site web de Bruxelles Environnement.
Questionnaire en ligne : Près de 100 répondants
"À Bruxelles, le bruit des chantiers, voitures, avions… impacte-t-il votre vie au quotidien ?" C'est la question que nous vous avons posée sur Lalibre.be et qui a récolté en quelques heures près d'une centaine de témoignages. Les nuisances sonores que subissent les riverains et travailleurs constituent en effet un sujet de discussion permanent à Bruxelles. Vous êtes une large majorité, parmi les répondants, à déplorer prioritairement les nuisances dues aux avions et aux chantiers en cours.
Vos témoignages
Kim (44 ans) – Jette
Nous avons délibérément choisi de nous installer dans une rue calme à sens unique dans le bas de Jette, loin d'une artère fréquentée, car nous recherchions le calme au cœur d'une ville par ailleurs très animée. Depuis plusieurs mois, nous sommes en proie à divers couloirs aériens, qui se concentrent désormais au-dessus des zones les plus densément peuplées du nord de Bruxelles. Notre sommeil et celui de nos enfants ont été considérablement perturbés l'an dernier, tout comme notre capacité à travailler ou à nous détendre à la maison. Nous vivons déjà dans un quartier de Bruxelles très intense, dense, minéral, pollué, bruyant et chaud en été… On n'avait vraiment pas besoin de ça en plus. Nous sommes à bout.
Jacques (79 ans) – Woluwe-Saint-Lambert
Dans mon quartier (entre le Woluwé shopping et l'UCL), deux sources de bruits sont prédominantes : les avions entre 6 et 7 heures le matin et les trop fréquentes sirènes de police, de pompiers, les ambulanciers etc. Ne pourrait-on pas réguler un tant soit peu l'utilisation de ces sirènes ? Pourquoi faut-il les laisser hurler tout le long des grandes avenues (avenue Emile Vandervelde, avenue Paul Hymans, boulevard de la Woluwe) plutôt qu'au niveau des carrefours par exemple, situation observée dans d'autres pays ?
Marie-France (59 ans) – Uccle
Nous habitons au même endroit depuis environ 30 ans. Depuis une dizaine d'années, nous constatons une très forte augmentation des nuisances sonores dues aux avions, couplées au bruit de divers chantiers tout autour de chez nous. La construction de nouveaux blocs d'habitations à forte densité a également renforcé la pression urbaine. Le ring, pas très loin à vol d'oiseau, est également de plus en plus bruyant. Nous déplorons également beaucoup plus de bruits de moteurs de motos à toute heure du jour et de la nuit. Par moments, il devient difficile de dormir avec les fenêtres ouvertes…
Romain (22 ans) – Schaerbeek
Le bruit des avions impacte mon quotidien, le plus compliqué étant quand je dois étudier, travailler ou lire. Il est très difficile de se concentrer lorsque nous avons un avion qui passe au-dessus de chez nous toutes les deux minutes.
Michel (72 ans) – Woluwe-Saint-Pierre
Non seulement nous avons les avions (piste 1 à l'atterrissage, virage à gauche au décollage) mais depuis deux mois et pour tout l'été, nous avons le chantier de Sporcity qui commence au plus tard chaque matin à 6h. L'art de gaspiller l'argent public (3 millions) dans un chantier au profit d'un seul club privé et cela, malgré l'opposition de tout le quartier.
Nathalie (51 ans) – Schaerbeek
Le bruit des avions qui survolent à relativement basse altitude le nord de la ville, en décollant ou en atterrissant (fonction du vent) est très pénible, de jour comme de nuit. Il est impossible de se concentrer, de dormir, de rester dehors quand il fait beau, d'ouvrir les fenêtres. Sans compter le stress constant que nous ressentons. Je me demande sans cesse quand nous allons être survolés, si j'aurai quelques heures de répit, et si je pourrai dormir un peu plus tard ce week-end. Il y a quinze ans, c'était nettement plus supportable (autres routes, moins d'avions…). À cela s'ajoute en effet le bruit des transports en commun et des travaux, mais qui sont nettement moins dérangeants en ce qui me concerne.
Benjamin (51 ans) – Molenbeek
J'habite à Molenbeek. Le problème le plus grave est le survol répété des avions au-dessus de zones densément habitées. Lors des périodes de survol intense, l'épuisement est réel : impossibilité de dormir correctement, réveils en plein sommeil profond, stress, fatigue accumulée et sentiment d'impuissance.
Marc (44 ans) – Laeken
Sur ces dix dernières années, j'ai eu une construction de maison en face chez moi qui engendrait du bruit mais aussi de la poussière et des vibrations. Mon voisin, lui, n'arrivait pas à dormir car le chantier fonctionnait parfois illégalement pendant la nuit entre trois et quatre heures du matin. Après deux années de répit, un nouveau chantier a démarré avec des travaux actifs le samedi et des oublis réguliers de leur transformateur statique qui fonctionne pendant la nuit et tout le week-end. Mon fils est réveillé tôt tous les jours par des bruits de chantier. Nous sommes également dérangés par les motos.
Sur un boulevard en ligne droite, beaucoup font des pointes de vitesse qui engendrent d'importantes nuisances. De plus, certains motards veulent montrer leurs acquisitions à proximité de fenêtres en faisant vrombir le moteur… Nous sommes parfois réveillés la nuit à cause d'une moto. Enfin, nous vivons sous la route du canal. Quand les avions passent, le sommeil trépasse. Mon fils de 9 ans est parfois réveillé lors des passages nocturnes, mais aussi lorsque les avions passent sur la route vers les cinq heures trente ou six heures du matin. C'est particulièrement pénible quand cela arrive le week-end. Si rien n'est fait contre le passage des avions, ce sera probablement la raison pour laquelle je quitterai Bruxelles et ce, bien que ma maison soit dans la famille depuis quatre générations.
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