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Près de 40 ans après les crimes du tueur et violeur en série Allan Legere, l’heure est enfin au soulagement à Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Allan Legere est mort lundi dans la prison d'Edmonton où il était détenu.
Auteur de nombreux meurtres et viols dans les années 1980, celui qu'on a surnommé le « monstre de la Miramichi » a traumatisé toute une région pendant plusieurs décennies.
La Ville de Miramichi a publié un message sur ses réseaux sociaux mardi matin, pour souligner la fin d’un chapitre sombre de son histoire et offrir ses pensées aux proches des victimes.
Nous poussons tous un soupir de soulagement collectif. Pour beaucoup, cette nouvelle ravive le souvenir d’une période difficile et terrifiante, peut-on lire dans la publication.
Le maire, Adam Lordon, est du même avis. Je pense qu’il y a un grand sentiment de soulagement dans la communauté, déclare-t-il.
Des résidents interrogés mardi confirment qu’ils ne verseront certes pas de larmes. Plusieurs dormiront même plus paisiblement à l’avenir.
Cette période a été terrifiante, dit Michael Butler, qui était père de jeunes enfants à l’époque et qui connaissait l’une des victimes.
C’est fini et les gens peuvent maintenant relaxer, ajoute Patrick Vautour, un résident de Miramichi.
Règne de terreur
Rick Maclean était journaliste et rédacteur pour le journal local, le Miramichi Leader, pendant l’affaire Allan Legere. Il a écrit des livres sur le meurtrier et violeur en plus de ses nombreux reportages.
À l’annonce de la mort du monstre de la Miramichi, il dit avoir eu une pensée pour les citoyens de la ville. Car, selon lui, la communauté ne s’est jamais vraiment remise de cette affaire.
Pendant les 201 jours qu'a duré la cavale d'Allan Legere, plusieurs citoyens vivaient dans la terreur totale.
Mon dernier garçon avait autour de deux ans et je me levais le soir pour voir s’il y avait des tracks dans la neige, se souvient une citoyenne, Jeannine Gorman.

Allan Legere a terrorisé le Nouveau-Brunswick durant une bonne partie de l'année 1989, après s'être enfui du pénitencier à sécurité maximale de Renous. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Linda Schofield était directrice communautaire du Carrefour Beausoleil de Miramichi à l’époque de la cavale d'Allan Legere.
Elle compare l’ambiance qui régnait alors dans la communauté à celle d’un film d’horreur. Elle donne en exemple l'annulation de l'Halloween par les autorités : ces dernières craignaient que le fugitif se déguise et commette des meurtres ce soir-là.

Linda Schofield a poussé un soupir de soulagement en apprenant la nouvelle du décès d’Allan Legere. Elle témoigne que c’était une période extrêmement traumatisante pour toute la communauté.
Photo : Radio-Canada
De plus, en 1989, personne n’avait de cellulaire. Linda Schofield se souvient que, chaque fois qu'un nouveau meurtre d'Allan Legere était annoncé, tout le monde appelait ses proches.
Tout le monde appelait les membres de leur famille. Et là les lignes téléphoniques venaient embourbées. On entendait toutes sortes de bruits sur les lignes téléphoniques, relate-t-elle.
Linda Schofield ajoute qu’il y avait à l’époque très peu de plans d’urgence. C’était des mesures très simples [...] on disait : verrouillez vos portes, soyez aux aguets, rapportez tout mouvement ou visite suspecte, se souvient-elle.
En plus de verrouiller les portes, Rick Maclean raconte de son côté que les gens achetaient des lumières extérieures automatiques, qu’ils appelaient les Legere lights. C’était une expression, dit-il. Il y en avait partout dans la communauté.
Un nouveau chapitre
La peur n'a pas cessé après l'incarcération de Legere, selon Rick Maclean. Pendant des décennies, rares étaient ceux qui acceptaient de s’exprimer publiquement sur le sujet dans la communauté.
Chaque personne déclarait : je ne veux pas qu’il sache qui je suis, rappelle Rick Maclean.

Rick MacLean est l'ancien rédacteur en chef du « Miramichi Leader ». Il a couvert l’affaire depuis le début et est coauteur du livre « Terror's End: Allan Legere on Trial », publié en 1992.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
À cause de son métier, Rick Maclean n'a pas pu laisser la peur lui imposer le silence, mais cette prise de parole n'était pas sans risques.
Quand Allan Legere a été capturé pour la deuxième fois, il a d’ailleurs envoyé de la prison une lettre à la conjointe de Rick Maclean, lui disant qu’il passerait en voiture un de ces quatre la voir, elle et son bébé.
Ce n’était pas difficile d’y voir une menace. Ma femme était complètement à l’envers, dit-il. À l’époque, j’ai dit à ma conjointe : il est dans une prison à sécurité maximale. On s’en inquiétera s’il en sort, d’ici là, pas besoin.
J’ai toujours été au top de la liste des personnes qu’il détestait. Je présume que c’est à cause de mon premier livre.
Ce type d’histoire laisse des séquelles, admet l’ex-journaliste qui, encore à ce jour, a parfois le réflexe de vérifier si ses portes sont bien verrouillées.
Mais la donne a bien changé en ce 10 mars 2026. Rick Maclean dit avoir vu plusieurs personnes de la communauté partager sur les médias sociaux leurs souvenirs de l’affaire Legere.
Cette nouvelle ouverture de la communauté à prendre la parole est peut-être le début d’une certaine guérison, selon Rick Maclean.
Avec des renseignements de Frederic Cammarano et de Karine Godin


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